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Tintin et les forces obscures - Le paranormal dans l’histoire… et chez Hergé

Publié en ligne le 27 janvier 2014
Note de lecture de Jean Günther

Voici plus de 100 pages d’exégèses et d’analyses, signées par des personnalités issues de divers horizons, agréablement illustrées, sur la célèbre série de bandes dessinées du belge Georges Rémi dit Hergé, et plus particulièrement sur les multiples occurrences que l’on y trouve relatant des pouvoirs et phénomènes paranormaux. Cette série aurait-elle d’autres objectifs que d’amuser les enfants petits et grands ? La lecture de ces textes confirme que, pour bien des gens, la série d’Hergé véhicule des messages allant au-delà de la simple distraction et dignes par conséquent d’exégèses savantes.

Comme le titre le suggère, les analyses réunies dans ce livre sont principalement centrées sur le rôle du paranormal dans les aventures du célèbre petit journaliste et de ses amis. Il est clair que l’exploitation des « forces obscures » donne à ces histoires un piquant qu’aucune rationalité n’apporterait. Le réalisme des dessins contraste avec la présence de ces phénomènes, qui prennent, du coup, une apparence de crédibilité. Mais, au-delà, Hergé veut-il faire croire à la réalité de ces manifestations ou simplement cherche-t-il à les utiliser dans l’action de façon distrayante ?

Voici deux exemples pouvant éclairer cette question :

Le texte consacré aux exploits des fakirs est rédigé par notre ami le Pr Henri Broch. Comme on pouvait s’y attendre, celui-ci, professeur à l’Université de Nice et auteur de nombreux textes soutenant les approches rationnelles, ne croit pas aux pouvoirs paranormaux des fakirs. Il montre que dans certains cas il est assez simple de répéter leurs exploits, par exemple la marche sur le feu. Mais il admet ne pouvoir tout expliquer, ce qui n’implique pas qu’il faille chercher une explication dans la sphère du paranormal.

Le texte consacré à la télépathie est rédigé par Bertrand Méheust, membre du comité directeur de l’« Institut métapsychique international ». Il affirme que les phénomènes télépathiques sont « difficiles à nier ». D’ailleurs, écrit-il, Freud était persuadé de leur réalité mais aurait commis l’erreur de ne pas en tirer de conséquences.

À mi-chemin de ces positions pour le moins divergentes, on trouve une bonne étude de la radiesthésie (dont le Pr Tournesol est un pratiquant !) par Thierry Lefebvre, historien des pratiques alternatives. Il constate que cette pseudoscience, très en vogue au tournant du 20e siècle, est quelque peu tombée en désuétude et cherche encore des bases objectives. Un encadré évoque le Pr Rocard, dont on sait qu’il a prétendu en apporter des preuves expérimentales et établir un lien avec la physique et la physiologie. Malheureusement cet encadré omet de relater que les expériences sur lesquelles le Pr Rocard se basait, ont été refaites maintes fois, en particulier dans le laboratoire du Pr Henri Broch, sans donner le moindre résultat positif.

Comme on le voit, les participants à ce recueil ne se sont pas vu fixer une ligne rédactionnelle claire. On peut regretter cette occasion, partiellement perdue, de faire comprendre au grand public la distance qu’il faut prendre entre une œuvre d’amusement et d’imagination et une réalité objectivement démontrée. Dommage !


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