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Le retour de la mangeuse de chair

Publié en ligne le 28 septembre 2005 - SVT

Ce n’est ni la bactérie la plus virulente, ni la plus mortelle, ni celle que vous courez le plus de risque d’attraper. Mais son seul nom suffit à faire frissonner. La bactérie mangeuse de chair est en pleine croissance.

Une recherche européenne menée depuis deux ans s’attendait à trouver 1000 cas. Elle en a trouvé 5000.

Une des raisons est que certains des pays européens « testés » ont peu de réseaux qui leur permettent de comptabiliser systématiquement ces cas. « Il y a eu peu de surveillance dans des pays tels que l’Italie, Chypre et la Roumanie, explique la microbiologiste Aftab Jasir, de l’Université Lund, en Suède. Ces pays avançaient, initialement, très peu de cas. Mais lorsque tout le monde a commencé à regarder systématiquement, il s’est avéré que l’incidence était plus ou moins la même partout : entre 3,8 et 4 cas par 100 000 habitants. »

Sous sa direction, des scientifiques de 11 pays se sont donc attelés à la tâche de recenser systématiquement les cas d’infections dans leurs pays respectifs de l’Union européenne. En extrapolant, Aftab Jasir conclut que les 25 pays de l’Union doivent abriter environ 20 000 cas par année.

Là où ça devient plus inquiétant - davantage qu’une simple question de statistiques - c’est lorsque la microbiologiste affirme que la présence de la bactérie est à la hausse, sur la base des données fournies par les pays où le suivi a toujours été plus efficace, comme le Royaume-Uni, la République tchèque et les pays scandinaves. En Grande-Bretagne seulement, le nombre de cas a doublé depuis cinq ans.

Et ce n’est pas tout : il semble exister plus d’une variété de cette bactérie, à en juger par la structure d’une protéine. Cette diversité signifie que la bactérie peut évoluer rapidement - en fait, qu’elle est déjà en train d’évoluer. Une mauvaise nouvelle pour ceux qui, à travers le monde, travaillent actuellement sur un médicament - même si celui-ci est encore à plusieurs années dans le futur.

Il faut se rappeler que la plupart des infections à cette bactérie, de son vrai nom Streptocoque A, sont bénignes : irritation de la gorge ou même, dans certains cas, pas de symptômes du tout. Mais sans qu’on ait encore compris pourquoi, chez certaines personnes, devenues illico les cas-symboles, comme l’ancien premier ministre québécois Lucien Bouchard, ce microbe envahit les tissus mous de notre corps et les muscles, endommageant le cœur ou les reins, ou creusant des trous dans certains vaisseaux sanguins, ce qui fait dégringoler la pression sanguine - on appelle ça un choc toxique. La mort peut suivre dans les 24 heures, ce qui est d’ailleurs le cas dans 20 à 30% de ces cas extrêmes, même lorsque le patient est bombardé d’antibiotiques.


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