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Les indices des crèmes solaires mis en cause

Publié en ligne le 19 mai 2014 -
par Jean-Paul Krivine - SPS n° 306, octobre 2013

Une controverse s’est récemment développée à propos du calcul de l’indice de protection indiqué sur les crèmes solaires. Cet indice est actuellement estimé à partir de tests in vivo, réalisés sur des volontaires humains. C’est alors le « niveau de rougeur » sur la peau qui est évalué. Des test in vitro sont en cours d’élaboration et se fondent sur une mesure directe de quantité effective d’UV filtrés par la crème. A priori, les indices qui en résultent sont assez concordants. Mais une étude menée par une équipe de l’Université de Nantes, dirigée par Laurence Coiffard [1], a montré que, pour un certain nombre de crèmes (13 sur les 21 étudiées), ces résultats ne coïncidaient pas, et que le niveau effectif de filtrage des UV (méthode in vitro) était en réalité inférieur à celui indiqué (méthode in vivo homologuée), la différence pouvant atteindre 30 %. L’explication, selon l’équipe nantaise, est la présence d’anti-inflammatoires dans la composition des crèmes, réduisant artificiellement le « niveau de rougeur » (et qui sert de base à l’établissement de l’indice). La présence d’anti-inflammatoires (directement mis en évidence par des tests réalisés sur des souris) contribue bien à la diminution de l’érythème provoqué par le soleil, mais ne permet pas une protection en conséquence de la peau.

L’industrie du cosmétique jouerait-elle de cette propriété, et du fait que certains ingrédients, parfois les filtres eux-mêmes, ont des propriétés antiinflammatoires ? Pire, ajouterait-elle délibérément des produits aux vertus anti-inflammatoires ? C’est l’objet de la controverse. L’intérêt, pour les laboratoires, serait tout simplement économique : « les substances antiinflammatoires que l’on substitue aux filtres peuvent être ajoutées en toute petite quantité (moins de 1 %) tandis que les filtres nécessitent de 3 % à 10 % et leur production est plus onéreuse » 1. L’industrie le conteste. Dans un communiqué, COSMED, l’Association des PME de la filière cosmétique, accuse l’équipe nantaise d’avoir produit de faux résultats et d’avoir « bafoué les règles [...] de la probité scientifique » 2. Elle met en avant une « étude indépendante » réalisée « sous contrôle d’huissier » et dont la description et les résultats détaillés sont « maintenus sous scellés ». Plus convaincante aurait été une étude publiée dans une revue professionnelle avec des résultats mis à disposition dans leur intégralité.

Vient se superposer un autre problème : la mode du bio. Cette dernière a poussé les industriels à développer des crèmes « naturelles et bio », à base de composés minéraux. Mais il s’avère très difficile d’obtenir de hauts niveaux d’indices par ce procédé, et les minéraux utilisés doivent l’être sous forme de... nanoparticules. Or, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS devenue l’Agence nationale de sécurité du médicament, ANSM) estimait nécessaire d’éviter l’utilisation de produits contenant des nanomatériaux sur une peau abîmée...

En conclusion, ne faudrait-il pas déjà que les crèmes solaires, protection indispensable avec un fort enjeu de santé publique, relèvent du statut de produit de santé, avec une AMM (autorisation de mise sur le marché), et non pas du seul statut de produit cosmétique ?

[1] "Influence of certain ingredients on the SPF determined in vivo", Archives of Dermatological Research, Décembre 2012, Volume 304/10, pp 817-821. Voir également www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0046187

Publié dans le n° 306 de la revue


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