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Les ambiguïtés persistant sur le Palais de la découverte doivent être levées sans tarder !

Publié en ligne le 27 juin 2008 -
24 juin 2008

Résumé  : Le gouvernement, par les voix de la ministre de la culture et de la communication et de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a confirmé le regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie en un opérateur unique de culture scientifique et technique, tout en réaffirmant le maintien du Palais de la découverte au sein du Grand Palais et le maintien de l’identité des deux entités regroupées au sein d’un seul établissement administratif. L’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) réaffirme son attachement tant au positionnement du Palais de la découverte au sein du Grand Palais qu’au maintien de l’identité de la démarche pédagogique du Palais de la découverte fondée sur la médiation humaine, l’expérimentation et la relation étroite avec la recherche scientifique, démarche qui est complémentaire de celle poursuivie à la Cité des sciences et de l’industrie. Elle demande en conséquence que ces intentions affichées se traduisent sans tarder par l’annonce d’un plan de rénovation des bâtiments et de la muséographie du Palais de la découverte, plan accompagné d’un échéancier et d’un budget pluriannuel ; elle demande que toutes les ambiguïtés, en particulier sur le nécessaire maintien des identités complémentaires du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie, soient définitivement levées ; elle affirme enfin sa volonté de contribuer, en relation étroite avec la direction du Palais de la découverte et la Société des amis du palais de la découverte, à toutes les initiatives contribuant à étendre encore davantage le rayonnement du Palais de la découverte.

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«  Le besoin de connaître le monde qui nous entoure et d’agir sur lui me paraît une caractéristique de la nature humaine. La façon dont ce besoin est satisfait est un fait de civilisation  »

Evry Schatzman, Académie des sciences

«  La bataille pour la lucidité passe d’abord par l’école, puis par les centres de culture scientifique et technique, le palais de la Découverte, la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, les nombreux planétariums implantés en France, comme ailleurs, mais aussi la littérature de vulgarisation, revues ou livres, si insuffisante quantitativement et souvent qualitativement, mais aussi les médias audiovisuels, franchement au-dessous de toute raison…  »

Jean-Claude Pecker, Académie des sciences, Collège de France

Il y a plus de soixante dix ans, en 1937, Jean Perrin (Lille 1870, New-York 1942), prix Nobel de physique en 1926 pour ses travaux sur l’atome, créait le Palais de la découverte afin de « rendre manifeste la part déterminante que la Science a prise dans la création de notre civilisation et faire comprendre que nous ne pouvons espérer rien de vraiment nouveau, rien qui change la destinée, que par la recherche de la découverte ».

Depuis vingt ans, de rapport d’inspection en rapport d’inspection, de façon constante si ce n’est dans un mouvement de dégradation continue, sont pointés le désintérêt, voire la négligence, des ministères concernés par le Palais de la Découverte, à savoir le ministère de l’éducation nationale puis le ministère de la culture et de la communication et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette « situation d’abandon intellectuel et moral  » trouve sa concrétisation dans les conditions matérielles fortement dégradées dans lesquelles les personnels du Palais de la découverte doivent accomplir leurs missions, mais aussi dans le mode de fonctionnement interne du Palais.

La décision de création prise en 1980 et l’inauguration en 1986 de la Cité des Sciences et de l’Industrie ont profondément marqué le Palais de la découverte, au point que cette création a pu être interprétée comme révélatrice d’une volonté de faire disparaître le Palais de la découverte. L’intérêt persistant du ministère de la culture, exerçant la tutelle sur l’ensemble du Grand Palais, pour recouvrir et restaurer l’ensemble du patrimoine architectural en le destinant à d’autres fins, a contribué à entretenir un climat d’incertitude et d’inquiétude associée permanentes.

Et pourtant, en dépit de toutes ces difficultés, les mêmes rapports pointent de façon constante à la fois le maintien de l’engouement du public pour le Palais de la découverte et le profond attachement qu’il rencontre auprès de la communauté scientifique pour ces principes muséologiques faisant largement appel à la médiation humaine et à l’expérimentation.

Bien que la permanence de la localisation du Palais de la Découverte au sein du Grand Palais semble aujourd’hui acquise et que les ministères de tutelle ont annoncé la volonté gouvernementale de préserver l’identité tant du Palais de la découverte que de la Cité des sciences et de l’industrie, l’annonce d’un regroupement de ces deux entités dans un nouvel ensemble dans l’objectif annoncé « de doter notre pays d’un opérateur de culture scientifique et technique de premier plan, rénové dans ses équipements muséographiques et techniques » a relancé l’inquiétude au sein du personnel, inquiétude relayée au sein de la communauté scientifique et de la population dans son ensemble ainsi qu’en témoignent des pétitions lancées sur internet.

