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Rapport de l’Académie de médecine

Les adjuvants vaccinaux : quelle actualité en 2012 ?

Publié en ligne le 5 mai 2013 - Vaccination
SPS n°302, octobre 2012

L’Académie, saisie dans sa séance du mardi 26 juin 2012, a adopté à l’unanimité le texte d’un rapport portant sur les adjuvants vaccinaux. Nous en publions ici l’introduction et la conclusion. Le rapport est disponible en intégralité sur le site de l’Académie 1.


Les adjuvants vaccinaux sont indispensables à l’efficacité de très nombreux vaccins. Les plus utilisés sont les sels d’aluminium, mais depuis quelques années de nombreux adjuvants nouveaux ont été développés. L’Académie Nationale de Médecine a porté sa réflexion sur ce sujet, car les adjuvants vaccinaux sont devenus une préoccupation pour le public et les médias, notamment depuis la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 en 2009, avec des craintes et des questions sur leur nature et leur utilité.

Dans le même temps, un débat s’est installé dans les médias autour de l’aluminium et, en particulier, de l’aluminium des adjuvants vaccinaux. Il est né, en partie, des travaux sur la myofasciite à macrophages (MFM) et de l’hypothèse de son association éventuelle à des troubles neurologiques ou cognitifs. Le rôle éventuel que jouerait l’aluminium vaccinal dans le développement de troubles neurologiques dégénératifs ou de maladies auto-immunes est à la source d’interrogations, qui ont très récemment conduit un groupe de députés de l’Assemblée nationale à réclamer un moratoire sur les vaccins contenant de l’aluminium.

Enfin, la place des nouveaux adjuvants et leur capacité à remplacer les adjuvants aluminiques méritent aussi des éclaircissements.

L’Académie de médecine, au terme de ce rapport, apporte les réponses suivantes aux cinq questions posées.

Les adjuvants vaccinaux sont-ils nécessaires, en particulier ceux comportant de l’aluminium ?

Les adjuvants restent indispensables à la plupart des vaccins, notamment les plus récents et les plus purifiés et aussi pour les vaccins du futur. Leur rôle est de stimuler les mécanismes de l’immunité innée afin d’activer les cellules qui produisent la réponse immune acquise adaptative.

Que sait-on actuellement du cheminement de l’aluminium vaccinal dans l’organisme humain ?

L’aluminium présent dans les adjuvants vaccinaux est sous une forme particulière répondant à des normes physico-chimiques très précises. Des recommandations (OMS, FDA) ont permis d’établir des valeurs toxicologiques de référence pour l’aluminium alimentaire, déterminées à partir de l’expérimentation animale et extrapolées à l’homme : le taux minimal de risque ou MRL (minimal risk level) est fixé à 1 mg/kg/jour. Il tient compte essentiellement du risque de neurotoxicité. Les vaccins du calendrier vaccinal contiennent une dose d’aluminium réglementaire inférieur à 0,85 mg/dose.

La cinétique comparée entre aluminium ingéré et aluminium injecté est bien étudiée et elle indique que, par voie digestive, l’aluminium de l’alimentation courante est très peu absorbé tandis qu’administré par voie sanguine, il se concentre principalement dans l’os, alors que sa présence dans le cerveau est en très faibles quantités.

Un seul travail expérimental, utilisant les adjuvants marqués, démontre que la quantité d’aluminium importée par les vaccins injectés aux nourrissons et prévus par le calendrier vaccinal exposent à un risque très inférieur à la dose de sécurité minimale actuellement définie pour l’alimentation.

Existe-t-il des preuves établies d’une possibilité de toxicité neurologique de l’aluminium vaccinal ?

