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Regards sur la science

Pourquoi je n’aime pas Pythagore

Publié en ligne le 13 octobre 2013 -
par Philippe Boulanger - SPS n°304, avril 2013

L’attraction pour les sciences est une émotion, qu’elle résulte de la joie de comprendre (mais si, mais si, cette exaltation existe, n’en déplaise aux rabat-joie), de la réponse qu’une explication apporte à une question longtemps refoulée, ou du plaisir de voir l’applicabilité d’un théorème à des situations concrètes qu’il éclaire. Plus l’émotion est intense, plus nous nous intéressons au contenu logique. Pascal, qui voulait que l’exposé des sciences soit aimable, le savait et ses oeuvres témoignent de ses efforts littéraires.

Sculpture médiévale sur bois. Pythagore avec divers instruments

Aussi la valeur d’une percée, ancienne ou nouvelle, est-elle éclairée par la personnalité de son auteur.

Il est ainsi agréable de connaître la vie des mathématiciens, leur filiation, le contexte historique du cheminement du découvreur, cela rend plus abordable leur théorème : dans le dévoilement de la vérité, la phylogenèse guide l’ontogenèse, l’histoire du cheminement de la pensée mathématique aidant la structuration des idées personnelles. De surcroît, la relation avec le savoir résulte d’une filiation, le père instruisant le fils-disciple. Le savant-patriarche, si l’on connaît des détails de sa vie, joue mieux son rôle de mentor.

Ainsi, grâce à l’histoire des sciences, la science devient accessible donc plus populaire. La genèse de la découverte est une épopée universelle, sa compréhension reste une vision personnelle.

Puisque cette rubrique est un cri, fulminons contre les expositions arides des sciences par les esprits secs et les pisse-froid qui ne pensent qu’à enseigner plutôt qu’à intéresser. Le poète Jean Molinet (1435-1507) les fustigeait déjà : « Vous êtes hors d’excellence boutés : Pauvres gens sont à tous lieux rebutés. » Vous avez deviné pourquoi je n’aime pas le théorème de Pythagore : nous ne connaissons rien de la vie du mathématicien grec.

Publié dans le n° 304 de la revue


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