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Un monde fou, fou, fou : janvier 2008

Publié en ligne le 4 mai 2008 - Homéopathie - Religion - Voyance
SPS n° 280

Le commerce de la voyance et de l’ésotérisme

Le CRIOC, association de consommateurs en Belgique, a commandité une étude visant à évaluer la pratique du recours aux voyants, guérisseurs et aux parasciences par les consommateurs 1.

Plus d’un consommateur sur dix se déclare « superstitieux ». La croyance aux phénomènes paranormaux est du même ordre : les prédiction des astrologues et les horoscopes (10 %), l’inscription de la destinée dans les lignes de la main (8 %), les prédictions des voyants et les guérisons par les guérisseurs (6 %). Des chiffres inférieurs à ceux issus d’études comparables menées en France. Les consommateurs belges semblent donc faire preuve d’un esprit critique et d’une méfiance salutaire : 89 % des personnes pensent que les voyants abusent de la naïveté des gens, bien qu’ils apportent sans doute réconfort, qu’ils rassurent et peuvent parfois aider des gens en détresse (42 %).

La consultation chez un voyant coûte en moyenne 58,4 €, mais certains de ceux qui ont consulté (7 % déclarent avoir déjà rendu visite à un voyant) affirment avoir payé bien plus, jusque 2500 € la séance ! Très souvent, la première consultation est gratuite ou symbolique (1 €).

L’association de consommateurs dénonce des pratiques souvent peu éthiques abusant parfois de l’état de faiblesse du consommateur, voire étant purement et simplement des arnaques. « La consultation par téléphone est annoncée comme gratuite mais l’appel est facturé à plus d’un euro la minute. Le voyant ou le guérisseur va tenir le consommateur au bout du fil le plus longtemps possible. ». « Une bannière sur Internet annonce une voyance gratuite. Le consommateur marque son accord et reçoit quelques jours plus tard une “analyse” dans un langage ésotérique qui lui conseille de “sortir de ce cercle désastreux de négativité et d’éliminer complètement l’environnement médiumnique négatif… en réalisant une étude d’astro-voyance confidentielle complète”. Cette étude est bien sûr payante. En cas d’absence de réponse, plusieurs rappels sont envoyés à l’adresse du demandeur. Des techniques de vente agressives sont souvent utilisées ».

En conclusion, le CRIOC recommande une meilleure réglementation de ce marché de la voyance et de l’ésotérisme : « ces services sont souvent prestés dans un moment psychologiquement difficile et bien des vendeurs n’hésitent pas à abuser de la faiblesse du consommateur. C’est pourquoi un encadrement particulier doit être mis en place, tant en matière réglementaire – plus de transparence dans les pratiques commerciales – qu’en terme de contrôle. »

Dieu et miracles outre-Atlantique

Un récent sondage réalisé par l’institut Louis Harris (Harris Interactive) nous apprend que 82 % des adultes américains croient en Dieu, 79 % aux miracles, 75 % au paradis, 74 % aux anges (un paradis sans anges pour 1 % ?), 62 % à l’enfer. Faut-il dès lors voir une conséquence logique au fait que seulement 42 % des américains croient en la théorie de l’évolution, près de 39 % adhérant à l’une des versions du créationnisme ? Fantômes (41 %), sorcières (31 %) et astrologie (25 %) rencontrent également un succès certain. Ces résultats confirment ceux d’il y a deux ans, avec un légère hausse de la cote des anges et des sorcières. Si les croyances religieuses semblent moins fortes en France (si l’on se fie aux sondages), il ne faut pas trop pavoiser en ce qui concerne les croyances au paranormal.

Il fut un temps où, en France, le code pénal condamnait « les gens qui [font] métier de deviner et pronostiquer, ou d’expliquer les songes ». Le nouveau code pénal estime que la qualification d’escroquerie est suffisante pour « réglementer » la profession. Force est de constater que depuis son entrée en vigueur, la profession prospère et s’affiche au grand jour (journaux, télévision, avec même une chaîne dédiée à l’astrologie (Astrocenter.tv, « première chaîne 100 % Astro-Voyance » proposée dans de nombreux bouquets numériques). Il s’agit bel et bien d’une escroquerie, et non pas d’une activité commerciale nécessitant transparence et « éthique ».

