Accueil / Dialogue avec nos lecteurs / Pourquoi faudrait-il développer l’agriculture biologique ?

Pourquoi faudrait-il développer l’agriculture biologique ?

Publié en ligne le 26 janvier 2011 -
par Jean-Jacques Hautefeuille - SPS n° 292, octobre 2010

C’est une évidence que de dire qu’il y a actuellement une grosse pression médiatique sur les agriculteurs en faveur du développement du bio, mais aussi, et c’est nouveau, de la part des pouvoirs publics et même des chambres d’agriculture qui veulent apparaître comme des interlocuteurs responsables à l’écoute des attentes de la société. Pour autant, sur une région comme le nord Loiret, à cheval sur deux régions naturelles (Beauce et Gâtinais) qui comprend de l’ordre de 500 agriculteurs professionnels, spécialisés en grandes cultures, ce sont 10 à 20 exploitants agricoles qui vont s’intéresser au sujet et peut être 5 qui au final franchiront le pas.

Les agriculteurs actuels qui s’intéressent à l’agriculture biologique ne le font pas sous un angle idéologique mais très pratique. « Est-ce que ça peut me permettre de mieux commercialiser ma production, de dégager un meilleur revenu, voire de faire un bon coup en me convertissant au bio pendant quelques années tant que c’est porteur et si j’ai trop de problèmes, je reviendrai au conventionnel ? ». D’ailleurs parmi les nouveaux convertis, beaucoup ne le font que partiellement.

Le bio est le plus développé parmi les producteurs qui commercialisent directement leur production. C’est un argument commercial fort, et le manque à gagner, lié à la perte de rendement, peut être facilement compensé par un meilleur prix de vente. Cependant dans la vente directe, la concurrence peut être rude également, c’est le cas en viticulture, d’où le choix de la biodynamie par certains, qui permet dans le monde du bio d’être plus bio que les bio, et donc de se distinguer auprès d’une clientèle sensible au discours ésotérique. Enfin, loin de la vente directe et du folklore des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), c’est l’implication de la grande distribution sur ce créneau porteur qui explique essentiellement le développement actuel du bio. Mais dans la logique des grandes surfaces, pour vendre pas cher, il faut acheter pas cher, et là le bio français est mal placé. En effet, le bio reste une production exigeante en main d’œuvre, et il est moins cher de s’approvisionner dans les pays de l’Est, voire plus loin. Ce qui n’est pas écologiquement correct.

Mr Houdebine pose 10 questions, SPS, n° 290, à propos de l’agriculture biologique. Personnellement, j’en poserai une seule : Pourquoi faut-il développer l’agriculture biologique ?

En effet, des moyens importants sont débloqués, tant au niveau des fonds de la PAC (MAE, mesures agroenvironnementales) que de l’État français (crédit d’impôt, exonération de la taxe sur le foncier non-bâti), que des conseils généraux et régionaux (800 000 €, mobilisés dans la région centre pour structurer la filière bio), ou pour financer des repas bio dans les cantines. À une époque où il faut faire la chasse aux dépenses inutiles, quel est le bénéfice (santé publique, environnement) pour la société française de développer le bio ? Alors qu’on sait très bien que cela restera une pratique marginale.

Je ne peux pas conclure sans évoquer le rôle des média et la manipulation politique qui a conduit à la situation actuelle, tant pour l’agriculture bio qu’à l’inverse pour les OGM. La manipulation politique, c’est LE pacte écologique de Nicolas Hulot et l’engagement pris par Nicolas Sarkosy au moment de l’élection présidentielle d’organiser le Grenelle de l’environnement. Il a eu aussi certainement l’idée de récupérer des voix écologistes et de fragiliser le PS. Avec le Grenelle de l’environnement, le chef de l’État a légitimé les organisations de défense de l’environnement et leurs dogmes, il a propulsé Europe-écologie à plus de 10 % des intentions de vote des électeurs.

Le rôle des médias, c’est le parti pris sans honte et sans retenue, piétinant allègrement la déontologie de leur métier, des journalistes du service public. Je suis un auditeur fidèle de France inter. Sur mon tracteur, j’ai le temps pour les écouter. En plus des journaux d’informations générales, au cours desquels on fait appel à Greenpeace comme expert dès que le sujet des OGM est abordé, les deux émissions « scientifiques » de la radio (la « tête au carré » et « CO2 mon amour ») sont ouvertement antiOGM. Dans la deuxième émission, il y a même un co-animateur qui n’est autre que Jean-Marie Pelt.

L’AFIS se donne pour rôle de diffuser une information rigoureuse sur ces grands sujets de société. Mais face à tant de mauvaise foi et d’hypocrisie cela paraît bien compliqué.

Je vous souhaite une belle assemblée générale et vous encourage à poursuivre. Même si c’est difficile, votre action est indispensable et donne du baume au cœur de ceux qui se font tous les jours taper sur la tête.

292_82-86

Publié dans le n° 292 de la revue


Partager cet article