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Qu’est-ce que le DSM ?

Publié en ligne le 30 octobre 2013
Note de lecture de Nicolas Gauvrit - SPS n° 306, octobre 2013

Voilà un ouvrage qui a décidément beaucoup pour lui ! Un travail rigoureux d’historien et de philosophe. Une histoire palpitante, qui se lit par moments comme un roman : celle d’une classification des troubles psychologiques, le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), et de ses diverses versions, jusqu’à la cinquième qui vient de sortir des presses.

Histoires de chercheurs ambitieux, qui n’ont pas peur de se lancer dans des projets d’envergure. Très vite, le succès de ce qui deviendra la « bible de la psychiatrie » attire des groupes de citoyens, de patients, de psychiatres, et l’argent s’en mêle aussi. La réalité américaine est ainsi faite : si votre trouble n’est pas répertorié, vous n’aurez aucune chance d’être remboursé par les assurances privées. La gloire attise les convoitises et les influences se multiplient. Pourtant, si S. Demazeux raconte sans concession la vie tumultueuse du DSM, son analyse est réaliste et nuancée.

Du côté des imperfections, on découvre un DSM dont les critères, qui se veulent parfaitement objectifs, comprennent souvent la mention que les symptômes doivent être « cliniquement significatifs », une expression qui laisse une grande part à la subjectivité du praticien ; ou qu’un trouble comme le stress post-traumatique (PTSD) doit son apparition au militantisme d’associations d’anciens combattants. Tout en admettant bien des défauts au DSM, l’auteur tord le cou aux théories du complot qui y voient l’œuvre cachée d’une « big pharma » tentaculaire et omnipotente 1 et montre aussi brillamment quelle œuvre importante est le manuel dans l’histoire de la psychologie. C’est d’un faisceau disparate et fascinant de contraintes et d’influences que naît chaque version du DSM. Les débats sont rudes… de plus en plus à mesure que le DSM prend de l’ampleur.

S. Demazeux nous entraîne aussi à la découverte de quelques grandes questions qui, entre psychologie et philosophie, ont agité cette aventure : la question de la continuité entre le normal et le pathologique, de la nature d’une classification de troubles dont les causes nous sont inconnues ou de la définition d’un diagnostic « valide ».

1 Qui a certes tout fait pour influencer la rédaction du manuel mais n’en a pas dicté le contenu !

Publié dans le n° 306 de la revue


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