Jean-Paul Krivine

L’homéopathie dans un manuel scolaire

Un de nos lecteurs nous signale le manuel de physique-chimie de son petit-fils, destiné aux lycéens des classes de seconde (Éditions Nathan, collection Sirius). Une pleine page est consacrée à l’homéopathie. La théorie hahnemannienne y est présentée sans le moindre esprit critique : principe de l’« infinitésimalité », principe de similitude, dilutions hahnemanniennes, etc. Avec cette précision qui laisse pantois : « l’homéopathie utilise des solutions d’espèces chimiques naturelles ». Que faut-il en conclure ? Que le naturel est bon (l’arsenic est naturel) ? Que la pharmacopée traditionnelle n’utilise jamais des produits que l’on trouve dans la nature ?

Suivent alors quelques exercices. « Une teinture mère contient un principe actif noté Pi à la concentration [Pi]0. On réalise sur cette teinture la première dilution hahnemannienne 1CH. Soit [Pi]1 la concentration de Pi dans la solution diluée obtenue. Calculer [Pi]1/[Pi]0. Montrer qu’il s’agit d’une dilution au 1/100e justifiant le nom de “première centésimale hahnemannienne” 1CH ». Une théorie se prêtant à des calculs mathématiques ne peut être complètement absurde se dira l’élève studieux. L’exercice suivant s’intéresse à la seconde dilution. Il n’aurait pas fallu beaucoup d’autres exercices dans cette lignée pour arriver à une question subversive : « comparez la dilution obtenue au nombre d’Avogadro. Que pouvez-vous en conclure ? » 2. Mais bien entendu, le manuel ne se permet pas un tel écart. La seule question posée ne portant pas directement sur un calcul de dilutions demande à l’élève d’« expliquer la démarche de Samuel Hahnemann ». En cas de doutes, il lui sera toujours loisible de se reporter aux références « pour aller plus loin » fournie par le manuel : les sites Internet de Boiron et Dolisos, deux fabricants de produits homéopathiques.

Il serait grand temps que l’éditeur mette à jour son manuel : Dolisos a été racheté par Boiron. Et ajouter une section sur l’astrologie, tant qu’il y est ! Il y a là aussi matière à quelques calculs intéressants.

J.-P. K

L’homéopathie continue de s’inviter à l’université

L’Université Paul Sabatier de Toulouse se définit elle même comme : … « l’un des plus importants établissements de recherche en France ». Les thématiques étudiées couvrent un très large spectre au sein de pôles tels que Mathématiques, Physique et nanophysique, Chimie et matériaux, Sciences pour l’ingénieur, Sciences et techniques de l’information et de la communication, Sciences de la planète, de l’espace et de l’univers, Sciences de la vie et de la santé, biotechnologies, Sciences de l’homme et de la société.

Les laboratoires de l’UPS, dont un grand nombre est associé à un EPST, Établissement public à caractère scientifique et technologique, (CNRS, Inserm, IRD), participent de manière déterminante au volet « recherche et applications » des trois pôles de compétitivité labellisés : « Aéronautique, Espace et Systèmes embarqués », « Cancer-bio-santé », et « Agrimip Innovation ». Ils sont partenaires du RTRA « Sciences et technologies pour l’aéronautique et l’espace » et du RTRS « Réseau recherche et innovation thérapeutique en cancérologie ». L’Université Paul Sabatier contribue ainsi à l’effort national d’acquisition et de diffusion des connaissances…

Elle publie une lettre électronique d’information dans laquelle on relève, parmi nombre d’autres sujets, que son président a signé le 18 juillet 2007 un contrat quadriennal couvrant la période 2007/2010 en présence de la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Quelques paragraphes plus bas on est donc quelque peu surpris d’apprendre que ce temple de la science met en place à compter de janvier 2008, à raison d’un lundi par mois, une formation conduisant au DU d’homéopathie dans le cadre de la formation continue des pharmaciens.

