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Le docteur m’a bien visité*

Publié en ligne le 28 avril 2012 -
par Jean Brissonnet - SPS n° 299, janvier 2012
* Titre emprunté à l’un des articles cités en référence.

La revue belge Minerva, revue d’EBM (Evidence Based Medicine, médecine basée sur les preuves), a publié, depuis quelques mois, plusieurs articles sur les conséquences de la relation entre le médecin et le patient.

Dans le numéro d’octobre 2011, elle publie un article intitulé : « Le choix du patient déterminant pour l’efficacité du traitement ». En s’appuyant sur certaines enquêtes principalement effectuées en Belgique, en Suisse et aux USA, les auteurs insistent sur « l’importance d’une communication correcte dans le cas d’une prise de décision partagée entre le patient et son médecin traitant pour le choix d’un traitement ». Ils précisent, bien sûr, que ce problème de l’amélioration des résultats d’un traitement se pose particulièrement « pour les affections avec une composante émotionnelle importante, telles que la dépression ».

Le médecin doit, disent-ils, adopter une attitude « centrée sur le patient ».

Que se passe-t-il, cependant, lorsqu’il y a non-acceptation par le praticien de la demande du patient ? Une enquête [1] montre que dans ce cas une partie des patients mettent fin à leurs relations avec leurs médecins, mais il semble clair « que la satisfaction des patients auxquels une prescription est refusée est statistiquement meilleure quand ils sont impliqués dans la décision que dans la situation où l’approche médicale est uniquement clinique, physique, et où la demande est refusée sans plus » et les auteurs d’écrire « nous pouvons donc en conclure que la satisfaction du patient dépend de la façon dont il est impliqué dans la décision, même si la décision négociée va à l’encontre de sa demande initiale ».

Une équipe de chercheurs d’un centre universitaire de médecine générale a réalisé, auprès de 1193 patients, une enquête [2], dont il ressort que « la priorité manifeste des personnes répondant à l’enquête est de bénéficier d’un examen physique minutieux » et les auteurs d’ajouter : « voir, ausculter, palper sont des attitudes correspondant à une attente prioritaire des patients. C’est le domaine de prédilection de la médecine générale, non pas son exclusivité, mais bien sa prépondérance par rapport aux examens techniques et ce domaine rencontre l’attente des patients ».

Ces réflexions sont à rapprocher de la réponse faite par un ancien secrétaire général du conseil de l’Ordre qui, interrogé lors d’une émission 1 relative aux guérisseurs, expliquait l’engouement pour ces médecines non prouvées en indiquant que ces guérisseurs et autres leveurs de feu avaient « l’habitude de parler aux gens, de les écouter, d’inviter leurs dimensions personnelles et sociales à l’examen médical et c’est ce qui est souvent oublié par les médecins qui sont devenus des techniciens de la médecine, qui sont souvent cachés derrière leurs ordinateurs, leurs scanners et leurs IRM. Les rebouteux sont des gens qui, eux, ont l’habitude de parler aux gens, de les toucher et là, c’est quand même une question qu’il faut poser aux médecins : pourquoi n’examinent-ils plus leurs patients, pourquoi ne les touchent-ils plus ? ».

« La prise en considération de la préférence du patient n’est qu’un des nombreux aspects permettant d’arriver à des soins personnalisés » écrivent les rédacteurs de Minerva. Il reste à souhaiter que les médecins français sachent, eux aussi, s’engager résolument dans cette voie.

[1] MinervaF 2011 ; 10(5):53
[2] MinervaF 2009 ; 8(2):13

1 Coupeurs de feu, rebouteux... 7 ans après, Vidéo-reportage TF1 : http://videos.tf1.fr/reportages/cou....

Publié dans le n° 299 de la revue


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