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Procès de « 41 faucheurs » au Tribunal correctionnel de Toulouse

Publié en ligne le 9 juin 2008 -

En Juillet 2006 un peu plus de cinq hectares de maïs de l’exploitation de Pascal Metge étaient détruits par des « faucheurs volontaires » conduits par José Bové. Après deux reports successifs (en raison de l’élection présidentielle à laquelle le prévenu le plus connu était candidat, puis en raison du « Grenelle de l’environnement »), l’audience des « 41 faucheurs » s’est finalement déroulée les 5 et 6 juin 2008 devant le tribunal correctionnel de Toulouse. La partie adverse ayant fait le choix de citer nombre de témoins, Pascal Metge, défendu par Maître Maï Le Prat, sollicitait Michel Naud, président de l’AFIS, pour un témoignage. Yvette Dattée et Claude Ménara, également cités comme témoins par Pascal Metge, étaient présents à l’audience de Toulouse. Après sollicitation de Me Le Prat, et afin d’assurer la plus grande transparence dans ces dossiers controversés, nous publions le témoignage de Michel Naud versé au dossier.

Je soussigné Michel NAUD, né le 18 décembre 1953 à Paris 12ème, résidant à Nantes (Loire Atlantique), ingénieur, chef d’entreprise (Ouest Fonderie Parachèvement SIRET 431 991 470 00029), déclare n’avoir aucun lien de parenté avec Messieurs Gilles ou Pascal Metge, ni de subordination ni d’intérêt commun. Ancien cadre salarié d’entreprises métallurgiques puis dirigeant l’entreprise de fonderie que j’ai créée, je n’ai jamais eu de relation d’aucune sorte et notamment aucun lien d’intérêt avec des activités relevant des secteurs agricoles, agrochimiques ou agroalimentaires, et ce qu’elles soient caractérisables comme « conventionnelles », « biotechnologiques » ou « agrobiologiques ».

L’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique, SIRET 314 634 064 00013), dont j’ai été élu président lors de l’assemblée générale annuelle de mai 2006 puis réélu chaque année depuis, a été fondée en novembre 1968. Association selon la loi de 1901, elle regroupe des hommes et des femmes de toute origine et toute formation : c’est une « ONG ». Son objet premier est d’informer les citoyens sur la réalité de l’avancement des sciences et des techniques, en éclairant sur les bénéfices et les risques potentiels pour les êtres humains, et ce dans un langage accessible à tous, en se tenant à l’écart du sensationnalisme, et sans tenir compte de la pression des intérêts privés. Son objet second est d’alerter contre les pseudo-sciences et l’exploitation de la crédulité, notamment à des fins commerciales ou idéologiques. Enfin elle assure la promotion de l’esprit scientifique et de l’esprit critique, affirmant qu’il n’y a pas de meilleure méthode que la méthode scientifique pour appréhender le réel avec fiabilité et pas de meilleur outil que la Raison pour poser avec pertinence et résoudre avec succès les problèmes qui se posent aux individus et collectifs humains. Il s’agit d’une association indépendante dont les ressources proviennent des cotisations de ses adhérents (21 euros par an) et des ventes de la revue Science et pseudo-sciences (prix du numéro : 5 euros) qu’elle édite. Les détails relatifs à sa gouvernance comme à son financement sont, en toute transparence, à la libre disposition de tous les internautes sur son site web http://www.pseudo-sciences.org .

C’est au début des années 2000, interpellé par les destructions de parcelles et de serres de la recherche publique par les précurseurs des « faucheurs volontaires », et dressant le constat qu’il n’est pas facile, dans cette controverse souvent passionnelle, de se frayer un chemin entre les arguments scientifiques et les partis-pris idéologiques, tout comme de démarquer les connaissances avérées des rumeurs et fausses informations qui circulent, qu’avec l’AFIS j’ai fait l’effort de m’approprier la thématique des organismes génétiquement modifiés.

Je ne prétends pas formuler un avis d’expert pas plus que l’AFIS ne le prétend : je n’accorde de crédit qu’au service public de l’expertise scientifique, constitué de scientifiques nommés en fonction exclusive de leurs compétences démontrées et reconnues par leurs pairs ; je dénonce l’illusion, dangereuse à mon sens, consistant à prêter objectivité et neutralité à des « experts » autoproclamés « indépendants ».

Je m’efforce de diffuser et expliciter pour le public les connaissances scientifiquement fondées acquises et d’alerter contre les arguments pseudo-scientifiques et l’usage de données fausses ou inappropriées.

C’est ainsi que, suite au Grenelle de l’environnement, initiative était prise de poser publiquement la question « Pourquoi faudrait-il suspendre la culture du maïs génétiquement modifié ? » en rédigeant, avec quelques biologistes membres de l’association et par ailleurs experts de la recherche publique, une déclaration : « La cohabitation des cultures de maïs conventionnel, de maïs génétiquement modifié et de maïs produit selon le cahier des charges de l’agriculture biologique est possible. Elle est déjà une réalité dans de nombreux pays. Une décision de suspension de la culture des maïs GM, qu’elle dise son nom ou qu’elle soit dissimulée derrière des mesures réglementaires discriminatoires – et donc dissuasives – n’aurait aucune justification scientifique car elle ne s’appuierait que sur des incertitudes imaginaires voire mensongères tant sur le plan environnemental qu’alimentaire. Une telle décision serait en contradiction avec le principe de précaution. » Rendue publique le 7 décembre 2007 cette déclaration rencontrait immédiatement le soutien de plusieurs centaines de directeurs de recherche dont nombre d’académiciens des sciences, de médecine, des technologies ou d’agriculture.