Alors que le Haut Conseil de la Science et de la Technologie (HSCT) a consacré son premier avis du 4 avril 2007 à la désaffection relative des jeunes pour les études scientifiques supérieures (hors professions de la santé) en pointant une image de la science et des scientifiques dégradée, notamment du fait d’une perception diffuse de la science et de la technologie non plus comme principal vecteur du progrès mais comme source de risques sanitaires ou environnementaux, ainsi que l’illustrent de façon récurrente les médiatisations sur les thèmes des énergies et de l’effet de serre, des biotechnologies (notamment végétales), des nanotechnologies ou des craintes persistantes sur les effets des ondes électromagnétiques,

L’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS)

Réaffirme la place centrale des sciences, de leur enseignement, et de l’expérimentation, pour la formation à l’esprit critique ;

Réaffirme le rôle central, à côté des établissements publics d’enseignement, des centres de culture scientifique et technique ;

Affirme son attachement à la présence au cœur de la capitale du pôle muséologique consacré aux sciences et technologies que constituent le Muséum d’histoire naturelle et les parcs zoologiques qui en dépendent, le Palais de la découverte, la Cité des sciences et de l’industrie, et le Musée des arts et métiers,

Demande que l’annonce réalisée du maintien de la présence du Palais de la découverte au Grand Palais se concrétise sans attendre par l’annonce concrète du programme de rénovation tant des bâtiments que de la muséographie du Palais de la découverte, annonce accompagnée de la présentation d’un échéancier et d’un budget pluriannuel,

Demande que le projet scientifique et culturel de ce nouvel ensemble précise sans ambigüité le maintien de l’identité des deux pôles complémentaires de cet opérateur unique, à savoir notamment le caractère central, pour le Palais de la découverte de la médiation humaine, de l’expérimentation active, et de la relation privilégiée avec la recherche scientifique,

Demande que conformément à la mission confiée à l’Académie des sciences de veiller « à ce que la culture scientifique et le progrès des connaissances soient rendus accessibles à tous », et en particulier « en œuvrant à la diffusion de la science en tant que composante de la culture  », et à celle confiée à l’Académie des technologies « d’élever l’intérêt et la compréhension du public en participant à son information », ces deux institutions soient associées étroitement à l’élaboration du projet scientifique et culturel du nouvel ensemble et à la définition du projet de rénovation de la muséographie du Palais de la découverte,

Affirme sa volonté, en étroite relation avec la direction du Palais et la société des amis du Palais de la découverte, de contribuer à toutes les initiatives contribuant à étendre encore le rayonnement du Palais de la découverte et à promouvoir l’approche de la pédagogie scientifique originale qu’elle met en œuvre depuis plus de soixante-dix ans, faisant sienne l’affirmation, suivant les mots de l’astrophysicien Evry Schatzman qu’« un enseignement de la science qui n’apprend pas à penser n’est pas un enseignement de la science : il est un enseignement de la soumission. »

Paris, le 24 juin 2008

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Annexe : les faits de 1990 à ce jour


En 1990, Françoise Héritier-Augé remettait à Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, le rapport « Les musées de l’Éducation nationale » et y dénonçait « la situation d’abandon intellectuel et moral » dans laquelle se trouvaient les musées scientifiques de l’éducation nationale (Muséum d’Histoire Naturelle, Palais de la Découverte, Musée des Arts et métiers) de la part de leur ministère de tutelle. [1]

En 1996, le Comité National d’Evaluation des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel confirmait ce jugement sévère sur la tutelle du Palais de la Découverte en pointant « l’évident désintérêt du ministère de l’Education nationale, qui ne s’est soucié ni de guider son musée, ni de l’utiliser comme instrument de culture scientifique ». [2]

Si le Ministère de l’Education nationale se désintéresse de ses musées scientifiques, le Ministère de la Culture ne se désintéresse pas du patrimoine dont il a la tutelle et trouve un intérêt à la restauration de l’intégrité architecturale initiale du Grand Palais ; il confie en 1995 à Jean Lebrat, président de l’Etablissement public du Grand Louvre, une mission d’étude sur l’avenir du Grand Palais. L’idée alors évoquée d’un déménagement du Palais de la Découverte en d’autres lieux, voire de sa fusion avec la jeune Cité des Sciences et de l’Industrie (décidée en 1980 par le Président Giscard d’Estaing et inaugurée en 1986 par le Président Mitterrand) générait un émoi dont témoignait une tribune libre du prix Nobel de Physique Pierre-Gilles de Gennes intitulée « Sauvons le Palais de la Découverte » et publiée dans l’édition du 2 février 1995 du quotidien Le Monde. [3]

Le Comité National d’Evaluation des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, dans son rapport de 1996 déjà cité dénonçait lui aussi « l’incertitude permanente » que le ministère de la Culture faisait peser sur l’avenir du Palais de la Découverte et estimait qu’elle devait « être impérativement levée ». Ce rapport n’était d’ailleurs pas tendre non plus avec l’organisation interne, pointant une « balkanisation des structures » se traduisant « par de multiples dysfonctionnements », et préconisant en conséquence « de séparer les fonctions scientifique, administrative et de gestion du public » et de « rompre le cloisonnement horizontal et vertical qui entrave le fonctionnement du Palais ». [2]

