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Le rire d’Icare - Le risque et l’aventure spatiale

Publié en ligne le 27 janvier 2014
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig

Des visages souriants et resplendissants, c’était un peu chacun de nous qui avait le sentiment de partir dans l’espace ! En effet, pour la première fois, une personne de la « société civile », une institutrice, était autorisée à accompagner les astronautes professionnels. L’image de ce quasi conte de fée, transformé si brutalement en cauchemar par l’explosion de la fusée challenger en 1986, a marqué les esprits et l’ensemble de la politique spatiale ultérieure. Était-il désormais raisonnable de poursuivre la conquête spatiale après ce drame, et comment ? D’autant qu’au total, pas moins de quatre pour cent des astronautes auront finalement péri, en vol ou à l’entraînement !

Jacques Arnould est chargé des questions d’éthique au CNES. Docteur en histoire des sciences, il est par ailleurs religieux et le revendique, mais sait aussi généralement bien séparer ce qui est de l’ordre de sa foi et ce qui ne l’est pas.

Il va nous entretenir en profondeur de la notion de risque et avec elle, celle concomitante de découverte, d’une manière libre et personnelle. C’est sans nul doute l’attrait de cet ouvrage. Partant du constat que c’est l’être humain qui va découvrir, ou peut-être même inventer, cette notion de risque, il insiste sur le fait qu’une prise de risque n’est pas gratuite ou vaine, mais est au contraire synonyme d’espoir et représente un réel pari sur l’avenir.

En voulant s’échapper de sa prison terrestre et en partant explorer l’espace, l’homme va refuser de « laisser le monde aux dieux ». Il prend son indépendance et d’une certaine manière, désobéit aux lois de la nature, mais acquiert à cause de cette initiative de nouvelles responsabilités, dont il doit avoir désormais une conscience accrue. C’est là que le livre devient véritablement passionnant. Arnould pose l’ensemble des problèmes, comme les difficultés de l’homme à endosser toutes ces nouvelles responsabilités, comment évaluer raisonnablement un risque, peut-on admettre que l’échec soit possible ou encore comment faire face à la notion de hasard, jeu des multiples possibles ?

D’un côté, l’auteur cite Hannah Arendt et sa vision d’une modernité imposant d’apprendre à vivre avec la peur, les menaces technologiques et les catastrophes, et de l’autre, il remarque que nous sommes dominés par un principe de précaution n’ayant plus de lien avec la prudence, dans une société fascinée par le « zéro défaut ».

Arnoult évoque l’apparition dans l’histoire de la pensée de certains des problèmes se posant encore à nous aujourd’hui, aussi bien chez Platon, Shakespeare, Stendhal ou Voltaire, citant les uns, s’appuyant sur les autres, pour donner corps à ses réflexions. Cela constitue un ouvrage d’une hauteur de vue plutôt rare, au style assez recherché et le lecteur accède à un niveau de réflexion inattendu sur le sujet. Si de nombreux lecteurs seront convaincus que voyager dans l’espace appartient à notre destinée, prendre le « risque » de lire ce livre original sera pour tous une aventure intellectuelle récompensée.


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