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Le rôle de la connaissance scientifique

Publié en ligne le 8 juillet 2010 - Science
par Henri Brugère - SPS n° 290, avril 2010
L’Académie vétérinaire de France

En 1844 furent fondées presque simultanément deux sociétés savantes vétérinaires. La Société de Médecine Vétérinaire et de Médecine comparée fut créée par un groupe de vétérinaires parisiens, notamment Urbain Leblanc, Hamon et Villate. Ils publièrent un journal, La Clinique. Quelques semaines plus tard la Société Vétérinaire du Département de la Seine fut fondée par vingt vétérinaires parisiens issus des principaux secteurs d’activité professionnelle de l’époque (enseignants de l’école d’Alfort, praticiens, militaires). Le 21 novembre 1846, cette dernière élargissait son horizon en devenant Société Centrale de Médecine Vétérinaire, puis fusionnait avec la première en 1848 sous ce même nom. Elle fut reconnue d’utilité publique le 16 avril 1878.

Par décret du 12 janvier 1928, signé du Président de la République Gaston Doumergue, la Société acquiert le titre et les prérogatives d’une Académie sous le nom d’Académie Vétérinaire de France, l’élection de ses membres doit être ratifiée par décret du Président de la République, rendu sur la proposition du Ministre de l’Agriculture.

L’Académie Vétérinaire de France a compté parmi ses membres, de nombreux savants, vétérinaires ou non. Le plus célèbre d’entre eux fut, sans conteste, Louis Pasteur, le fondateur de la microbiologie (1822-1895), élu en 1880, qui fut rapidement bien perçu par une majorité de vétérinaires et s’en est toujours souvenu.
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Henri Brugère a été élu président de l’Académie vétérinaire de France pour l’année 2010. Voici un extrait de l’allocution faite à cette occasion.

Enseignant de physiologie, discipline qui s’est construite en appliquant au monde vivant la démarche et les lois des sciences dures que sont la physique et la chimie, et dans laquelle toute affirmation doit être démontrée et remise en question, je suis naturellement porté à un respect de la rigueur en toutes choses. Au cours des deux à trois décennies écoulées, j’ai eu l’occasion de voir de près des sujets, ou des dossiers dits scientifiques ou des affaires de terrain, dans lesquels les apports de la science et la démarche rationnelle sont systématiquement contestés et tenus en échec par les tenants de diverses disciplines ésotériques. C’est sans doute une des caractéristiques de l’époque dans laquelle nous vivons. Sans doute les phénomènes électriques de toute nature, en particulier les « ondes électromagnétiques », sont-ils un domaine favorable à l’éclosion de nombreuses déviances du raisonnement, que ce soit dans le domaine de la santé humaine, avec cette entité en croissance exponentielle qu’est l’EHS (électrohypersensibilité), ou dans celui de la santé animale, avec des affaires sanitaires d’élevage qui durent jusqu’à 10 ans ou plus, et dans lesquelles les interventions des vétérinaires se soldent par des échecs.

Il serait simpliste de réduire la montée des pseudo-sciences à la seule question des problèmes sanitaires imputés aux phénomènes électromagnétiques. Dans toutes les questions de santé, la science se trouve de plus en plus confrontée à des croyances et à des « certitudes » avancées par la société. La vaccination vis-à-vis du virus influenza H1N1 vient d’en donner un autre exemple. Notre compagnie a vu le jour au siècle du positivisme et son premier objectif a été de faire prévaloir la science vis-à-vis de l’ignorance. Les données ont certes évolué et le monde dans lequel nous sommes n’est plus ignorant, mais la société, forte de son niveau éducatif et d’une culture sans doute trop superficielle, se forge facilement ses propres certitudes, qui ne concordent pas toujours avec celles de la Science. Il s’est dégagé dans nos rangs la notion que l’un des rôles de l’Académie est son rôle « sociétal ». Nous sommes en plein dans le sujet ! Faire prévaloir la science vis-à-vis de la montée de l’ésotérisme est typiquement une problématique qui sera une constante au cours des années à venir. C’est la raison pour laquelle la première des séances qui soit du ressort de mon initiative sera consacrée à un aspect de l’électropathologie en élevage. Un second thème dans lequel je m’efforcerai de faire ressortir les données physiologiques par rapport à un magma de données de valeurs inégales, même lorsqu’elles sont revêtues d’une estampille très officielle, est celui de la douleur, thème commun à la plupart des problématiques dans lesquelles l’Animal est utilisé par l’Homme.

[Henri Brugère évoque ensuite un autre sujet dont l’Académie doit se charger : la question de la consommation de la viande.]

C’est un exemple typique de l’opposition de considérations scientifiques et de changements des modes de pensée de la société. La préoccupation pour le bien-être animal, le spectre des maladies possiblement induites, certaines considérations sur la survie de la planète, conduisent à une culpabilisation de l’acte consistant à consommer des denrées d’origine animale, au premier chef de la viande, mais aussi des œufs ou des produits laitiers. Que pèsent, vis-à-vis de ces arguments, les données relatives à la valeur nutritionnelle d’un aliment, dont nous savons bien que sa sous-consommation a conduit à des désastres sanitaires dans les périodes de disette ou dans les populations sous alimentées, mais aussi chez ceux de nos contemporains qui, pour des motifs variés, y compris la protection animale, se privent d’un apport protéique de qualité ?


Mots-clés : Science


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