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Le pharmachien - Différencier le vrai du n’importe quoi en santé !

Publié en ligne le 21 janvier 2016
Note de lecture de Martin Brunschwig

Beaucoup d’entre vous connaissent peut-être le site du « Pharmachien », tenu par Olivier Bernard, un pharmacien québécois. Dans ce livre, il a choisi de mettre ses connaissances, son humour et sa « passion de la communication orale et écrite » au service de la santé, pour nous aider à faire un tri (de plus en plus nécessaire) dans la palette insensée de l’offre de soins actuelle. Cet ouvrage, qui reprend certaines de ses pages web, mais surtout « 84,13 % d’inédit » (sic !), est même, l’auteur le dit d’entrée, une « déclaration de guerre » aux mauvaises attitudes face à la santé, aux thérapies « miracle », au marketing, etc.

La visite du site Internet du Pharmachien révèle un mélange équilibré entre humour et infos (que l’on retrouve dans le livre), bon moyen d’apprendre ou de faire comprendre quelques vérités encore trop méconnues sur la santé, les professions médicales, les médicaments, les thérapies « holistiques », la dépression, le stress, la différence « chimique/naturel » ou encore les prétendues « toxines ».

La plupart du temps, la stratégie d’O. Bernard est de nous livrer les légendes les plus tenaces sur tous ces sujets et de nous montrer en quoi elles peuvent être fausses, ou... vraies en partie seulement. Par exemple, le cas de la vitamine D permet à l’auteur, d’une part de montrer que la vitamine des aliments ou celle fabriquée en laboratoire est toujours la même, et d’autre part, que malgré la bonne réputation des vitamines, cela peut aussi être dangereux, notamment en cas de dosage excessif.

Tel que le livre se présente, coloré et illustré, on a un peu l’impression d’un livre pour enfants, avec tutoiement de rigueur. On rappelle en préface que l’humour, élément fondamental de la stratégie de l’auteur (n’oublions pas qu’il est en guerre !), « fixe la mémoire, aide à apprendre ». C’est donc un outil des plus précieux, utilisé avec finesse.

En fait, la démarche d’Olivier Bernard est très sympathique, assez personnelle (il expose pensées, expériences, sentiments ou même défauts avec franchise), son attitude ouverte et respectueuse évite la simple condamnation, et fait réfléchir. Il insiste aussi sur la nécessité de questionner, et donne souvent des exemples de « bonnes questions ». J’hésite même à exposer deux critiques éventuelles, dans la mesure où l’auteur « prend les devants » et assume ses choix en estimant qu’on a une probabilité de ne pas être d’accord avec quelque chose qu’il a dit à 99,999999 %. En ce qui me concerne, il ne s’agit pas vraiment d’un désaccord, mais plutôt d’un manque : il m’aurait paru nécessaire d’introduire une explication sur la confusion entre corrélation et causalité qui peut entraîner quelqu’un à croire à l’efficacité d’une thérapeutique. Là, O. Bernard indique seulement « si c’est efficace pour toi, tant mieux ! », sans expliquer qu’on peut facilement se faire piéger par le syndrome « post hoc 1 ».

Au final, un livre sympathique, un peu fourre-tout, mais très pédagogique. On trouve par exemple deux éléments un peu hors-sujet mais très réussis : un petit guide de conversation (« comment survivre à un repas de famille ») ; et surtout, l’introduction d’une nouvelle notion plutôt éclairante : « l’hyperscience » ! Pour aller vite, une manière de manipuler la science pour aboutir à des conclusions préconçues, de surinterpréter les études scientifiques, de toujours trouver des études en référence sans prendre le soin d’évaluer leur valeur, d’être toujours dans la science « dernier cri », syndrome de Galilée 2 compris. Les médias sont aussi mis en boîte, avec leur tendance exaspérante à mettre en avant la « dernière » étude, surtout si elle est (ou peut paraître) sensationnelle. Un livre à lire et même, à relire, comme le conseille l’auteur 3 !

1 « post hoc ergo propter hoc » : à la suite de ça, donc à cause de ça. Un raisonnement trompeur qui peut nous faire croire, par exemple, que le soleil se lève parce que le coq a chanté ! (aussi appelé « effet Chanteclerc » pour cette raison).

2 C’est-à-dire la tendance à s’estimer (ou se présenter) comme persécuté par la science lorsqu’elle rejette vos conclusions. Alors qu’on peut rappeler au passage que Galilée n’était pas rejeté par la science, mais par l’Église !

3 Qui explique que certaines de ses blagues (les meilleures, dit-il), plus subtiles, ne se dégustent qu’à la 2e lecture...


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