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Le corbeau est malin comme un singe

Publié en ligne le 26 août 2005 - SVT

Pendant qu’on s’extasie sur les singes, on en oublie les corbeaux. Le croiriez-vous : ils semblent aussi intelligents que les singes. Mais mal-aimés. Deux articles parus dans la très pointue revue Science le démontrent : l’un, sur les singes capucins qui utilisent des outils. L’autre, sur l’utilisation d’outils par des corbeaux. La grande majorité des médias du monde ont repris l’histoire des singes capucins. Mais n’ont pas dit un mot du corbeau.

Et pourtant. « Le corbeau est aussi intelligent que les grands singes », titre sans hésiter le National Geographic. « “Raisonnement de cause à effet, flexibilité, imagination et prospection” : le corbeau a toutes ces qualités qui définissent l’essence même de l’intelligence chez les singes », résument Nathan J. Emery and Nicola S. Clayton, de l’Université britannique de Cambridge, les deux auteurs de cette revue de la littérature scientifique qui, dans la revue Science, donne au corbeau ses lettres de noblesse.
« Parce que corvidés (corbeaux, corneilles, geais, choucas, pies) et singes partagent ces outils cognitifs, nous affirmons que des capacités cognitives complexes ont évolué en de multiples occasions chez des espèces très différentes dotées de cerveaux structurés très différemment, afin de résoudre des problèmes similaires. »

Ce n’est pourtant pas d’hier que ces oiseaux sont crédités d’une intelligence supérieure à la moyenne. Aujourd’hui, la littérature scientifique contient des récits de corbeaux qui utilisent le passage de voitures pour casser les noix dont ils se régalent. De geais qui se souviennent d’une quantité considérable d’endroits où ils ont caché leur nourriture -et qui semblent faire la distinction entre les caches d’aliments périssables et les autres. Et que dire de cette corneille de Nouvelle-Calédonie, Betty, élevée dans un laboratoire américain qui, l’an dernier, est devenue célèbre en tordant un fil de fer pour qu’il devienne un hameçon capable de récupérer de la nourriture à l’intérieur d’un vase. Mieux encore, elle en est arrivée à choisir, parmi plusieurs fils de fer, celui qui sera de la bonne longueur.

Incidemment, si les chercheurs ont choisi la corneille de Nouvelle-Calédonie, c’est parce qu’on l’a déjà vu faire la même chose dans son état naturel : elle y fabrique deux types d’outils, l’un s’apparentant au hameçon (pour extraire les insectes des trous d’arbres), l’autre à une pelle (une feuille soigneusement choisie, avec laquelle l’oiseau balaie sous les détritus de feuilles, jusqu’à ce que des proies sortent au grand jour).

Toutes ces démarches dévoilent une intention claire.

L’oiseau a imaginé, dans sa petite tête, le but à atteindre et il a pris les moyens qui s’imposent.

Il a imaginé : voilà un exploit qui, à lui seul, range les corvidés dans une catégorie à part dans le règne animal.


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