Dix ans après, en 2007, la lecture du rapport du Sénat « sur la situation du Palais de la Découverte » [4] montre que la situation s’est encore dégradée. Si dans ce rapport il est confirmé que « la localisation du Palais de la Découverte au sein du Grand Palais est aujourd’hui acquise  » (p. 14), comme cela ressortait déjà de l’allocution du premier ministre Dominique de Villepin lors de l’installation au Grand Palais de l’Académie des Technologies et de l’Institut des Hautes Etudes en Sciences et Technologie le 14 mars 2007 [5], on y découvre que la situation est au mieux restée stationnaire comparativement au constat déjà dressé en 1996 : « le bâtiment est actuellement ouvert sous la responsabilité personnelle de son directeur, la commission de sécurité de la préfecture de police ayant formulé un avis défavorable d’ouverture au public en 2001 ; cet avis n’a pas été levé lors de la dernière visite de la commission en juin 2007  » ; le bâtiment ne cesse de se dégrader et le programme de rénovation traîne en longueur (p. 15). Le rapport pointe à son tour le « désintérêt, voire [la] négligence, des ministères concernés par le Palais de la Découverte » (p. 23). La conclusion ne laisse aucun doute : « Au terme de ce contrôle, le Palais de la Découverte apparaît comme un « condensé » de dysfonctionnements administratifs et politiques. A cet égard, [le rapporteur] souhaite que chacun des acteurs, ministères comme établissement, prenne enfin ses responsabilités, afin que le Palais de la Découverte puisse conduire sa rénovation, que ce soit de ses locaux ou de son fonctionnement interne. » (p. 33)

Le 12 décembre 2007, le premier conseil de modernisation des politiques publiques annonce que « le Palais de la Découverte sera regroupé avec l’établissement public de la Cité des sciences et de l’industrie. Ce regroupement permettra de créer un opérateur de référence en matière de culture scientifique et technique, présent sur deux sites. » [6]

Le 18 mars 2008 une lettre conjointe du ministre de la culture et de la communication et du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche indique que le « regroupement doit permettre de renforcer et de mettre en commun les points forts des deux composantes du nouvel ensemble » et que « l’identité de chacun d’entre eux [sera] préservée. Pour le Palais de la découverte, cela passe par le maintien d’une muséographie fondée sur de grandes manipulations, la médiation humaine et une relation étroite avec la recherche scientifique  » ; « le regroupement ne devra pas entraver les chantiers de rénovation déjà entamés » ; « les représentants des personnels seront associés à la réflexion. De même [que seront] respectées les conditions d’emploi actuelles de l’ensemble des personnels » ; « le regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie doit permettre de doter notre pays d’un opérateur de culture scientifique et technique de premier plan, rénové dans ses équipements muséographiques et techniques, présent à l’international et actif en région ». [7]

Dernières nouvelles : annoncé dans le courrier, un groupe de travail a été constitué (ministères de tutelles, représentants des directions des deux établissements), groupe épaulé par un cabinet de conseil (Cap Gemini), pour débattre dans un premier temps des « modalités techniques (institutionnelles, juridiques, sociales, etc.) et évaluer les synergies qui en résulteront ». Le comité de pilotage s’est réuni deux fois. Une lettre conjointe des ministres a arbitré le 29 mai 2008 pour un statut d’EPIC (soit le statut actuel de la Cité des sciences et de l’Industrie) pour le futur établissement. Le projet scientifique et culturel doit être abordé dans un second temps, une fois le nouvel opérateur créé. Le nouvel établissement public devrait être créé avant janvier 2009 [Source AFP].

Sources :
[1] Les Musées de l’Éducation Nationale. Mission d’étude et de réflexion. Rapport au Ministre d’État, Ministre de l’Éducation Nationale. Paris, La Documentation française, 1991, 176 p. Collection des rapports officiels.
[2] Comité National d’Evaluation des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel. Mission d’évaluation 1996 : http://www.cne-evaluation.fr/WCNE_pdf/Palais.pdf
[3] Sauvons le Palais de la Découverte, Le Monde, 9 février 1995, Pierre-Gilles de Gennes
[4] Rapport d’information fait au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation sur la situation du Palais de la découverte, 2007 : http://www.senat.fr/rap/r06-354/r06-3545.html
[5] Installation de l’Académie des Technologies et de l’Institut des Hautes Etudes en Sciences et Technologie, 14 mars 2007, Allocution du premier ministre Dominique de Villepin http://www.academie-technologies.fr/actu/discoursPremier %20ministre.pdf
[6] Premier conseil de modernisation des politiques publiques – 12 décembre 2007 http://www.budget.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/cmpp071212/4-7-culture.pdf
[7] Lettre conjointe du ministre de la culture et de la communication et du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du 18 mars 2008 http://palais-decouverte.eitic.org/textes/lettre_pecresse_albanel_20080318.pdf


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