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Les passions Intellectuelles, vol. I, 1735-1751

Publié en ligne le 15 juillet 2004
Note de lecture de Jean-Claude Pecker - SPS n° 242, juin 2000

Il s’agit là non pas d’un roman, ni d’une vie romancée, mais d’une véritable contribution à l’histoire de la pensée. Le début du XVIIIe siècle, jusqu’au démarrage de l’entreprise-phare que fur la Grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, fut agité d’une grande querelle, celle de la gravitation newtonienne, qui triomphait en Angleterre, contre la théorie des tourbillons cartésiens. Une philosophie de l’action à distance, contre une philosophie du continu. Toute la conception du Monde - des systèmes planétaires, de l’Univers-, était en cause. Les théories cartésiennes étaient défendues, en France particulièrement, bien évidemment, par J.D.Cassini, mais aussi par sa « dynastie » (les Cassini ou les Maraldi, les uns après les autres, dirigèrent l’Observatoire de Paris pendant environ un siècle !), mais aussi par Fontenelle ou de Mairan, les Secrétaires perpétuels successifs de l’Académie des Sciences. Dans le clan newtonien, il y avait au premier rang la véritable savante que fut Émilie du Châtelet, traductrice de Newton du latin en français, étroitement associée à son grand ami l’anglophile Voltaire, dans cette campagne vigoureuse. Il avait surtout Maupertuis, et son ami La Condamine, qui décidèrent l’Académie à envoyer une expédition vers l’Équateur (Amazone, Pérou...), puis une autre en Laponie, pour y mesurer des arcs de méridien. Newton prédisait l’aplatissement de la Terre ; Descartes ou plutôt Cassini, la prétendait, sans démonstration, allongée vers les pôles. Ce fut Newton et l’aplatissement aux pôles ou plutôt l’aplatissement aux pôles, donc Newton, qui triomphèrent in fine, après ces expéditions héroïques (parfois héroï-comiques !),dont les résultats furent convaincants et très popularisés. Mais que de bagarres avant d’en arriver là, que de rancœur aussi, chez un Maupertuis, un peu déçu de l’accueil académique, et qui s’enfuit, avec les honneurs certes, mais loin de Paris, à la cour de Frédéric II, voire chez un Clairaut... ! Et que d’autres batailles, comme celle qui mettait aux prises, je n’ose dire aux mains (on était d’une infinie courtoisie en ces temps-là), Clairaut, d’Alembert, et les suisses Euler ou Cremer ou encore, dans d’autres domaines le moderniste Buffon au traditionnel Jussieu... !

Livre passionnant, extrêmement bien documenté, enrichi de notes nombreuses, cet ouvrage est un document de travail sur cette période fascinante du progrès des sciences. Il aide à COMPRENDRE l’évolution des idées à travers les hommes et les femmes qui les génèrent... On attend la suite avec impatience !

Publié dans le n° 242 de la revue


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