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Les effets inattendus de la loi de Moore

Publié en ligne le 3 septembre 2015 -
par Jean-Paul Delahaye - SPS n° 312, avril 2015

On n’en a pas toujours bien conscience, mais nous profitons – et subissons chaque jour – des effets de la loi de Moore qui est l’explication principale de nombreuses évolutions technologiques et de leurs miracles. Rappelons que cette loi formulée par Gordon Moore en 1965 (loi socio-économique et non pas loi physique) affirme que les progrès dans le domaine de l’efficacité des dispositifs informatiques s’effectuent au rythme d’un doublement tous les 18 mois ou, ce qui revient au même, au rythme d’une multiplication par 10 tous les 5 ans. Pour un prix donné, l’ordinateur que vous achetez en 2015 a 10 fois plus de mémoire et fonctionne 10 fois plus vite que celui que vous avez acheté en 2010. Gordon Moore ne parlait que de la densité d’intégration des transistors sur une puce, mais il est préférable de voir sa loi sous un jour plus général. En gros, elle s’est révélée vraie depuis son énoncé. Les spécialistes s’accordent pour dire qu’elle ne durera plus bien longtemps et même que le facteur multiplicatif a déjà commencé à diminuer.

Avec l’autorisation de M. Jérémie Brunet, L’art fractal. Aux frontières de l’imaginaire, Éditions POLE, 2014. Golden Spheres, p. 86.

Reste que c’est à elle qu’on doit un grand nombre des avancées technologiques dont nous profitons chaque jour. Un progrès quantitatif produit un progrès qualitatif. Donnons quelques exemples. La photo numérique et le cinéma numérique sont nés de la loi de Moore... et Kodak en est mort. Nos smartphones qui ne sont rien moins que des ordinateurs de poches sont devenus possibles et sont vendus à des prix raisonnables grâce à la loi de Moore. Les DVD sont apparus grâce à la loi de Moore et vont disparaître – du fait du téléchargement rapide de films – à cause de la loi de Moore. La multiplication des caméras de surveillance (bientôt une dans chaque voiture ?) dont on garde les enregistrements pendant des durées de plus en plus longues est aussi une conséquence de la loi de Moore. Des démonstrations par ordinateurs, inconcevables il y a peu, ont pu aboutir grâce à la loi de Moore (par exemple le théorème qui dit qu’une grille de sudoku ne peut pas avoir une solution unique quand elle possède moins de 17 données initiales).

Plus anecdotique mais remarquable sur un plan esthétique : les images fractales étaient calculées en deux dimensions, et n’ont pu réellement donner lieu à des images en trois dimensions que depuis cinq ans... grâce à la loi de Moore. Quels seront les prochains effets qualitatifs de cette loi empirique quantitative ? À chacun de les imaginer.

Rubrique coordonnée par Nadine de Vos

Publié dans le n° 312 de la revue


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