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Qu’est-ce que le néolamarckisme ? - Les biologistes français et la question de l’évolution des espèces

Publié en ligne le 18 septembre 2011
Note de lecture de Gabriel Gohau - SPS n° 295, avril 2011

295_51-52Laurent Loison est agrégé de SVT. Il se réclame, dans sa recherche en épistémologie, de la pensée de Bachelard et de Canguilhem. Son présent ouvrage est la réécriture pour le grand public d’une thèse de doctorat dirigée par Stéphane Tirard et soutenue à Nantes, en décembre 2008. Une thèse, j’en témoigne, qui fut chaleureusement reçue par le jury d’éminents historiens et biologistes (dont le préfacier de l’ouvrage).

Néolamarckisme et néodarwinisme s’opposent, à partir de la fin du XIXe siècle, dès lors que les idées de Darwin apparaissent contredire l’évolutionnisme de Lamarck. Ces deux auteurs, contrairement à ce qu’on lit parfois, ne s’opposent pas sur le problème de l’hérédité des caractères acquis, auquel croyait Darwin. C’est Weismann, à la fin du XIXe siècle, qui, en rejetant cette thèse, inaugure ce qu’on qualifie de néodarwinisme. Lequel, dans les années 1940, rejoint la génétique de l’école américaine de Morgan et sa division de génétique des populations (développée en France par Teissier et Lhéritier) pour fonder la théorie synthétique de l’évolution. Dans la mesure où le néolamarckisme se présente comme le refus de ces travaux, on ne s’étonnera pas que Laurent Loison le situe entre 1879 et 1946. Et le caractérise par l’hérédité de l’acquis, mais pas seulement.

Les deux parties de son ouvrage montrent en effet deux constituants de la thèse de ces auteurs : la plasticité des vivants, afin d’expliquer la variation, et l’hérédité expliquant au contraire l’identité. Le vivant est soumis à l’action du milieu, et la variation est l’effet de cette action ; différence cruciale avec le darwinisme pour qui la variation (la variabilité des descendants) est la cause de la sélection qui opère sur elle. Conséquence : pour les lamarckiens, la variation peut être étudiée expérimentalement. Les gens de ma génération ont entendu narrer les expériences de Bonnier qui transportait des plantes de la plaine à la montagne et observait qu’elles acquéraient le port trapu des plantes alpines. En ce sens, tous ces biologistes sont des naturalistes de terrain. Par ailleurs, ils rejettent ces entités métaphysiques (pour eux) que sont les gènes : le lieu d’action des facteurs externes est le cytoplasme, constituant essentiel de la cellule. C’est la chimie de la matière vivante, ou la physiologie qui est le matériau de la plasticité. La morphologie des organismes reste seconde. La physiologie expérimentale de Claude Bernard sert de support à leur transformisme expérimental.

L’hérédité est, comme on l’a dit, l’autre composante de l’évolution. Mais on voit que la transmission des variations contredit la pure plasticité des êtres vivants. Et qui plus est, l’hérédité de l’acquis manque d’explication. Les néolamarckiens sont incapables de théoriser leurs concepts. La notion d’hérédité, plus tardivement questionnée que celle de plasticité, et seulement par réaction aux thèses weismaniennes, n’est donc pas pour Laurent Loison constitutive de ce néolamarckisme. La transmission reste, pour les auteurs de cette école, secondaire.

Mais qui sont ces néolamarckiens ? Malgré l’échec dramatique de leur thèse, ils ont laissé des noms dans la biologie française. La notice biographique que Loison consacre successivement à Gaston Bonnier, Maurice Caullery, Julien Costantin, Yves Delage, Alfred Giard, Félix Le Dantec, Edmond Perrier et Étienne Rabaud, qui occupèrent les principales chaires de l’université, en témoigne. Leur notoriété passée montre tout l’intérêt de ce travail et son actualité. L’étude de Laurent Loison permet de comprendre, par certains aspects, la difficulté d’une percée des conceptions évolutionnistes modernes en France et la persistance, soulignée dans son livre par Dominique Guillo, des conceptions datées de l’évolution.

Publié dans le n° 295 de la revue


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