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Portrait du Gulf Stream - Éloge des courants

Publié en ligne le 30 mai 2006
par Agnès Lenoire - SPS n° 271, mars 2006

« Le Gulf Stream est d’abord une force : quatre-vingt-cinq millions de mètres cubes par seconde au cap Hatteras 1. Un torrent large de cinquante à cent kilomètres et profond de mille mètres. L’Atlantique ne va pas accueillir sans quelques bouleversements un tel invité. »

Douceur de l’Europe du Nord, glaces persistantes aux mêmes latitudes côté canadien : le Gulf Stream fait son œuvre bienfaisante dans nos contrées. Mais d’où vient-il ? Où court-il ? Est-il menacé ? Est-il la seule cause de notre climat tempéré ? Érik Orsenna, écrivain de marine, entre-prend de répondre à ces questions. Il part donc à l’aventure. D’abord il interroge les savants, modestement, en « promeneur », selon ses mots, mais aussi en curieux passionné, en compilateur d’infos, en amoureux profond des lieux et des houles. Puis il aborde quelques rappels historiques dont celui-ci : Benjamin Franklin avait localisé ce courant lors de trois traversées successives de l’Atlantique, entre 1775 et 1785, en inventant des outils (bouchons, bouteilles, lignes) pour mesurer toutes les températures, en surface comme en profondeur. L’auteur nous explique aussi le pourquoi de ce courant : l’action du soleil qui chauffe les couches atmosphériques, la formation des zones de haute pression ou de basse pression, la force de Coriolis. Et nous narre les alizés, qui poussent les courants en Atlantique, les terres qui continuent de monter en Norvège.

« Orsenna l’aventurier » gagne ensuite plusieurs hauts lieux du Gulf Stream, en Amérique du nord, puis en Norvège ; il guette et chérit les maesltröms, ces zones tourbillonnaires, ces conflits épiques entre masses chaudes et masses froides. Supposé être né dans le golfe du Mexique, sorti avec fracas par le détroit de Floride, le plus célèbre des courants, le « fleuve dans la mer », est suivi avec attention et curiosité, tantôt lourd de sel, plongeant en Antarctique, tantôt allégé, et refaisant alors surface. Mais après une quête méthodique, laborieuse, aimante, Orsenna constate que les réponses charrient tant d’autres questions, tant d’autres mystères ! La complexité du phénomène le rend fascinant.

Laissez-vous porter. Le courant est savant, délicat et amoureux. Le talent de plume d’Orsenna, contemporain, alerte et précis, sait se faire houle littéraire, poétique et profonde. Je regretterai seulement de n’avoir vu dans ce bel ouvrage aucun schéma montrant le trajet en boucle du célèbre courant. Mais peut-être que le Gulf Stream s’imagine et ne se figure pas...

1 Le cap Hatteras se situe sur la côte est de l’Amérique du nord, au nord du détroit de Floride.

Publié dans le n° 271 de la revue


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