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Le plus grand spectacle du monde

Publié en ligne le 3 décembre 2011
Note de lecture de Michel Naud

L’œuvre du biologiste Richard Dawkins est multiforme. Vulgarisateur de talent, il s’est d’abord attelé à populariser la théorie de l’évolution vue sous l’angle des gènes, concept inconnu du temps de Darwin quand il élaborait ses théories de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle. Les ouvrages Le gène égoïste (première publication 1976) et The extended phenotype (1982, jamais traduit en français) en sont les piliers les plus célèbres. Sur cette base, à l’abord difficile, Richard Dawkins publiait ensuite nombre d’ouvrages de vulgarisation. Il était une fois nos ancêtres (2004, 2007 pour la traduction française) 1 est le dernier de cette lignée et s’il n’y avait qu’un livre à lire pour comprendre le déroulement de l’histoire de la vie sur quatre milliards d’années ce serait celui-ci.

Richard Dawkins est aussi un polémiste redoutable. Il s’est notamment opposé de façon régulière à cet autre grand vulgarisateur de l’évolution, aujourd’hui disparu, qu’était Stephen J. Gould. Au-delà des questions propres à l’évolution, ces deux scientifiques clivaient sur les rapports entre science et religion : Stephen J. Gould leur concédait des magistères séparés (le principe de NOMA) 2 tandis que Richard Dawkins considérait cette posture comme une complaisance coupable. Dans Pour en finir avec Dieu (2008) 3, il entraînait alors ses lecteurs à s’interroger sur quelles pouvaient bien être les « questions fondamentales dans lesquelles la religion est l’invitée de choix et la science doit s’effacer respectueusement ? » et concluait sans surprise que « les théologiens n’ont rien d’intéressant à dire sur rien » (op. cité, p. 66).

Telle est donc la double filiation qui nous conduit au Plus grand spectacle du monde. Le titre est un peu abscons. Pour en finir avec le créationnisme traduirait mieux les intentions de l’auteur. Outré par le fait que les thèses de ceux qu’il appelle les « négationnistes de l’histoire » puissent encore être présentées à des élèves dans des classes de science, Richard Dawkins entend montrer que l’évolution n’est pas « juste une théorie » mais que l’évolution est un fait. Pour ce faire, l’auteur est même prêt à enterrer la hache de guerre avec ses meilleurs ennemis et met en exergue que son nouvel opus peut-être lu sans crainte par les catholiques et les anglicans/épiscopaliens puisque, pour ces derniers, « aujourd’hui il n’y a rien à débattre. L’évolution est un fait et, du point de vue chrétien, une des plus grandes œuvres de Dieu » (p. 17).

Cette entreprise didactique sur les preuves de l’évolution ne se suffisait donc pas en elle-même ? Nous l’avions déjà noté en lisant Pour en finir avec Dieu : c’est quand il parle en biologiste de l’évolution que Dawkins sait être le plus convaincant ; en revanche, il peut devenir lassant quand il nous entraîne dans ses considérations plus idéologiques que scientifiques. Certains lecteurs pourraient même être tentés – nous l’avons été – d’abandonner la lecture en cours de route mais, grâce à Dieu – pourrait-on dire…-, notre persévérance méritoire a été récompensée : quand Dawkins se met enfin à parler de biologie il se montre réellement inégalable dans sa capacité à faire comprendre – tout en restant rigoureux – en même temps qu’à faire partager au lecteur l’enthousiasme de la découverte. Nous décernerons ainsi une mention spéciale au chapitre intitulé L’évolution sous nos yeux quand il relate les décennies de recherche de Richard Lenski sur la bactérie Escherichia coli (p. 131 et suivantes), ou encore, aux considérations anatomiques sur les trajets du nerf laryngé de la girafe (p. 377) ou du vas deferens (p. 380).

Vous aurez compris que, contrairement à l’éditeur, qui estime en quatrième de couverture que « s’il n’y avait qu’un livre à lire pour comprendre l’évolution, ce serait celui-ci », nous ne partageons pas un tel engouement même si Le plus grand spectacle du monde est bien meilleur que la plupart de ce qui est écrit sur ce sujet. Dawkins nous avait tout simplement habitués à encore mieux.


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