C’est ainsi que nous organisions un colloque en janvier 2008 afin que des scientifiques viennent témoigner de l’état des connaissances et des incertitudes en regard des questions concrètes formulées par le président de la république en clôture du Grenelle de l’environnement.

Dans l’intervalle un comité de préfiguration d’une haute autorité sur les organismes génétiquement modifiés avait été mis en place, s’était réuni, et son président avait rendu un avis très controversé puisque contesté par 12 membres sur 15 de la section scientifique de ce comité et ayant fait l’objet de plusieurs contestations publiques de nombre d’académiciens. De son côté, en se fondant sur l’avis des experts scientifiques, l’AFIS faisait état que les arguments apportés dans cet avis, sans être erronés étaient approximatifs dans leur formulation et incomplets sur le fond et que d’autre part aucun élément nouveau apporté ne semblait permettre de justifier scientifiquement une mesure de suspension de la culture du maïs rendu résistant à la pyrale et à la sésamie.

A l’issue du colloque du 17 janvier 2008, pendant lequel il a pu être pris connaissance des « faits nouveaux » relatifs à la dissémination discutés à la conférence de Séville de 2007, faits nouveaux ayant suscité les « doutes sérieux » des autorités publiques françaises et ayant, à l’inverse, justifié la levée du moratoire sur le maïs Mon810 par les autorités publiques allemandes, l’AFIS faisait état que le faisceau de données théoriques et expérimentales recueilli la conduisait à formuler une affirmation raisonnablement étayée : il n’y a aucun fondement scientifique à l’activation d’une clause de sauvegarde sur la culture du maïs Mon810.

Aucun avis formulé par un service public d’expertise scientifique français ou européen n’est venu, depuis, contredire cette affirmation.

Si l’AFIS, organisation de la société civile, affirme qu’aucun avis scientifiquement fondé ne permet à ce jour de justifier scientifiquement une suspension ou des mesures discriminatoires contre la culture d’un maïs tel que le Mon810, elle ne nie pas pour autant que des avis divers sur le principe de l’agriculture biotechnologique peuvent trouver à se fonder sur des critères différents, par exemple de nature politique : elle entend pour sa part distinguer de façon rigoureuse pour les citoyens de ce pays ce qui est de l’ordre scientifique (et donc de l’ordre du savoir) et ce qui ne l’est pas (et donc de l’ordre des convictions).

Cette simple posture semble pouvoir être partagée par certains qui sont néanmoins opposés à l’introduction des biotechnologies dans l’agriculture puisque Monsieur Bruno Rebelle, alors directeur de Greenpeace France, déclarait lui-même dans le cadre du débat national sur les OGM en 2002, débat ayant conduit à la levée du moratoire institué en 1997 et à l’autorisation de la mise en culture commerciale du maïs Bt :

« Vous avez indiqué qu’il existait encore des craintes de la part du public. Personnellement, je pense qu’il faudrait arriver, une fois pour toutes, à sortir de ce type de déclarations. Pour ma part, je n’ai pas de craintes. En revanche, j’ai un certain nombre de convictions. Je travaille avec des gens qui sont également dans cette situation. Nous n’avons pas peur des OGM. Nous sommes seulement convaincus qu’il s’agit d’une mauvaise solution. C’est, à mon sens, assez différent. Nous en avons assez d’entendre parler des peurs irrationnelles du public. Le problème n’est pas là. Il y a des gens qui ont des convictions sur l’avenir et l’agriculture de demain. Il faudrait les prendre en compte.

Quelqu’un a évoqué tout à l’heure le problème de la vérité. En ce qui me concerne, je pense qu’à côté de vérités scientifiques incontournables, il faut également s’interroger sur notre désir. Qu’avons-nous envie de faire de cette planète ? Que voulons-nous faire de notre agriculture ? Ce sont ces questions que nous devons nous poser. Les OGM sont peut-être une merveilleuse solution pour un certain type de projet de société. Mais justement, c’est ce projet de société-là que nous ne voulons pas. »

Citation intégrale de la conclusion de Monsieur Bruno Rebelle lors de la table ronde n°3 du débat sur les OGM et les essais au champ au Conseil Economique et Social le 4 février 2002

Sans parler des OGM en général, puisque chaque plante a sa biologie propre, et en se limitant donc ici au seul cas du maïs Bt, je témoigne qu’aucun élément de nature scientifique porté à ma connaissance, et soumis à l’évaluation de scientifiques à la compétence reconnue comme telle par leurs pairs, ne semble devoir justifier, sur le plan scientifique, la mise en œuvre de mesures discriminatoires contre la culture de ces variétés génétiquement modifiées, ni pour des préoccupations environnementales ni pour des préoccupations sanitaires.

Les légitimes controverses politiques relatives à l’avenir de l’agriculture et de la société dans son ensemble, sont bel et bien, elles, d’une autre nature.

Je sais que ce témoignage est destiné à être produit en justice et que toute fausse déclaration m’expose à des sanctions pénales.


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