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Scientologie Le secret de l’électromètre de Hubbard

Publié en ligne le 27 novembre 2005 - Médecine - Neurologie
par Marcel Francis Kahn - SPS n°240, décembre 1999

L’instrument est beau comme un dessus de cheminée de la Belle Époque. Il peut être noir ou coloré, caréné comme l’aurait dessiné Loewy, le concepteur de la bouteille de Coca Cola. Un cadran occupe son centre. Ses formes arrondies retombent mollement de chaque côté d’une éminence bombée. Il luit seul au milieu d’une table de démonstration. Son usage va permettre à l’acheteur de se connaître, de dissiper les miasmes de son inconscient, de parvenir au Nirvana de la sagesse et de la sérénité. Certes, il est coûteux, qu’on le paie en francs ou en euros. De 10 000 à 15 000 francs semble-t-il. Il représente le passage obligé, la voie royale, l’objet initiatique qui permet à l’acheteur d’accéder à la pensée de Ron Hubbard.

Il trône, en effet, sur les étals de l’« Église » de scientologie dont il est la preuve intangible, incontournable, de son sérieux technologique.

Lexique des scientologues

L’électromètre de Hubbard est un appareil religieux utilisé dans les confessionnaux. En lui-même, il n’a aucune action. Il est utilisé par les ministres du culte pour aider les paroissiens à identifier l’origine de leurs troubles et souffrances spirituelles. L’électromètre de Hubbard n’a pas été conçu et n’est d’aucune utilité pour le traitement ou le diagnostic des maladies. Il fait passer un faible courant électrique dans le corps du préclair (adepte de la secte en apprentissage, NDLR) . Ce courrant est influencé par la masse mentale de même que par les images, les circuits et les dispositifs mentaux. Lorsqu’un préclair impur pense à quelque chose, ses images mentales bougent et font dévier l’aiguille de l’électromètre de Hubbard.

Site Internet de la scientologie (traduit de l’anglais)

Comme l’ordinateur, le scanner ou le téléphone portable, il démontre que le chaland qui visite les salons de la secte n’a pas affaire à des plaisantins qui ne cherchent à l’attirer que pour mieux le vampiriser et le ruiner.

De quoi s’agit-il, comme disait paraît-il le maréchal Foch ? En fait, ce n’est que l’adaptation habillée d’un instrument fort simple mis au point en... 1844 par Sir Charles Wheatstone (1802-1875) et connu depuis sous le terme de « pont de Wheatstone ». Il mesure, grâce à un montage des plus simples, les variations de résistance au courant électrique d’un de ses composants. Et depuis plus de cinquante ans, les neurophysiologistes l’ont utilisé pour tenter de mesurer quantitativement l’émotivité d’un sujet.

En effet, une réaction émotive se traduit, c’est bien connu, par une augmentation, variable selon les sujets, de la transpiration. Cette augmentation n’épargne pas la paume des mains. Et cette sueur qui perle à travers la peau d’une main qui tient un conducteur diminue sensiblement la résistance opposée à un courant qui le traverse. Le dispositif permet de mesurer cette variation.

C’est une « manip » classique en neuro-et psychosociologie et elle faisait partie des travaux pratiques du certificat de licence que je suivais moi-même à la Sorbonne en... 1957.
Grâce à elle, on pouvait mesurer, par exemple, la facilité avec laquelle on arrivait à conditionner un sujet en le soumettant à un choc électrique désagréable associé à un signal lumineux, et en déterminant le temps au bout duquel le seul signal lumineux provoquait la réaction émotive. Ce fut aussi, et c’est encore, un des composants des prétendus détecteurs de mensonge, à côté d’autres paramètres.

Le pont de Wheatstone

Sir Charles Wheatstone (1802-1875), physicien anglais né à Gloucester et mort à Paris, est surtout célèbre pour l’instrument électrique de mesure des résistances qui porte son nom (bien qu’inventé par Samuel Hunter Christie) et qu’ il a été le premier à utiliser. Scientifique autodidacte, il a aussi inventé le concertina et le stéréoscope, et participé activement à la mise au point du premier télégraphe électrique britannique.

Le pont de Wheatstone est constitué de trois résistances connues et d’une résistance à déterminer X. Un générateur de courant continu (une pile) alimente les deux points A et C et un galvanomètre est placé contre les deux autres points B et D (le galvanomètre mesure le courant qui passe entre B et D).

En agissant sur la boîte de résistances réglable R on amène le galvanomètre G au zéro. A ce moment, il est possible de calculer la valeur de la résistance X. Cette valeur est obtenue comme suit. La différence de potentiel entre B et D étant devenue nulle, cela permet d’écrire :
VB-VD = E(R/(R+a))-E(X/(X+b)) = 0

D’où on tire aisément la relation X = R (b/a).
La précision de la mesure peut varier de 10-4 à 10-8 selon le matériel utilisé.
Dans le cas de l’électromètre de Hubbard, la résistance X qui est mesurée est celle du corps humain et elle varie donc largement avec la température, la pression des électrodes et l’humidité de la peau...

L’instrument est extrêmement simple : quelques fils, une source électrique de faible intensité, le cadran d’un galvanomètre suffisent à le composer. Il y a là, à tout casser, pour quelques centaines de francs de matériel. Et à moins de considérer que le carénage est en lui-même un chef d’œuvre d’art moderne dont le plastique moulé survivra dans les musées au fil des siècles, le vendre 20 fois plus cher pour un usage détourné s’apparente de très près à une escroquerie.
On sait que ce prétendu analyseur miracle de la psyché est au centre d’un processus d’appropriation mentale qui caractérise l’activité de la secte. En tout cas, il est un bon exemple des retombées commerciales des techniques scientologiques, et traduit finalement la pensée de Ron Hubbard qui avait, pour lui-même et ses séides, repris la célèbre formule de Guizot, un contemporain de Wheatstone : « Enrichissez-vous ».

Vendre l’électromètre de Hubbard à 30 000 francs : une escroquerie ?

C’est ce que la sixième chambre du tribunal de grande instance de Marseille semble avoir considéré le 15 novembre dernier en condamnant le scientologue Xavier Delamare, directeur des centres de dianétique de Marseille et Nice à deux ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis et 100 000 francs d’amende, ainsi que 4 autres scientologues de 6 mois à un an avec sursis. Ils vendaient l’électromètre jusqu’à 30 000 francs !


Mots-clés : Médecine - Neurologie

Publié dans le n° 240 de la revue


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