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Réflexions sur l’homéopathie et la médecine

Publié en ligne le 12 juillet 2004 - Homéopathie - Médecine
par Michel Rouzé - SPS n° 235, octobre 1998

(On peut consulter un dossier complet sur l’homéopathie sur le site "pseudo-medecines.org")

Le succès de l’homéopathie ne peut être séparé de celui de l’ensemble des médecines "douces". Des homéopathes récusent cette appartenance, par crainte sans doute des voisinages compromettants. Mais le plus souvent elle est acceptée et même revendiquée. La publicité des produits homéopathiques y recourt volontiers, ce qui prouve que les consommateurs ressentent bien l’homéopathie comme appartenant à la constellation des médecines douces, bien que plus anciennement apparue dans le ciel médical et médiatique (à part l’acupuncture, qui l’emporte en ancienneté).

On a beaucoup disserté sur les causes du "phénomène de société ". Elles sont diverses et s’enchevêtrent, convergeant le plus souvent dans leurs effets, parfois aussi se contrariant, du moins si l’on reste dans un cadre logique. Mais comme on entre ici dans un domaine où règnent la subjectivité et l’irrationnel, la contradiction n’est pas forcément gênante.

Paradoxalement, les avancées de la médecine scientifique, qui s’étaient inscrites dans les statistiques de morbidité et de mortalité, sont parfois devenues sources d’insatisfaction. Naguère le médecin, s’il ne disposait que de peu de moyens pour combattre la maladie, traitait le malade comme une personne et lui apportait ce qui ne figure pas dans les pharmacopées : la chaleur humaine. Avec les médecins de famille, la confiance créait un lien durable. Ils étaient, comme on l’a écrit, des confesseurs laïques. Aujourd’hui le patient qui a fait antichambre dans un dispensaire ou un hôpital a trop souvent l’impression, quand il est reçu, d’être regardé moins comme un être humain que comme une voiture envoyée au garage : le mécanicien cherche ce qui ne va pas, le carburateur, le circuit électrique ou l’embrayage. Il remplace ou répare la pièce défectueuse, et présente sa facture. La principale différence est qu’à l’hôpital ou au dispensaire, on règle d’avance, sans être assuré du résultat. Après quoi on est reçu par un personnage le plus souvent anonyme, et qui ne sera pas forcément le même lors de la visite suivante. Entre-temps, ont pu prendre place des examens de laboratoire, des passages chez tel ou tel spécialiste. Mais peu ou pas d’explications fournies. On arrangera (ou on essaiera d’arranger) dans la mécanique biologique la pièce défaillante, et puis au revoir. On n’a pas grand-chose à dire à une mécanique. Même si elle est un peu venue pour ça, parce qu’elle avait besoin qu’on lui parle, que cela lui aurait fait du bien.

La médecine analytique a eu tendance à connaître les organes plus que la personne. Thérapeutes cantonnés dans leur spécialité. Examens de laboratoire pas toujours nécessaires. Jusqu’au diagnostic parfois délivré par l’ordinateur. Le contact médecin-malade est rompu.

Bien sûr, ce tableau est extrême. Mais même quand la sollicitude est là, il garde une part de vrai.

Quand les homéopathes, ou les tenants d’autres médecines douces, privilégient une approche globale de l’homme malade et la prise en compte de sa personnalité, leur argumentation n’est pas vaine. Qu’elle puisse servir l’illusion ou le charlatanisme est une autre affaire.

Parmi les facteurs sociopsychologiques qui contribuent à la montée des médecines douces, il en est de plus contestables. Ainsi, l’auréole quasi mystique qu’une certaine conception de l’écologie a conférée aux mots " nature" et " naturel ". Il y aurait toute une analyse à développer sur le prestige de ces deux termes et la façon dont ils sont utilisés, depuis l’émetteur de radio qui se proclame naturel jusqu’aux cosmétiques et aux produits diététiques qui revendiquent cette qualité. Toutes les médecines douces - y compris l’homéopathie - ne manquent pas de s’affirmer "naturelles" dans leur littérature publicitaire destinée au grand public. Que peut-on comprendre par là ? Quand on parle de médecines douces, on sait encore de quoi il est question. Il s’agit de thérapeutiques qui n’engendreraient pas de douleur et ne brutaliseraient pas l’organisme. Une médecine naturelle, c’est moins facile à définir. Toute entreprise thérapeutique vise à rétablir l’équilibre naturel du vivant, et les médicaments sont forcément faits de substances qui existent dans la nature terrestre, même si elles ont subi une préparation avant d’être utilisées.

La médecine douce se présente logiquement comme le contraire d’une médecine dure. Dirons-nous qu’en face des médecines naturelles, il en est d’antinaturelles ou de surnaturelles ? Ce dernier qualificatif conviendrait d’ailleurs mieux à des thérapeutiques qui perpétuent les vieilles croyances magiques...


Mots-clés : Homéopathie - Médecine

Publié dans le n° 235 de la revue


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