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Le plancton marin fossile a survécu à l’acidification des océans

Publié en ligne le 1er février 2011 -
par Guillaume Calu - SPS n° 292, octobre 2010

La hausse des teneurs en dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre inquiète les biologistes marins, qui craignent une acidification des océans aux conséquences désastreuses pour la faune marine.

De nouvelles données paléontologiques pourraient les rassurer en partie.

292_3-6_2Il y a 120 millions d’années, durant le Crétacé, une série d’éruptions volcaniques provoqua une accumulation brutale des teneurs atmosphériques en CO2. L’absorption de ce gaz carbonique par les océans provoqua une acidification de leurs eaux, réduisant sensiblement les teneurs en carbonate de calcium (CaCO3) formé. La faune marine à coquille calcaire s’en retrouva fortement défavorisée. Les valeurs de pH marin ne revinrent pas à la normale avant 160000 ans.

La micropaléontologiste Elisabetta Erba (Université de Milan) et le géochimiste Helmut Weissert (Institut Fédéral Suisse de Technologie, Zurich) ont voulu étudier comment les organismes marins s’adaptèrent à cette longue période d’acidification. Ils examinèrent des fossiles présents dans les strates sédimentaires de cette époque géologique et observèrent la présence de nanoplancton calcaire. Contre toute attente, leurs coquilles fossiles contiennent en majorité du carbonate de calcium.

Les deux chercheurs, qui rapportent leurs travaux dans la revue Science, montrent qu’en pleine acidification des eaux, les coquilles calcaires de certains organismes se déformèrent, que certaines espèces disparurent, mais que d’autres espèces s’adaptèrent à ce changement brutal. Un signe d’espoir quant à la capacité d’adaptation du plancton marin.

Ces résultats laissent cependant deux grandes interrogations en suspens : comment les macro-organismes à coquille calcaire s’adaptèrent-ils, et ces résultats peuvent-ils être comparés à l’acidification actuelle des océans, bien plus rapide que toute crise de ce type enregistrée dans les sédiments ? Rien n’est donc encore gagné pour la biodiversité marine contemporaine.

Pour en savoir plus :
Erba E. ; Bottini, C. ; Weissert, H. ; Keller, C.E. 2010. Calcareous Nannoplankton Response to Surface-Water Acidification Around Oceanic Anoxic Event 1a. Science 329(5990), pp. 428 - 432. DOI : 10. 1126/science.1188886

Publié dans le n° 292 de la revue


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