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Sprechen sie Deutsch ?

Publié en ligne le 2 décembre 2006 - Psychologie
par Isabelle Burgun

L’été, nous sommes nombreux à prendre des cours de langue ou à ouvrir nos méthodes d’apprentissage en soupirant : « Ah, si je l’avais appris petit... » Il est pourtant faux de croire que l’apprentissage d’une langue s’avère plus difficile à l’âge adulte qu’à la prime enfance, lance Brigitte Stemmer.

« Avons-nous des preuves scientifiques de cela ? » Pour la chercheuse en neurolinguistique, il faut comparer la situation de l’enfant, continuellement exposé au langage à apprendre, à celle de l’adulte. « Il faut aussi prendre en compte la motivation et l’absolue nécessité pour un enfant de communiquer avec l’adulte. Qu’est-ce qui adviendrait si l’on plaçait un adulte dans le même contexte ? Nous n’en savons rien », tranche la professeure au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal.

Avec des chercheurs allemands de l’Université de Bochum (Rurh), Brigitte Stemmer s’apprête à plonger dans une recherche passionnante visant justement à déterminer l’effet de l’âge dans l’acquisition d’une seconde langue. L’équipe étudiera les capacités langagières de jeunes étudiants anglais, français, espagnols, russes ou polonais, qui parlent allemand parfaitement, ou non.

Y a-t-il des étudiants qui ont acquis une seconde langue tardivement — après 20 ans — qui sont parvenus à la parler, la comprendre et l’écrire comme un natif ? Combien sont-ils et quel est leur profil (talent, motivation, personnalité, habiletés cognitives, etc.) ? Quels sont les facteurs qui influencent le succès de l’apprentissage d’une langue ?

Le langage en questions

Une étude semble suggérer qu’un apprentissage tardif serait plus facile avec deux langages culturellement et structurellement similaires qu’avec deux langues plus distantes. « Des chercheurs ont aussi trouvé qu’il est plus facile pour les gens de discriminer les sons proches de leur langage maternel et qu’ils peuvent donc être appris plus facilement », rapporte Brigitte Stemmer.

L’apprentissage des langues, et les processus mis en œuvre, font en tout cas l’objet de multiples controverses. Les linguistes sont loin de parler d’une seule voix ! Certains chercheurs ont émis l’hypothèse qu’il existerait une « période critique » après laquelle parler une seconde langue comme un natif serait impossible. Une période qui varie, suivant les linguistes, entre 5-6 ans et la puberté.

Pourtant, certaines personnes arrivent à réellement maîtriser une langue après cette période critique. « Nous ne savons pas s’il s’agit d’exceptions ni pourquoi certaines personnes apprennent mieux que d’autres », soutient la titulaire de la Chaire du Canada en neuroscience et en neuropragmatique.

La motivation et la nécessité, la prédisposition personnelle (le fameux « talent » pour les langues), les capacités cognitives individuelles, la personnalité, le temps et la durée de l’exposition à la langue, la relation entre celui qui maîtrise la langue et le langage à apprendre, forment un bassin de facteurs déterminants.

Les chercheurs s’interrogeront également sur l’influence des différents processus physiologiques et psychologiques, tels les capacités d’attention et de mémoire, ou les processus de maturation du cerveau.

Le cerveau, il va sans dire, joue un rôle majeur. Une étude a démontré que plusieurs zones — ou toujours la même, pour une autre étude — s’activent dans l’hémisphère gauche lors du passage d’une langue à une autre. « Elles sont liées à l’activation du mot et de la phrase aussi bien qu’aux autres processus cognitifs de la traduction. Mais plus les tâches langagières sont complexes, comme la compréhension d’une histoire, plus les deux hémisphères sont impliqués », précise la neurolinguiste.


Mots-clés : Psychologie


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