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Les nouveaux psys - Ce qu’on sait aujourd’hui de l’esprit humain

Publié en ligne le 3 septembre 2008
Note de lecture de Nicolas Gauvrit - SPS n° 282, juillet 2008

Après le succès du Livre noir de la psychanalyse, le nouvel ouvrage concocté par la même joyeuse équipe trompe par son titre. Que le lecteur ne s’attende pas à lire le tome 2 d’une critique de la psychanalyse. Les nouveaux psys ne sont pas les thérapeutes cognitivistes et comportementaux tant honnis des adorateurs de la cause freudienne, mais des chercheurs de domaines variés — parfois également thérapeutes — à la recherche de la vérité.

Comment se faire une idée de « ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain », comme nous y invite le sous-titre ? Si c’était possible, on choisirait sûrement de par le monde quelques psychologues reconnus, quelques anthropologues, philosophes, des membres de toutes ces disciplines qui forment les sciences cognitives. Si c’était possible, on irait voir les plus fameux, ceux dont l’empreinte a marqué la science contemporaine. On s’inviterait chez eux, ou dans leur bureau, pour une discussion stimulante, et on bavarderait de l’esprit en sirotant une tasse de café.

Les nouveaux psys

Cinq raisons d’adorer, et deux de bouder

Pour :
Un panorama complet de la psychologie vivante.
Une remise en cause de quelques idées reçues : la science plutôt que le politiquement correct.
Une approche véritablement pluridisciplinaire, où les apports des différents acteurs sont évidents.
Cette ambiance de discussion savante qui évoque les « salons », et rend la lecture si agréable.
Un « miracle » de la francophonie : il est à peine croyable qu’un livre regroupant des textes des psychologues les plus célèbres au monde puisse paraître directement en français !

Contre :
Une forme de révérence frisant la génuflexion à l’égard des stars de la science, qui transpire de-ci de-là et pourrait indisposer.
Toutes les contributions ne sont pas aussi rafraîchissantes ; deux ou trois d’entre elles sont même décevantes.
On voyage autour du monde pour rencontrer le passionnant Frans de Waal, connaisseur des grands singes. Son explication anthropologique de la chute du communisme et de l’inanité de l’individualisme est accablante. Robert Plomin renverse les idées reçues, en montrant le rôle des gênes dans les comportements. Bien sûr, ça n’est pas politiquement correct, et Plomin en est désolé, mais « [il] croit simplement que la connaissance est une bonne chose », alors il ne mentira pas.
Au total, 37 personnalités dressent le panorama de la psychologie actuelle, passant en revue des thèmes aussi variés que la mémoire, l’intelligence, les thérapies, le fonctionnement neuronal et la philosophie de l’esprit.

C’est exactement ce que l’ouvrage dirigé par Catherine Meyer rend possible : dans un style vivant, il nous entraîne chez Chomsky, chez Seligman, chez McClelland ou Loftus. Ces chercheurs que tout étudiant en psychologie connaît, on les voit là, devant soi, en chair et en os, bien vivants et bien humains, qui nous parlent de leur curiosité, de leurs théories, de leurs interrogations aussi. Chaque chapitre est une rencontre avec un homme et un point de vue.

On ressent les plaisirs de la recherche, la passion dévorante, la curiosité insatiable. On déniche parfois l’empreinte, dans une théorie, des préjugés de son auteur, et l’on découvre les raisons historiques de l’émergence de tel ou tel modèle. Ce n’est pas de la science en boîte de conserve : elle est fraîche, elle bouge encore. On est là plongé dans la quête du vrai, au cœur de théories encore discutées. Certaines sont en passe de se fixer, d’autres sans doute disparaîtront.

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Voici, à partir de la présentation de l’éditeur, quelques exemples des expériences menées par les auteurs dont il est question dans l’ouvrage.

Les raisins et le concombre

Le principe de l’expérience : on demande à des singes d’effectuer une tâche et on les récompense pour cela. On donne aux uns des raisins, et aux autres des morceaux de concombre. Les singes préfèrent le raisin. Si dans un même groupe, tout le monde obtient du concombre, les singes sont disposés à travailler. Mais si certains seulement obtiennent du raisin, alors ils refusent de travailler. On appelle cela « l’objection des singes à la récompense inégale ».

Conclusion : le sentiment de l’équité est inné (personne ne l’a appris aux singes). Une société où coexistent d’énormes inégalités est génératrice de stress… et de problèmes sociaux.

