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Pour ou contre l’homéopathie ?

Publié en ligne le 8 janvier 2011
Note de lecture de Jean Brissonnet - SPS n° 292, octobre 2010

292_106-107Ne le cachons pas, ce livre est décevant. Le talent des auteurs n’y est d’ailleurs pour rien. Les deux compères jouent avec sérieux leur partition, comme ils l’ont déjà fait sur le plateau d’une émission de France 5, il y a quelques années 1. C’est avant tout la forme proposée qui est en cause. Il s’agit de deux interviews réalisées séparément et mises côte-à-côte par Emmanuelle Duverger, et non d’un dialogue dans lequel les intéressés pourraient demander des preuves, soulever un point de détail ou dénoncer une contrevérité. On ne trouvera donc rien dans ce livre que les deux protagonistes n’aient écrit dans leurs propres ouvrages ou affirmé ailleurs dans les médias.

Elie Arié y fait preuve de compétence et de rigueur. On lui sait gré de lutter pied à pied pour le déremboursement « total » de l’homéopathie et de bien rappeler que, quel que soit le taux de remboursement affiché par la Sécurité Sociale, les mutuelles se voient dans l’obligation d’en assurer le complément. On est heureux de l’entendre répondre que, l’homéopathie étant dispensée de faire la preuve de son efficacité pour disposer d’une AMM, le gouvernement « ment aux gens  » et que « cela ressemble beaucoup à une escroquerie intellectuelle  ». On applaudit lorsqu’il répond à l’argumentation : « [...] les homéopathes prescrivent moins et cela coûte moins cher à la Sécurité sociale  » en déclarant qu’« en homéopathie ce n’est pas le médicament qui coûte cher, mais l’homéopathe. Lorsqu’on raisonne ainsi, on se place dans la logique où il faudrait prescrire dans tous les cas […]. L’homéopathie entretient ce système et c’est dommage […]. Il faudrait passer l’étape : “ pourquoi toujours prescrire ?” ». On est ravi lorsqu’il dénonce sans ambages les profits de Boiron et le chantage à l’emploi.

Mais on lui en veut d’autant plus, hélas, d’exonérer de toute faute les médecins homéopathes, de refuser de les condamner du fait que « certains sont conscients, d’autres non  », qu’« il ne s’agit pas forcément de malhonnêteté  » ou « qu’ils sont pris à leurs propres pièges  ». En somme, pour lui, tous les acteurs de cette farce, même les pharmaciens, seraient consciemment coupables, sauf les médecins homéopathes qui apparaissent, au pire, comme d’innocents naïfs. N’est-ce pas pousser un peu loin le sens de la confraternité ?

Jacques Boubet, il faut le dire, écrit bien. Il a réponse à tout, sait éviter les questions pièges et tient le discours habituel des défenseurs de l’homéopathie. Il n’hésite pas à énoncer des contrevérités (« existe-t-il des études cliniques valables :je réponds oui  »), fait appel à la mémoire de l’eau, anticipe les futures découvertes de Luc Montagnier, n’hésite pas devant l’utilisation des phrases creuses et pratique avec talent l’art de l’esquive. On retiendra qu’il pose cependant au moins une bonne question lorsqu’il écrit : « On dit que les homéopathes sont plus « placebo » que les autres. Auxquels j’ai envie de demander : “ Pourquoi ne l’avez-vous pas, vous, cet effet placebo ? Que vous manque-t-il ?”  ».

Il est probable que la lecture d’un tel ouvrage ne fera que conforter les lecteurs dans leurs positions préalables.

1 Dans le cadre de « allo docteur » présenté par Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes, le 24 octobre 2007.

Publié dans le n° 292 de la revue


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