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Quand la génétique se mêle de généalogie

Publié en ligne le 19 septembre 2006 - Sociologie
par Jean-Philippe Poulin

Un chercheur a établi statistiquement que la force des liens de parenté entre les Québécois est très faible lorsqu’on remonte seulement aux cinq dernières générations. Cependant, à partir de la sixième génération jusqu’à la huitième, les pourcentages grimpent en flèche. Autour de la neuvième et de la dixième génération, 98 % des ancêtres des personnes étudiées sont apparentés.

Ainsi, « plus de la moitié des immigrants arrivés au Québec avant l’année 1800 n’aurait pas laissé de descendance dans la population contemporaine du Québec. Comparativement, ce sont près des deux tiers de ceux immigrés avant 1700 qui ont laissé une descendance jusqu’à aujourd’hui ».

En d’autres termes, explique Marc Tremblay, chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi, nous avons maintenant une preuve statistique de l’importance de la contribution des premières vagues d’immigration pour l’héritage génétique des Québécois d’aujourd’hui.

La contribution génétique, a exposé Tremblay à la 6e édition des Journées génétiques, tenue par le Réseau de médecine génétique appliquée, correspond à la proportion des gènes légués d’une génération à une autre.
Ainsi, selon l’examen des contributions génétiques de nos ancêtres, seulement 22% de ceux ayant immigré à la fin du 18e siècle ont laissé une descendance dans la population québécoise contemporaine comparativement à 66 % pour ceux ayant immigré avant le 17e siècle. « Cela confirme l’importance de l’arrivée précoce des immigrants dans le peuplement du Québec », dégage Marc Tremblay.

Géographie génétique
Les origines géographiques de nos quelque 6800 ancêtres fondateurs ont aussi pratiquement toutes été établies, une première en généalogie au Québec. Ainsi, 90 % d’entre eux seraient d’origine française et 5 % d’origine acadienne. Pas de surprise de ce côté, sauf que cela n’avait jamais été quantifié sur la totalité du territoire québécois.

Tremblay conclut également que les origines de nos fondateurs sont beaucoup plus diversifiées que celles de nos fondatrices françaises. Pas étonnant pour les généalogistes qui savaient déjà que les hommes, venus des quatre coins de la France, ont été quatre fois plus nombreux à effectuer la grande traversée que les femmes, tandis que celles-ci provenaient toutes du nord-ouest du pays et principalement de la région de l’Île-de-France (les fameuses Filles du Roy).

C’est la récente étude menée par Marc Tremblay et ses collègues sur les origines géographiques et la contribution génétique des ancêtres fondateurs de la population du Québec qui a mené à ces résultats. Leurs recherches couvrent l’immigration au Québec du 17e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Les chercheurs ont aussi analysé 5 millions de mentions d’ancêtres. Plus de 2200 arbres généalogiques de 9 générations en moyenne - certains s’étendant sur 17 générations - ont également été remontés. Ils ont ainsi identifié tous les liens et les ancêtres unissant 155 363 Québécois.

Les Québécois, des chasseurs-cueilleurs !
Pour Damien Labuda, la génétique a servi à démontrer que les Québécois se comportent comme des chasseurs-cueilleurs africains.

Labuda, chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, a étudié plusieurs populations québécoises afin de comparer leurs caractéristiques génétiques à celles de l’Europe et du reste du monde.

En Europe, les femmes se déplacent huit fois plus que les hommes à travers les diverses sous-populations. Ce phénomène, selon lui, est associé à la patrilocalité. En d’autres mots, c’est la femme qui part s’installer dans la région de son mari.

Or, au Québec, selon Labuda, c’est l’inverse : les hommes se déplacent plus que les femmes. Toutes proportions gardées, on constate les mêmes mouvements migratoires au Québec que chez les chasseurs-cueilleurs d’Afrique.

Ces résultats ont été obtenus à partir de comparaison entre la diversité de l’ADN contenue dans les mitochondries - les centrales énergétiques de nos cellules - essentiellement transmis par la mère, et la diversité de la portion du chromosome Y, qui s’exprime seulement chez les hommes. « Autrement dit, précise Labuda, la différence observée entre les taux de diversité reflète l’histoire des populations, influencée par les comportements respectifs des hommes et des femmes.

Au Québec, poursuit-il, « les résultats suggèrent que les gens se comportent effectivement comme des chasseurs-cueilleurs : le taux de diversité mitochondrial est neuf fois plus élevé que dans l’Europe » et celui de la diversité du chromosome Y est environ 2 fois plus bas. Il n’y a que chez les chasseurs-cueilleurs que l’on observe pareils résultats.

Le chercheur, également présent aux Journées génétiques, précise tout de même que la diversité génétique au Québec est comparable à celle de l’Europe et à celle du reste du monde. « C’est la dérive génétique qui s’est faite comme chez les chasseurs-cueilleurs, conclu-t-il, et cette modification des gènes, attribuable au hasard, a été d’autant plus forte que la population était petite. »


Mots-clés : Sociologie


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