L’enfant perdu dans un centre commercial

Le principe de l’expérience : on raconte à des adultes une série d’événements survenus durant leur enfance. Tous sont vrais, sauf une anecdote selon laquelle à 5 ans, ils se seraient perdus dans un centre commercial avant d’être recueillis. 25 % des sujets se remémorent cet épisode et l’enrichissent même de détails précis sur l’apparence de la personne qui les avait aidés. Or tout cela n’était jamais arrivé.

Conclusion : on peut implanter de faux souvenirs dans la mémoire de quelqu’un. Avis aux experts d’Outreau et à tous ceux qui mènent des interrogatoires et des enquêtes (voir aussi La guerre des souvenirs, SPS n° 281).

L’effet Pygmalion

Le principe de l’expérience : dans une école, on fait passer des tests d’intelligence à 370 élèves. On donne ensuite aux enseignants la liste de ceux qui ont obtenu un score exceptionnel (environ 20 %). En réalité, les noms ont été tirés au hasard. Ni les enfants ni les parents ne sont au courant… À la fin de l’année, les chercheurs constatent que les élèves désignés comme doués ont connu une évolution remarquable. Ils se sont réellement épanouis intellectuellement comme l’avait prophétisé le faux-test. Même leur QI a progressé.

Conclusion : le succès des élèves dépend des attentes des enseignants, et vous devenez ce que les autres attendent de vous. L’évolution plus favorable des prétendus doués est due au fait qu’il sont chouchoutés, valorisés, et que les enseignants leur donnent plus de travail.

L’expérience du chamallow

Le principe de l’expérience : on laisse un enfant seul dans une pièce avec, posé sur une table, un chamallow. L’enfant peut soit manger le bonbon tout de suite, soit en avoir plusieurs, mais seulement s’il est capable de résister à la tentation.

L’expérience est reproduite, avec différents enfants, en variant les paramètres : au lieu d’exposer le bonbon, on montre une photo du bonbon ; on conseille à l’enfant d’imaginer que ce chamallow a mauvais goût ; on promet encore plus de bonbons ; on propose une attente plus ou moins longue, etc.

Conclusion : la théorie classique de la personnalité, comme une entité déterminant des comportements fixes est fausse. Notre comportement varie selon les circonstances. C’est pourquoi, on ne peut pas dire d’une personne qui n’arrive pas à arrêter de fumer qu’elle « manque de volonté ». On peut être volontaire et déterminé dans certaines situations et pas dans d’autres.

Elliott, l’homme sans émotion

C’est l’histoire d’un homme qui, suite à l’ablation d’une tumeur cérébrale, se met à avoir un comportement étrange : il se lance dans des affaires hasardeuses qui le mènent à la ruine, se brouille avec sa femme, divorce, se remarie, divorce ; sa vie professionnelle est catastrophique. Pourtant, tous les tests révèlent des capacités intellectuelles et cognitives intactes.

Un neuropsychologue remarque néanmoins une chose : Elliott semble « détaché » de tout ce qui lui arrive. Lorsqu’on lui montre des photos de catastrophes naturelles et de guerres, il n’éprouve ni tristesse ni effroi. Il a perdu toute perception émotive.

Conclusion : contrairement à ce qu’on dit souvent, les émotions ne sont pas mauvaises conseillères et nous sont indispensables pour gérer rationnellement notre vie.

La poupée Bobo

Le principe de l’expérience : on répartit des enfants (entre 4 et 6 ans) en deux groupes. Le premier groupe voit un adulte agresser et frapper une grande poupée (Bobo). Le second groupe voit l’adulte jouer avec la poupée. Chacun des enfants est ensuite laissé seul dans une salle avec des jeux et la poupée Bobo. Leur comportement est filmé. On observe que les enfants du premier groupe sont beaucoup plus agressifs avec la poupée que ceux du second groupe.

Conclusion : on apprend en observant et en imitant les autres. C’est ce qu’on appelle le « modelage social ». Il y aura ensuite de nombreuses études à propos de l’influence des scènes de violence sur les enfants (jeux vidéo, etc.).

Le chien résigné

Le principe de l’expérience : on prend trois groupes de chiens. Les premiers subissent de légers chocs électriques qu’ils ont la possibilité d’arrêter en appuyant avec leur museau sur une plaque. Les deuxièmes n’ont aucun moyen de faire cesser les chocs. Les troisièmes ne subissent rien.

Le lendemain, on met les chiens dans une cage divisée en deux parties : dans la partie A, il y a de petites décharges dans le plancher. La partie B est un refuge serein. Les chiens du premier et du troisième groupe vont tous dans la partie B. Les chiens du deuxième groupe restent dans la partie A : ils sont résignés à subir une situation pénible.

Conclusion : l’optimisme ça s’apprend, le pessimisme (et la dépression) aussi.

Publié dans le n° 282 de la revue


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