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Les créationnismes, une menace pour la société française ?

Publié en ligne le 27 juillet 2009
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 286, juillet 2009

« Elle [UIP] est chargée de sélectionner les meilleurs candidats pour l’obtention de bourses dans le cadre du programme “Perspectives globales sur la science et la spiritualité”, toujours financé par la John Templeton Foundation. » Extrait, page 50.

Ce livre qui tient dans la poche est un grand livre. Il réunit dans ses 135 pages une somme d’informations impressionnante sur les différentes mouvances du créationnisme, ses méthodes, ses ruses pour avancer masqué, sa pénétration dans les milieux scientifiques, et surtout dans les milieux politiques de plusieurs pays d’Europe (Allemagne, Italie, Pologne, Serbie, Pays-Bas) – alors qu’on a l’habitude de penser qu’il se cantonne aux États-Unis – et jusqu’au Parlement européen, où un rapport (Guy Lengagne) sur les dangers du créationnisme dans l’éducation a eu bien du mal à être voté en 2007, suite aux pressions d’un parlementaire théologien, lui-même piloté par le Vatican. La documentation qu’ont réunie les auteurs est le fruit d’un travail dense et très soigné. Toutes les références et sources sont présentes en notes de bas de page, accessibles instantanément 1.

Le titre vous présente déjà les deux axes fondamentaux de la réflexion des auteurs : les créationnismes, et non le créationnisme, parce qu’il y a deux créationnismes de base : celui qui interprète littéralement la Bible (avec création des êtres vivants dans leur état actuel) et celui qui admet une évolution, mais voulue par un créateur. Au sein de ces deux créationnismes, d’autres facettes apparaissent, comme celle du dessein intelligent, qui prétend avoir une vision scientifique de la vie, celle de la spiritualité en science, prônée par des associations, comme le Cercle scientifique et historique, ou l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP, citée en exergue), qui veulent à tout crin introduire du « sens » dans les sciences, mais qui en fait cherchent à la parasiter avec du religieux. Des scientifiques, parfois nobélisés, prêtent leur notoriété à ces associations.

Toutes ces obédiences ont plusieurs points communs qui font leur force : elles ont un talent certain à la communication, usent de tous les médias pour leur propagande, ont de gros moyens financiers, travaillent en réseaux, et se donnent toutes pour objectif prioritaire d’infiltrer l’éducation. Ce dernier point est le plus effrayant, parce qu’il est le nerf de la guerre que les créationnistes mènent contre l’intelligence. Monopoliser l’enseignement leur permettrait de manipuler les esprits encore non formés, dans un contexte pédagogique, qui, s’il est démocratique et encore de qualité en France, ne ménage pratiquement aucune place à l’esprit critique. Il serait temps d’y songer, car les objectifs éducatifs en France ne prennent pas le bon chemin : centrés sur les apprentissages disciplinaires minimaux, et non sur les démarches, ils ne permettront pas aux élèves de résister à une manipulation mentale soigneusement orchestrée par des groupes créationnistes infiltrés.

En fin d’ouvrage, vous trouverez un entretien avec J.-B. Panafieu, G. Lengagne, C. Fortin, tous professeur(e)s d’université ou de lycée, et avec R. Monvoisin, chargé de cours d’éducation à la pensée critique à l’université J. Fourier à Grenoble. Tous expliquent leur angoisse face à l’intrusion des religions dans leurs classes. R. Monvoisin fait part de ses vives inquiétudes pour l’avenir de notre laïcité, pourtant notre seul rempart contre le créationnisme en éducation. Lisez aussi, pour de plus amples informations « Le Sarkozy sans peine » 2 de R. Monvoisin.

La réponse des auteurs à la question du titre est donc : oui, la menace est réelle, concrète, même si elle reste invisible. La vigilance s’impose.

Publié dans le n° 286 de la revue


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