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Les dérangements du temps - 500 ans de chaud et de froid en Europe

Publié en ligne le 7 septembre 2010
Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n° 291, juillet 2010

291_64-65« Dans son paradigme de civilisation, Montesquieu posait un postulat pour les sociétés modernes : plus elles sont évoluées et plus elles sont capables de se mettre à l’abri des conséquences des catastrophes naturelles. Œuvrerons-nous pour que l’avenir lui donne raison ? »

S’inscrivant dans la continuité d’Emmanuel Le Roy Ladurie qui fondait la discipline en 1967 avec son Histoire du climat depuis l’an mil, Emmanuel Garnier, historien de l’Université de Caen, attaché au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement à Saclay, explique que depuis ce texte fondateur, l’histoire du climat s’est renouvelée et développée dans les autres pays européens pour rester presque ignorée en France.

Dans une première partie fort instructive, l’auteur dresse une historiographie du climat et présente les méthodes mises en œuvre dans la pratique d’une discipline, la clio-climatologie, à l’interface entre les sciences « dures » de l’environnement, dont elle peut utiliser les résultats, et l’histoire, dont elle utilise la méthode « indiciaire ».

Garnier se penche ensuite sur les variations climatiques des temps historiques récents. Les données d’archives, confirmées par la dendrochronologie, montrent que deux pics thermiques identifiés entre 1665 et 1680 puis entre 1700 et 1725, ont des niveaux qui rivalisent avec le réchauffement de la fin du vingtième siècle. Les événements climatiques extrêmes sont aussi documentés dans les archives, qu’il s’agisse des tempêtes, des sécheresses ou des inondations.

Confrontées aux variations climatiques, aux événements météorologiques souvent catastrophiques pour les populations, les sociétés réagissent. Face à ce qui est d’abord considéré comme des manifestations de la colère divine, l’historien rend compte de l’élaboration progressive d’un discours rationnel et de l’intervention des institutions étatiques.

Bien qu’il affirme que « ce livre n’est pas un manifeste de plus sur la question climatique ou une leçon magistrale donnée aux uns ou aux autres  », on regrettera que transparaisse, à plusieurs reprises dans l’ouvrage, une sorte d’allégeance forcée – qu’on ne demande pas à l’historien d’ailleurs – au réchauffement anthropique et aux prévisions du GIEC. Peut-être compense-t-il ainsi les conclusions auxquelles conduit la clio-climatologie : « Si cet ouvrage ne peut prétendre livrer des réponses à la fois fermes et définitives, il veut apporter en revanche un éclairage original et… impertinent sur la question du Global Change. Les résultats historiques majeurs présentés, comme les phases chaudes et durables situées au beau milieu du Petit âge glaciaire, susciteront probablement des interprétations diamétralement opposées.  »

Éclairage original et impertinent ? Oui, l’exercice est réussi. En plaçant les variations climatiques récentes et les événements météorologiques majeurs dans une perspective historique, on comprend les enjeux des débats en cours dans lesquels l’approche proposée par cette étude passionnante du passé climatique européen mérite toute sa place.

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