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Le divin dans l’homme - Lettres sur les religions choisies et présentées par Michel Cazenave

Publié en ligne le 21 septembre 2011
Note de lecture de Nadine de Vos - SPS n° 297, juillet 2011

297_89-90Rencontrer un auteur à travers sa correspondance est un exercice passionnant : pas de compromis lié aux impératifs d’une publication, pas d’interprétation de seconde main (sauf, peut-être, au deuxième degré, via le choix des lettres publiées), pas de discours « politiquement corrects » réservés à la sphère publique. Jung 1 ne fait pas exception : l’élégance et la courtoisie de ses lettres ne desservent pas la liberté du ton et la franchise du propos, la forme ne compromet pas le fond.

À propos de l’expérience numineuse 2, Jung écrira : « Je ne puis me permettre de croire quoi que ce soit à propos de choses que je ne connais pas. Je tiendrais une telle prétention pour saugrenue et injustifiée. […] Je ne confesse aucune « croyance ». Je sais qu’il est des expériences auxquelles on se doit d’accorder une attention « religieuse ». Il existe beaucoup de sortes d’expériences de ce type. À première vue le seul caractère qui leur soit commun, c’est leur numinosité, c’est-à-dire leur émotionnalité saisissante. » (p. 48).

« L’inconscient personnel est caractérisé par le fait que ses contenus sont modelés personnellement et sont aussi des acquisitions individuelles, différant d’un individu à l’autre – chacun ayant donc son “propre” inconscient. Les contenus de l’inconscient collectif, en revanche, ne sont modelés personnellement que dans une très faible mesure et même, pour l’essentiel, ils ne le sont pas du tout ; ce ne sont pas des acquisitions individuelles mais des contenus qui sont en substance les mêmes partout et ne changent donc pas d’une personne à l’autre. Cet inconscient est semblable à l’air qui est partout le même. Les contenus (appelés archétypes) sont des conditions initiales ou des schémas de la configuration psychique. »
(p. 83)

Viennent ensuite des considérations relatives aux symboles et archétypes qui sont longuement explicitées. Les religions naturelles, orientales ainsi que les trois grands monothéismes sont traités et interprétés de façon personnelle et érudite ainsi que la gnose et l’alchimie. Des questions comme la foi, la prière, le péché, le bien et le mal, la mort… sont abordées également.

Et puis, principalement dans un chapitre intitulé « L’inconscient et l’idée de Dieu », est développée la théorie de l’inconscient collectif 3. Intéressant mais dangereux en cas de récupération idéologique (justification de thèses racistes, par exemple), ce concept équivoque n’a d’autre fondement que les propositions avancées par l’auteur à partir de postulats (Inconscient, refoulement) posés par le père de la psychanalyse. Pour Jung, notre structure mentale serait constituée d’archétypes, images inconscientes s’exprimant individuellement dans l’art, les rêves, les affections psychiques, mais présentes aussi, collectivement, dans les mythes, les religions, le folklore…

Jung, dans sa volonté d’expliquer le sentiment religieux – qu’il considère comme un besoin d’élévation spirituelle, voire de transcendance, une aspiration naturelle stimulée par cet inconscient collectif – se révèle être, bien qu’il s’en défende, un plus fin théologien, exégète et métaphysicien que l’authentique scientifique annoncé par l’éditeur.

1 Carl Gustav Jung (1875-1961) :Psychiatre et psychologue suisse, fils de pasteur, disciple de Freud de 1906 à 1913, il finit par rejeter les conceptions freudiennes au profit d’une psychologie des profondeurs (encore appelée psychologie analytique ou psychologie complexe) dont le but serait l’investigation et la description des manifestations de l’inconscient. Dans une de ses lettres, Jung dira : « La psychologie analytique nous sert seulement à trouver le chemin de l’expérience religieuse qui conduit à la complétude. » (p. 42).

2 Inventé par Rudolf Otto (1869-1937), le terme « numineux » (du latin numen, divinité) désigne un sentiment de présence divine, de sacré. Pour Otto, l’« expérience numineuse est l’expérience affective du sacré ».

3 Un dossier consacré à l’inconscient collectif est proposé par Les C@hiers de Psychologie politique, numéro 18, janvier 2011. .

Publié dans le n° 297 de la revue


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