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Mes conversations avec la Reine

Publié en ligne le 16 juillet 2004
Note de lecture d’Igor Ziegler - SPS n° 256, mars 2003

À la fin de l’an dernier, les téléphages avides de talkshow à la Ardisson, les inconditionnels de Laurent Ruquier ou les fidèles des « grosses têtes » de Philippe Bouvard ont pu se familiariser avec le style épuré, la voie posée, la modestie inaliénable et la retenue sans faille de Yaguel Didier, « la voyante des stars ».

Pendant plusieurs semaines, la « pythie des VIP » a arpenté studios et plateaux pour y promouvoir son nouveau livre Mes conversations avec la Reine.

Reconnaissons à Mme Didier la particularité d’être en quelque sorte « l’Anti-Teissier » - du moins au plan (astral ?) de la façon d’être et de communiquer : « je ne cherche pas la célébrité », « je ne suis pas très people » (alors qu’elle a « fait » toutes les émissions), « je comprends parfaitement que l’on soit dubitatif devant ce que je décris », « je comprends que l’on me raille » (alors qu’on lui sert la soupe partout)... etc..

Attitude humble et empreinte de simplicité qui confère très probablement à cette habituée de Paris. Match et de la vie mondaine une apparence d’authenticité et une crédibilité que n’ont pas d’autres voyantes et astrologues plus arrogantes.

Le plus simplement du monde elle confesse que le monde politique la consulte, puis fait remarquer, cerise sur le gâteau, qu’elle « travaille avec des scientifiques ».

Au fil, non pas du couperet, mais des 300 pages de son ouvrage, on ne s’étonnera donc plus de la voir élucubrer tout à fait normalement avec les acteurs du Versailles de la fin du 18e siècle. D’un coup d’œil sur un portrait, et si les conditions sont bonnes, Yaguel se transporte dans l’esprit d’un personnage historique pour transcrire ses propos, voire le laisser parler par sa bouche.

Elle dessine une Reine pas si sotte ni légère (ce que le public attend ?), un roi moins « mou du genou » qu’on ne le croit et plein de bienveillance pour le peuple ingrat. Des méchants (Robespierre, d’Artois, Provence 1, Rohan, Philippe Égalité) qui n’ont fait qu’embêter la gentille Reine et qui errent désormais dans le repentir (Artois : « Mon âme erre encore, je suis en peine... », Robespierre : « je demande pardon à tous les sacrifiés inutiles »)

Crédibilité oblige, ce genre d’ouvrage recherche généralement une caution universitaire. Yaguel Didier s’offre donc les annotations et l’introduction bienveillante de l’historien Frank Ferrand. Celui. ci émaille les « témoignages » des défunts de précisions historiques flatteuses pour la médium, puisqu’en parfaite concordance avec les propos tenus (le contraire eût été une faute de marketing).

Mais avec qui, avec quoi parle Yaguel Didier ?

Frank Ferrand donne son sentiment sur ce point. Il parle évidemment de l’au-delà, du purgatoire. Il atteste de l’incapacité de la médium, « ne connaissant qu’à grands traits l’histoire de Marie Antoinette » à imaginer des témoignages aussi historiquement justes. Sont, de fait, évidemment écartées les possibilités d’auto-suggestion, d’hallucination ou d’intox...

Dans le forum internet de Marc Menant sur le site d’Europe 1, un internaute, sans doute un disciple de notre ami José, l’auteur des « Chroniques de l’hyperparanormal » que connaissent bien nos lecteurs, conteste l’idée qu’elle soit en contact avec des morts : « elle entre en résonance avec une personnalité vivante... ce qui implique une rétro-cognition... son esprit se connecte sur une Marie Antoinette encore en vie, par compression de l’espace temps » ! Dans un article de Libération, Yaguel Didier se dit « ...un modèle d’esprit rationnel ». On tremble à l’idée qu’elle eût pu être un quart de poil superstitieuse.

1 Le Comte d’Artois était le plus jeune frère de Louis XVI - il régnera de 1824 à 1830 sous le nom de Charles X. Le comte de Provence était son autre frère qui devint Louis XVIII de 1815 à 1824.

Publié dans le n° 256 de la revue


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