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Le radon aurait-il annoncé le séisme de l’Aquila ?

Publié en ligne le 5 août 2009 -
par Guillaume Calu - SPS n° 286, juillet 2009

Le terrible tremblement de terre italien du 6 avril dernier aurait-il pu être prévu ? C’est ce qu’affirme un scientifique travaillant à l’Observatoire National du Gran Sasso. Sur la base de mesures des teneurs en radon 1, ce chercheur italien aurait alerté les autorités avant le drame de l’Aquila. Au lendemain de la catastrophe, la polémique enfle, et l’IRSN (Institut de Radio-protection et de Sûreté Nucléaire) fait le point sur la détection sismique au radon.

Depuis la nuit des temps, l’homme cherche à prévoir les séismes. D’abord en observant les comportements des animaux, puis en inventant des machines à perles, comme en Chine ancienne. Mais aucune technique ne permet de prévoir, dans un délai de temps suffisamment grand, l’arrivée d’une catastrophe sismique. En 1966, lors du séisme de Tachkent (Ouzbékistan), des enregistrements révélèrent que la teneur en radon avait augmenté de manière inhabituelle avant le tremblement de terre. Ces données furent à nouveau notées lors d’autres séismes à travers le monde. Mais ces émissions brutales peuvent avoir lieu avant comme pendant le séisme.

Aussi, dans un premier temps, les géologues ont considéré que les variations des teneurs en radon enregistrées dans les zones sismiques étaient la preuve que les tremblements de terre affectent la circulation des fluides gazeux ou liquides souterrains – mais sans conclure à un signe avant-coureur de séismes. De plus, les mécanismes physiques à l’origine des teneurs inhabituelles en radon ne sont pas encore totalement connus, et il devient alors plus compliqué de relier séisme et émission de radon.

Le tremblement de terre de l’Aquila s’est produit à proximité du laboratoire souterrain du tunnel du Gran Sasso. Ces installations traquent les particules élémentaires, et sont abritées des rayons cosmiques par la roche montagnarde. Le radon constitue un gaz parasite pour les détecteurs. Aussi le centre dispose-t-il d’instruments de mesure du radon extrêmement sensibles. Situé à proximité d’une faille sismique, ce laboratoire est donc également bien placé pour mesurer les émissions de radon lors de séismes.

La dernière étape avant de valider (ou de réfuter) la relation entre teneur en radon et tremblements de terre consiste à effectuer assez d’observations pour obtenir une corrélation statistique et à confronter ces traitements de données à nos connaissances géochimiques.

Malheureusement, les scientifiques ne sont pas encore arrivés à un tel degré de connaissances.

Il n’est donc pas possible, à l’heure actuelle, de prédire avec certitude l’imminence d’un tremblement de terre grâce aux mesures de teneurs en radon. Cependant, les données récemment collectées en Italie permettront de mieux comprendre si le radon peut jouer ou non le rôle d’indice sismique.

Pour en savoir plus

1 Le radon est un gaz radioactif, provenant de la dégradation de radio-éléments naturels du sol, comme le radium ou l’uranium.

Publié dans le n° 286 de la revue


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