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Le Malathion contre le chikungunya, après le classement comme « cancérogène probable »

Publié en ligne le 5 mai 2015 -

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Après le classement du Malathion comme cancérigène probable (Groupe 2A) par le Centre International de Recherche sur le Cancer, le Haut Conseil de la santé publique « recommande de ne pas renoncer trop vite à cet outil de lutte contre les moustiques qui propagent le virus ». Après avoir rappelé les précautions d’utilisation (énoncées dans ses avis précédents), l’agence de santé publique confirme que dans ces conditions strictes de mise en œuvre « l’exposition des populations au produit est suffisamment faible pour que le classement récent du malathion comme cancérogène probable par le CIRC ne modifie pas l’appréciation des risques déjà prise en compte. » Nous publions ici de larges extraits de l’avis du HCSP.

Avis du Haut Conseil de la santé publique (9 avril 2015)
Extraits

Le Haut Conseil de la santé publique rappelle que toute intervention de santé publique est décidée après prise en compte des bénéfices et des risques de différents ordres. Les bénéfices attendus ici concernent le contrôle de l’épidémie du chikungunya qui, après avoir gravement affecté la population des Antilles, a atteint en 2014 le territoire de la Guyane.

1 – La situation épidémiologique du chikungunya en Guyane reste préoccupante.

Selon les derniers chiffres publiés par l’InVS et la CIRE Antilles Guyane*, le nombre de cas cliniquement évocateurs de chikungunya était estimé à 13 751 au 22 mars 2015, avec près de 7 000 cas confirmés ou probables ; 2 décès lui sont attribuables. Une fraction importante des personnes atteintes souffre de séquelles qui peuvent être invalidantes […].

L’élimination du plus grand nombre possible de gites larvaires reste la priorité des actions de première ligne, ce qui implique une large information pour la participation active de tous. Le plan d’action implique aussi l’identification et le signalement le plus précocement possible de tout cas suspect de chikungunya par les professionnels de santé. Cette identification et ce signalement visent à éviter la diffusion du virus, d’une part grâce à l’emploi, par les personnes atteintes, de moustiquaires et de produits répulsifs, et d’autre part par le ciblage des lieux d’épandage d’un produit insecticide contre le moustique Aedes aegypti.

Le malathion, insecticide contre les formes adultes du moustique, est un complément à ces actions de première ligne. Son utilisation dérogatoire a été jugée justifiée par le HCSP au printemps 2014, notamment après la constatation d’une résistance des moustiques à la deltaméthrine en Guyane.

2 – Dans ses avis, le HCSP a pris en considération les effets adverses du malathion tels qu’ils étaient caractérisés en 2014.

C’est la raison pour laquelle il a préconisé de manière détaillée un ensemble de mesures relatives aux conditions d’aspersion de cet insecticide de façon à réduire au maximum l’exposition directe et indirecte de la population ainsi que les impacts sur les écosystèmes […].

Dès lors que ces conditions strictes sont mises en œuvre, l’exposition des populations au produit est suffisamment faible pour que le classement récent du malathion comme cancérogène probable par le CIRC ne modifie pas l’appréciation des risques déjà prise en compte.

3 – Le HCSP considère que, dans ce contexte, le malathion doit rester dans l’arsenal des moyens de lutte contre l’épidémie du chikungunya en Guyane.

Toutefois, avant de statuer sur l’éventuelle poursuite de ces épandages en fonction de la situation épidémiologique du moment, le HCSP recommande que soient effectués à l’issue de la période d’utilisation dérogatoire du malathion :
- un bilan de son efficacité et de la résistance acquise,
- une évaluation sur le terrain des mesures de protection lors des épandages.

[…]
* Avis disponible sur le site de l’Agence : http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=499


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