Accueil / Notes de lecture / Le big bang est-il un mythe ?

Le big bang est-il un mythe ?

Publié en ligne le 9 février 2015
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 311, janvier 2015

Avec son titre un brin provocateur, cet agréable petit ouvrage se présente comme une sorte de défi. D’abord, parler de mythe à propos du big-bang est déjà un peu osé, mais ensuite, brosser un tour d’horizon sur le sujet en moins de cent pages s’apparente à un tour de force.

La première partie du livre est riche et fourmille de pistes de réflexions. Comment la question des origines de l’univers s’est-elle posée à l’homme au cours de l’histoire ? J.-F. Robredo, philosophe et historien des sciences, part de la Grèce antique, notant l’imbrication des récits mythologiques et de la pensée philosophique naissante. Le concept de cosmos va dès lors se lier avec celui de la pensée rationnelle (Thalès, Anaximandre 1) scellant une union définitive ! La balance continuelle qui va s’opérer de l’un à l’autre alimentera ou parfois freinera la production des connaissances. Le lecteur découvrira avec intérêt les places respectives de la philosophie, de la cosmologie et leur interaction au cours de l’histoire, ces liens nouveaux qui vont s’établir entre science et réalité. Le livre est ici bel et bien passionnant, même si les idées s’enchaînent un peu abruptement, en raison du manque de fluidité de l’écriture.

Mais peu à peu, ce sont des réflexions plus personnelles de J.-F. Robredo qui prennent le pas. Son engouement marqué pour les théories de Kuhn 2 le conduit à les exposer en détail. Le cas de Wegener est pris ici en exemple et, pour coller au modèle kuhnien, il est présenté, de façon un peu caricaturale, comme un chercheur isolé en butte à l’ostracisme de ses pairs.

Revisiter sous ce seul éclairage l’évolution de la cosmologie est donc un peu biaisé. De raccourcis rapides en propositions fallacieuses, l’on se retrouve encore devant l’éternel cliché d’une science construite par une poignée de « super héros », seuls contre tous, qui ont réussi à « changer le monde ». Pour J.-F. Robredo, il s’agit de quelques-uns, comme Copernic, Einstein et Lemaître. Et fi de tous les autres ! Fi de Poincaré à Lorentz, par exemple, qui ont permis eux aussi l’émergence des théories de la relativité... Et puis surtout un silence total, véritable trou noir, sur le fonctionnement collaboratif de la science.

Un livre, écrit avec un certain parti-pris donc, à prendre comme tel, mais qui pèche par omission, en ne le précisant jamais clairement.

1 Voir Carlo Rovelli, Anaximandre de Milet ou la naissance de l’esprit scientifique, 2009 et la note de lecture.

2 Philosophe des sciences (1922-1996) insistant sur les déterminants sociaux et idéologiques dans l’établissement des connaissances.

Publié dans le n° 311 de la revue


Partager cet article