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Médecins sous influence et consentement éclairé

Publié en ligne le 6 octobre 2007 -

"Scandale médical"

Deux documents nous ont été signalés par Eric Hourcade. Ils ont alimenté un intéressant débat autour des influences que subissent les médecins dans l’exercice de leur profession :
"Voici un lien émanant de l’excellent Dr Dominique Dupagne
Dans le même ordre d’idées, voici un document du même Dr Dupagne nous dénonçant le comportement de l’association francaise d’urologie, principale organisation d’urologues, consistant à promouvoir tout azimut le dépistage du cancer de la prostate, alors qu’il n’y a aucune preuve que la balance bénéfice-risque de ce dépistage soit favorable et qu’il y a, au contraire, des indices du contraire.
[...]"

"Dans un paysage médiatique de plus en plus concentré et trop souvent lié à des intérêts industriels, internet reste un lieu de contre-pouvoir
remarquable
." (Dr Dupagne)

Voici quelques extraits des nombreuses réactions qui ont suivi :

"Cette vidéo qui se nourrit d’une guéguerre, passe sous silence les résultats d’une étude française essentielle , l’Étude E3N, étude de l’INSERM, non financée par l’industrie pharmaceutique" (Dr Sylvie Schiano)

"C’est très technique !!
Mais l’étude E3N est une étude "observationnelle" de niveau de preuve
plus faible que les études HERS et WHI qui ont jeté le trouble en ce qui
concerne les traitements substitutifs de la ménopause (qui sont des
études "randomisées")" (Thierry Petter)

"Ne pas oublier dans le raisonnement la volonté des femmes concernées. Le rôle du médecin devrait aussi être informatif sur le rapport bénéfice/risque d’un traitement. A ce jour, il faut fournir les explications à un temps "T" ,en fonction des connaissances actuelles, en acceptant les évolutions probables, et en évitant les certitudes et les affirmations péremptoires. Bref, rester humble mais, il est une réalité peu contestable, c’est l’amélioration de la qualité de vie de certaines femmes sous THS. Ça n’a pas été évoqué dans ce reportage, alors que c’est un point fondamental.
Si une femme informée accepte la prise de risque éventuelle ou hypothétique du risque du cancer du sein, au prix de l’amélioration de son quotidien immédiat, pourquoi ne pas lui laisser cette liberté de choix ?" (Dr Sylvie Schiano)

"Je ne peux pas m’empêcher de songer que toutes ces femmes âgées avec
l’osteoporose (les doigts des mains qui font un angle à 45° avec la
main) et qui se font joyeusement retirer les ovaires sont le fruit
de l’économie de quelques bouffées de chaleur et de quelques poils
au menton. Je suis très imaginatif." (Michel Kalcina)

"je ne suis pas pour l’interdiction de ces traitements (qui n’ont pas été
retirés du marché) mais pour une information objective des femmes
éventuelles utilisatrices, ce qui n’est pas toujours le cas (je vois des
patientes non informées ou désinformées par leur gynéco militant : la
remise en question de ces traitements étant considérée comme des
"conneries" réservées aux patientes américaines et ne concernant pas les
françaises (car nous avons la "meilleure médecine du monde" :-)))) )" (Thierry Petter)

"Pense-t-on sérieusement que ce consentement éclairé, abruptement retranscrit noir sur blanc, est réellement éclairé ? Que le praticien n’a aucunement influencé (rassuré ?) son patient ? Que la conviction du médecin (*son* consentement éclairé à lui) n’a aucun poids ?" (Elizabeth)

"On pourrait, par exemple, faire en sorte que la médecine devienne un
vrai service public avec un accès égal aux soins sur tout le territoire,
on pourrait affirmer clairement, dans les textes, que la règle est
l’utilisation de la médecine basée sur les preuves (ou du moins mettre
en place les outils pour la développer), rendre obligatoire une
formation continue dans le cadre universitaire et non se contenter de
celle que proposent les visiteurs médicaux, contrôler les stakhanovistes
de la médecine qui se vantent de faire 60 actes par jour (et lèvent les
bras au ciel quand on cite un article du journal Prescrire en les
traitant d’intégristes), contrôler ceux qui font revenir chaque mois
leurs patients pour renouveler en cinq minutes (sans même prendre la
tension ni sortir le stéthoscope) une prescription initialement faite
par un spécialiste, etc.
[...]

C’est en grande partie la répartition des médecins sur le territoire qui est la grande responsable de l’existence des pseudo-médecines. Ce n’est pas pour rien que la première faculté de médecine à introduire officiellement la médecine chinoise soit celle de Montpellier. Les homéopathes et autres
ostéopathes de la région se font nombreux, l’aromathérapie et la
réflexologie plantaire risquent la saturation, alors vive la médecine
chinoise !" (Jean Brissonnet)

"Les nostalgiques de la recherche d’État pure et dure du
type soviétique peuvent le regretter, mais les meilleurs spécialistes
sont ceux qui trouvent les meilleurs moyens de recherche auprès des
industries concernées. Cela n’entache pas forcément leur objectivité.
Que les médecins de cette liste qui ont plus de 60 ans et n’ont jamais
fait, suivant leur sexe, ni mesure de PSA ni mammographie lèvent le doigt !" (Jean Brissonnet)

"est -ce que tu te rends compte que, à part "la revue Prescrire, la quasi-totalité de la presse médicale est financée par les laboratoires pharmaceutiques tout comme une grande majorité des associations de patients ?" (Eric Hourcade)

Et les patients, dans tout ça ?

"Si je résume les deux cas qui sont présentés, THS et cancer de la prostate, on constate qu’on est dans un cas où le rapport bénéfice/risque est, en fait, indéterminé. Il évolue tantôt à gauche, tantôt à droite, au fil des nouvelles études qui sont publiées. Je ne parlerai pas de la vidéo qui est digne de TF1 (chiffres extrapolés, interview tronquée).
Le vrai scandale dans ces affaires (auxquelles on pourrait ajouter le problème du dépistage du cancer du sein par la mammographie), ce n’est pas que les uns choisissent de voir l’aiguille de la balance à droite et que d’autres choisissent de voir l’aiguille à gauche. Le problème, c’est que ne sachant pas où le rapport bénéfice-risque se situe réellement, des médecins, de part et d’autre, décident à notre place. L’attitude correcte serait de laisser aux patients le choix et la décision. Or, du patient, il n’est question nulle part ! Les médecins décident pour nous de ce qui est bon ou mauvais. Il y a d’un côté les méchants experts vendus aux laboratoires et de l’autre le bon zorro-généraliste qui va sauver le monde." (Jean Brissonnet)


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