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REGARDS SUR LA SCIENCE

Quand la vaccination s’étiole, place à la rougeole !

Publié en ligne le 11 février 2019 - Vaccination - Médecine
Kévin Moris - Science et pseudo-sciences n°325 - juillet / septembre 2018
© Amanda Mills cdc.gov

Dans un article publié en janvier dernier, l’Organisation mondiale de la Santé fait l’état des lieux concernant la rougeole [1]. Elle rappelle qu’il s’agit d’une  « maladie virale grave extrêmement contagieuse. » La vaccination anti-rougeole a été introduite en 1963 et avant qu’elle ne se généralise,  « on enregistrait tous les 2/3 ans d’importantes épidémies qui pouvaient causer environ 2,6 millions de décès par an » dans le monde.
Aujourd’hui encore, des complications sévères sont possibles et peuvent entraîner la mort du malade :  « parmi les complications les plus graves, on observe des cécités, des encéphalites (qui peuvent s’accompagner d’œdèmes cérébraux), des diarrhées sévères (susceptibles d’entraîner une déshydratation), des infections auriculaires et des infections respiratoires graves comme la pneumonie. »
L’article indique aussi qu’entre  « 2000 et 2016, on estime que la vaccination anti-rougeole a évité 20,4 millions de décès, faisant de ce vaccin le meilleur investissement dans la santé publique. »
Pour autant, la situation s’améliore-t-elle vraiment ?

Une épidémie de rougeole en Serbie

Le correspondant sur place du journal Libération a fait le point tout récemment sur la situation en Serbie [2]. Depuis octobre dernier, environ 5 000 cas de rougeole ont été recensés, entraînant quinze décès. La recrudescence de la maladie s’explique principalement par la baisse de la couverture vaccinale :  « Grâce aux succès de la vaccination, les parents ont cru que la rougeole était désormais inoffensive, explique Vesna Trifunovic, chercheuse à l’Institut d’ethnographie SASA. Le vaccin obligatoire était un acquis de la Yougoslavie. Il a été remis en question quand le système s’est écroulé. » L’article évoque aussi les campagnes anti-vaccination 1, la promotion des « médecines douces », la méfiance envers les laboratoires pharmaceutiques et les « valeurs de l’Église orthodoxe »... Vesna Trifunovic précise néanmoins que  « la majorité des parents qui hésitent [à faire vacciner leur enfant] ne sont pas contre les vaccins [...]. Ils sont plutôt mal informés et raisonnent en se basant sur leur expérience de tous les jours. »
À quelque chose malheur est bon : cette épidémie a cependant suscité une augmentation de la demande de vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole) ces derniers mois.

Et ailleurs en Europe ?

D’autres pays de l’est de l’Europe ont été récemment touchés par ce type d’épidémie, par exemple l’Ukraine où le  « taux de vaccination anti-rougeole des moins de un an ne dépasse pas 42 % » [3]. En janvier dernier par exemple, il y a eu cinq morts de la rougeole dans ce pays.
Le rapport annuel du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies indique que l’année 2017 a connu une recrudescence de la rougeole [4]. Les 28 pays de l’espace économique européen ont rapporté environ 14 600 cas de rougeole dont 37 morts : avec entre autres près de 5 600 cas en Roumanie, 5 100 en Italie, 970 en Grèce et 930 en Allemagne.
Les épidémies de rougeole ne sont donc pas l’apanage des pays de l’est de l’Europe... Et il y a bel et bien une épidémie en cours en France, avec plus de 2 000 cas déclarés depuis le mois de janvier et un mort :  « Après avoir diminué entre 2012 et 2016, le nombre de cas de rougeole augmente de manière importante depuis novembre 2017. Cette situation est la conséquence d’une couverture vaccinale insuffisante chez les nourrissons (79 % avec deux doses de vaccin au lieu des 95 % nécessaires), les enfants et les jeunes adultes. » [5,6]
Rappelons aussi qu’une couverture vaccinale suffisante permet de protéger les nourrissons de moins d’un an (qui ne sont pas encore vaccinés) ainsi que les rares personnes pour lesquelles une vaccination est contre-indiquée. Si à l’échelle collective, la vaccination permet de protéger en partie les personnes qui refusent de se faire vacciner, la grande majorité des malades n’était pas – ou pas correctement – vaccinée. Par exemple, 87 % des malades de la rougeole en France lors de l’épidémie en cours ne sont pas vaccinés correctement [5].
Et dire qu’il suffirait que la population soit vaccinée à 95 % pour éviter ces épidémies et donc, à terme, permettre d’éradiquer définitivement cette maladie... [6] Il est encore temps pour chacun de s’assurer que ses vaccins sont à jour !

Références
[1] « Rougeole », 22 janvier 2018. Sur who.int/fr
[2] Bertinchamps P, « En Serbie, la vaccination vacille,
la rougeole ravage », Libération, 13 mai 2018. Sur liberation.fr
[3] Gobert S, « Une inquiétante épidémie de rougeole frappe l’Ukraine », 28 janvier 2018. Sur rfi.fr
[4] “Measles and rubella surveillance – 2017”, European Centre for Disease Prevention and Control, 23 avril 2018.
Sur ecdc.europa.eu
[5] « Rougeole en France : plus de 2 000 cas et 81 départements touchés depuis le 1er janvier 2018 », 9 mai 2018.
Sur santepubliquefrance.fr
[6] Garré C, « Rougeole : 913 cas et 1 décès, les autorités en appellent aux médecins pour endiguer l’épidémie »,
14 mars 2018. Sur lequotidiendumedecin.fr

1 Pour des détails, voir : Bernard O, « Le regain des campagnes antivaccination », SPS n° 319, janvier 2017. Sur afis.org


Thème : Vaccination

Mots-clés : Médecine