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Limiter les effets secondaires d’un médicament in vivo

Publié en ligne le 14 février 2018 - Médecine
par Kevin Moris - SPS n°322, octobre / décembre 2017

Une étape essentielle au cours de la mise au point d’un médicament est l’optimisation de son comportement dans l’organisme après qu’il a été absorbé par le patient. En effet, ce médicament doit atteindre sa cible biologique en quantité suffisante et pendant suffisamment longtemps. Pour cette raison, les principes actifs de médicaments sont fréquemment des molécules qui persistent plusieurs jours, voire jusqu’à plusieurs mois dans l’organisme après ingestion. Et la manifestation des effets secondaires indésirables peut malheureusement durer aussi longtemps que le principe actif est présent dans le corps.

Pour pallier cet inconvénient, une première solution est déjà mise en œuvre quand c’est possible : l’utilisation d’un antidote au principe actif. L’administration au patient d’une seconde molécule active peut permettre de rétablir la fonction biologique altérée par le premier médicament. Néanmoins, les antidotes classiques compensent l’effet biologique du principe actif, sans le détruire. Ce dernier reste présent dans le corps et peut donc continuer à produire ses effets indésirables.

Des chercheurs d’un laboratoire de l’université de Strasbourg ont montré la faisabilité d’une autre stratégie qui ne présente pas cet inconvénient : détruire directement dans le sang le principe actif dès lors que le traitement médicamenteux n’est plus nécessaire [1]. Pour que cela soit possible, il faut que la molécule active du médicament possède un groupement qui peut réagir spécifiquement avec la molécule antidote injectée. La formation d’une liaison chimique entre les deux molécules conduit alors à une troisième molécule qui ne présente plus d’activité biologique significative et qui peut rapidement être excrétée de l’organisme par voie rénale.

En pratique, les chercheurs ont synthétisé une molécule analogue de la warfarine, un agent anticoagulant, portant un groupement que les chimistes appellent « azoture », et une molécule antidote pouvant se lier à l’azoture. La première molécule injectée a effectivement eu un effet anticoagulant, qui a été ensuite stoppé par ajout de la seconde. Et la molécule résultant de la réaction, sans activité biologique, a bien été éliminée rapidement de l’organisme.

Ce premier exemple mis en œuvre chez la souris ouvre la voie à des applications chez l’être humain, visant à limiter les désagréments des effets secondaires des médicaments.


[1] Ursuegui S et al., “An in vivo strategy to counteract post-administration anticoagulant activity of azido-Warfarin”, Nat Comm, 2017, 8:15242. En libre accès sur www.nature.com


Mots-clés : Médecine

Publié dans le n° 322 de la revue


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