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Le cerveau mis à nu

Publié en ligne le 12 décembre 2006 - Neurologie
par Isabelle Burgun

Attraper un verre d’eau paraît si simple. Mais lorsqu’on prend conscience de tout ce qui se cache derrière ce simple geste, on met le doigt sur l’infinie complexité d’un mécanisme rodé depuis l’enfance.

« Le cerveau est une machine hallucinante. Il est courant que les gens s’intéressent au cerveau lors de maladies alors que se pencher sur le cerveau sain me semble mille fois plus intéressant », s’exclame Bruno Dubuc, vulgarisateur et auteur du site Le cerveau à tous les niveaux. Ce site web a fait l’objet d’une mention dans la prestigieuse revue Science au printemps dernier et d’une récente référence par le Multimedia Educational Resource for Learning and Online Teaching

Lancé en janvier 2002, le site comprend maintenant 375 pages sur 125 sujets, classés en trois niveaux (débutant, intermédiaire et avancé), sans oublier 63 capsules et six visites guidées. Hébergé sur le serveur de l’Université McGill mais financé par l’Institut canadien des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies, cette porte d’entrée bilingue est appelée à s’enrichir et se développer au fur et à mesure des ramifications dans chacune des 12 thématiques (Le plaisir et la douleur, Les troubles de l’esprit, Rêver, etc.).

Plus gros que la tête

Vaste sujet qui en découragerait plus d’un mais pas Bruno Dubuc. « Je le vois trois fois plus gros qu’il ne l’est »,avance l’ancien diplômé de neurobiologie de l’Université de Montréal. Après une dizaine d’années en vulgarisation scientifique qui lui ont donné certaines frustrations, il s’est retrouvé dans un poste de secrétaire du Dr Maurice Dongier, au Centre de recherche de l’Hôpital Douglas. Son travail consistait principalement à rédiger les comptes rendus d’ateliers du Réseau pancanadien sur la conscience et de les rendre accessibles sur Internet. C’est là que, petit à petit, a germé l’idée du site.

« J’avais le goût de revenir à mes anciennes amours — journalisme scientifique — sans les frustrations : se limiter à un seul aspect du sujet ou s’adresser à un public mal cerné. Ce que je voulais, c’est démontrer que tout se tient. Je suis très chanceux, j’ai actuellement carte blanche. »" Il y travaille aujourd’hui à mi-temps, partageant le budget avec un programmeur et un graphiste. « J’ai des notions de base mais pour réaliser un site à la navigation fluide et agréable, c’était insuffisant ». Un traducteur ontarien adapte aussi les textes dans la langue de Shakespeare.

Trois niveaux d’explication, du plus facile au plus ardu, et cinq niveaux de lecture différents : social, psychologique cérébral, cellulaire et moléculaire. Cette structure, décrite par son auteur comme une série de boîtes — et qui s’inspirerait des travaux du biologiste et chercheur Henri Laborit (Les bases biologiques des comportements sociaux) auquel le site est d’ailleurs dédié — permet une multitude d’accès à la découverte.

« Pendant que je vous parle, il y a différents niveaux de connaissances et des propriétés émergentes qui sont sollicitées. C’est un organe si fascinant que l’on ne devrait pas passer sa vie à s’en servir pour serrer des vis. » Pour nourrir son site, il s’abreuve à Internet, consultant des sites de chercheurs mais aussi ceux de revues scientifiques et de magazines de vulgarisation. Il avoue utiliser Google abondamment.

Tout comme la cyber-encyclopédie communautaire Wikipédia, ce site est archivé libre de droit. Un moyen d’encourager la reproduction des textes et d’améliorer son contenu. « C’est une démarche radicalement à l’opposé du copyright qui semble aujourd’hui s’étendre à absolument tout, dont les gènes. Ce site a été conçu dans un esprit de partage des connaissances », précise son auteur.

Et alors qu’Internet prend parfois l’allure d’un cimetière virtuel avec le tiers des sites qui disparaissent, Bruno Dubuc prend même l’initiative de sauvegarder en pdf les « bons » sites de référence. Avec l’espoir que le sien soit encore plus visité, référencé, utilisé, etc.

Déjà, près de 3000 personnes le consultent quotidiennement et 2 millions de cerveaux s’y sont mirés depuis trois ans.


A lire :

Pourquoi le seul fait de prendre un verre d’eau avec sa main est un geste prodigieux ?

Le cerveau à tous les niveaux

Article de Bruno Dubuc, sur Calle Luna


Mots-clés : Neurologie


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