Accueil / Notes de lecture / Quantox - Mésusages idéologiques de la mécanique quantique

Quantox - Mésusages idéologiques de la mécanique quantique

Publié en ligne le 7 août 2013
Note de lecture de Martin Brunschwig

Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin. Dans la toute dernière phrase, Richard Monvoisin 1 introduit une notion à mettre à l’honneur, tant elle me paraît judicieuse : celle de « malinformation », comme on parle de « malbouffe ». C’est évidemment la conclusion de raisonnements étayés et argumentés, d’une analyse sans concession, mais que chacun peut constater dans sa vie quotidienne.

Cela dit, le livre ne porte pas essentiellement sur ce sujet, mais s’avère surtout un excellent décapage des bêtises accumulées sur ce sujet délicat qu’est la mécanique quantique 2 (MQ), par cette malinformation, donc, mais aussi par une vulgarisation orientée idéologiquement ou excessivement simplifiée. Et bien plus encore, sur la récupération mercantile des nombreux malandrins ayant parfaitement compris le parti que l’on pouvait tirer de cette MQ qui perturbe notre sens commun. C’est d’ailleurs son utilisation à toutes les sauces par divers charlatans, notamment la « médecine quantique », que Monvoisin dénonce en particulier.

Celui-ci commence par un double raisonnement imparable : d’abord on se trompe sur la MQ. En effet, certains clichés sont passés dans le grand public, mais ils décrivent fort mal la réalité. Par exemple, il n’y a pas de « dualité ondes-corpuscule » ou de « principe d’incertitude » : il y a tout au plus une dualité de description ; et le principe d’incertitude, mal traduit, serait plutôt le théorème d’indétermination de Heisenberg. À ce sujet, l’auteur nous précise que c’est Heisenberg lui-même qui aurait voulu remplacer incertitude par indétermination quelques jours après sa première publication sur le sujet. Trop tard ! L’expression avait déjà fait fortune... Quant à théorème, R. Monvoisin veut ainsi illustrer qu’il s’agit là de faits démontrés, et pas d’un vague principe. Mais surtout, quand bien même la MQ serait aussi bizarre qu’on le prétend, l’appliquer à notre échelle est aussi saugrenu « que, disons, de conclure de l’observation des amibes que nous pourrions nous aussi nous reproduire de la même façon si nous faisions un effort » (p.35).

Vous percevez par cet exemple une autre grande qualité du livre : l’humour, que l’auteur, avec son écriture alerte et spirituelle, manie avec élégance. Il est d’autant plus utile et efficace que la MQ est tout de même intimidante… Du coup, on est tout surpris de comprendre, et de se sentir en terrain, sinon connu, du moins connaissable. Vous aurez également deviné que l’auteur est excellent pédagogue. Il utilise des comparaisons très éclairantes, comme rapprocher la MQ du chinois : c’est compliqué, mais ça s’apprend… À l’issue du livre, on ne parle pas couramment, mais disons qu’on conçoit qu’il y ait des Chinois (qui se comprennent même entre eux) et on sait à peu près dire bonjour, au revoir, merci, etc.

Un autre exemple de comparaison, pour se décomplexer face à la MQ : l’auteur souligne que lorsque l’on dit « si vous n’êtes pas complètement désorienté par la MQ, c’est que vous ne la comprenez pas » 3, on pourrait dire exactement pareil de la gravité : on est toujours incapables d’expliquer exactement comment deux masses s’attirent, et pourtant, la théorie de la gravitation ne déstabilise personne !

Et pour finir, en toute logique, je vais revenir sur le début du livre, où Richard Monvoisin attire notre vigilance sur les charlatans du quantique, car c’est sans aucun doute là où son livre est le plus utile. Il décrit avec des exemples parlants ce que nous préparent les escrocs de tous poils, s’insinuant dans les « mystères » de la MQ pour nous vendre toutes sortes de produits quantiques (sic !) ou de thérapies, médecines, ou même voyances de la même eau. Cet ouvrage est un antidote fort efficace que je conseille à tous.

1 Richard Monvoisin est docteur en didactique des sciences et épistémologie, co-fondateur du « Cortecs », chercheur à l’université Nice Sophia Antipolis et enseigne à l’université de Grenoble.

2 La mécanique quantique décrit le monde des particules élémentaires. Elle ne s’applique qu’à cette échelle, comme on va le rappeler plus loin.

3 Il cite plusieurs phrases de ce type, prononcées parfois par les pionniers de cette nouvelle mécanique (Feynmann, notamment), et souligne les malentendus regrettables qu’elles auront occasionnés.


Partager cet article