Même si de très faibles quantités d’aluminium sont présentes dans le tissu cérébral, la relation lointaine avec la maladie d’Alzheimer fait débat depuis des décennies, mais sans preuves. En particulier, chez les patients décédés d’encéphalopathies dues à l’hémodialyse et chez l’animal, les lésions cérébrales ne sont pas morphologiquement caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Aucune preuve de toxicité neurologique imputable à l’aluminium de l’alimentation ou des adjuvants n’ayant pu être fournie, il existe un consensus pour considérer l’aluminium comme un produit neurotoxique de façon aiguë, lors d’une forte ingestion et en cas de consommation chronique à des dosages élevés. Dans la myofasciite à macrophages, les troubles cognitifs publiés ne correspondent pas non plus à ceux de la maladie d’Alzheimer.

La myofasciite à macrophages

La myofasciite à macrophages se caractérise par la présence d’une lésion particulière de tissus musculaires. Les investigations ont révélé la présence d’aluminium au sein de cette lésion, retrouvée principalement dans le muscle deltoïde, lieu d’injection du vaccin. Si l’existence d’une lésion histologique de myofasciite est bien établie, et très probablement liée au vaccin, la notion de maladie associée à cette lésion fait l’objet d’une controverse : une équipe française dirigée par Romain Gherardi (INSERM, CHU de Créteil) met en cause la responsabilité de l’aluminium utilisé comme adjuvant, qui migrerait, chez certains sujets sensibles, de façon plus importante, vers d’autres organes, dont le cerveau, provoquant différents symptômes tels que des douleurs musculaires ou une importante fatigue chronique 2.

Pour l’Académie de médecine et les Agences de santé publique, il s’agit d’une lésion réactionnelle locale, et, en l’état actuel des connaissances, aucun syndrome clinique spécifique n’est retrouvé associé à la vaccination avec des vaccins contenant des adjuvants aluminiques. Les syndromes allégués sont divers, aux symptômes variés et peu spécifiques. L’Académie nationale de médecine confirme donc, en 2012, l’avis émis en 2004 par l’AFSSAPS 3 (maintenant, ANSM, Agence Nationale du Médicament) relatif à l’absence de lien entre le syndrome de myofasciite à macrophages et la vaccination. Cet avis concorde avec celui rendu par le Comité scientifique pour la Sécurité des Vaccins de l’Organisation Mondiale de la Santé 4 les 3 et 4 décembre 2003.

Quels sont les nouveaux adjuvants vaccinaux, leur utilité, leur toxicité éventuelle ?

Les adjuvants non aluminiques nouveaux et/ou en cours d’investigation ne sont pas destinés au remplacement des sels d’aluminium, mais à permettre d’élaborer d’autres vaccins contre des maladies telles que le paludisme, l’infection à VIH, la tuberculose ou certains cancers. Les différents adjuvants ne sont pas interchangeables et demeurent spécifiques de tel ou tel vaccin. Pour le phosphate de calcium, parfois revendiqué en remplacement de l’aluminium, les études sont dissociées, voire contradictoires sur son efficacité. Le débat reste donc ouvert et des travaux supplémentaires seraient souhaitables.

Si la recherche s’orientait pour remplacer l’aluminium, la substitution ne pourrait être faite qu’après de longs et nombreux essais et contrôles, nécessitant de nombreuses années (environ 5 à 10 ans).

L’auto-immunité due aux adjuvants est-elle une menace réelle ?

Quel que soit l’adjuvant utilisé dans un vaccin, la question de l’autoimmunité sera toujours soulevée. L’analyse détaillée des conditions nécessaires à la provocation d’une maladie auto-immune n’apporte aucune preuve à ce jour permettant d’incriminer les vaccins ou les adjuvants.

Un moratoire portant sur l’utilisation des vaccins contenant un adjuvant aluminique rendrait impossible, sans aucune preuve, la majorité des vaccinations. La résurgence de la maladie prévenue par le vaccin entraînerait, de façon certaine, une morbidité très supérieure à celle, hypothétique, des maladies neurologiques ou auto-immunes imputées.


Mots-clés : Vaccination

Publié dans le n° 302 de la revue


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