Ce grand Monsieur que fut Paul Sabatier serait sans doute amèrement surpris de voir son nom ainsi associé à une discipline qui n’a, à ce jour, jamais pu franchir le cap de la reconnaissance scientifique.

Science et pseudosciences s’est adressé au président de l’Université le 20 octobre dernier (voir les extraits de notre courrier en encadré). Aucune réponse n’a été reçue à ce jour.

Christian Dalmasso
Lettre adressée au Président de l’Université Paul Sabatier

Monsieur le président,

Nous avons été très surpris d’apprendre que la faculté de pharmacie de votre université va mettre en place dès janvier 2008, dans le cadre de la formation continue, un diplôme d’université (DU) d’homéopathie (source, UPS@actu, octobre 2007). Vous connaissez sans doute l’avis de l’Académie nationale de médecine à propos de l’homéopathie (29 juin
2004) : « L’homéopathie est une méthode imaginée il y a 2 siècles à partir d’a priori conceptuels dénués de fondement scientifique. Elle a vécu jus qu’à maintenant comme une doctrine à l’écart de tout progrès et un secteur marginal, complètement en-dehors du remarquable mouvement scientifique qui a bouleversé la médecine depuis deux siècles en faisant de celle-ci un secteur essentiel de la vie de l’humanité. De façon surprenante cette méthode obsolète continue à avoir de nombreux partisans, des préparations homéopathiques continuent à être produites et vendues, d’ailleurs uniquement au public, car dans aucun secteur de la médecine elles ne sont achetées et utilisées par les centres hospitaliers. »

Les analyses sérieuses qui ont continué à être menées ne font que renforcer ce point de vue. Ainsi, un récent article publié dans la revue The Lancet (août 2005) souligne les faiblesses méthodologiques des quelques études cherchant à valider un effet autre que l’effet placebo. Il se conclut ainsi : « Des biais sont présents dans les essais contre placebo, à la fois pour les traitements homéopathiques et pour ceux de la médecine conventionnelle. Lorsque l’étude prend en compte ces biais, il ne reste que peu de signes d’un effet spécifique des remèdes homéopathiques. Ce résultat est cohérent avec l’idée que les effets cliniques de l’homéopathie sont ceux d’un placebo. » L’éditorial du même numéro du journal se concluait ainsi : « L’heure n’est probablement plus à des études ponctuelles, des rapports biaisés ou à la poursuite de recherches pour perpétuer le débat entre homéopathie et alopathie. Désormais, les médecins doivent faire preuve d’audace et être honnêtes avec leurs patients sur le manque d’effets de l’homéopathie, ainsi qu’avec eux-mêmes sur les échecs de la médecine moderne, pour répondre à l’attente des malades en matière de soins personnalisés. »

Qu’est-ce qui va donc être enseigné aux étudiants ? Les dilutions homéopathiques sont telles, la plupart du temps, qu’il ne reste plus aucun principe actif. Ainsi, les propres laboratoires homéopathiques qui produisent ces médicaments sont dans la stricte incapacité d’identifier une de leurs propres préparations, si celle-ci leur est présentée sans indication, avec seulement le produit du granule. Et ce, même en utilisant tous les procédés les plus sophistiqués de la chimie de nos jours. Les enseignants de chimie de votre Université pourraient d’ailleurs expliquer pourquoi aux étudiants de pharmacie (le nombre d’Avogadro et la théorie atomique de la matière). Vous serait-il donc possible de nous expliquer plus en détail ce qui va être enseigné aux étudiants, et sur quelles bases scientifiques cette décision a-t-elle été prise ?

Toutefois, peut-être que ce DU vise aussi à expliquer aux étudiants ce qui précède, à leur donner les éléments scientifiques pour adopter une attitude critique sur l’homéopathie. Dans ce cas, si vous le souhaitez, nous pouvons apporter notre contribution.

Nous serons très attentifs à votre réponse, et je vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs.

Jean-Paul Krivine, 10 octobre 2007

Sida et préservatif : quand l’obscurantisme se fait complice

Mgr Chimoio, chef de l’Église Catholique au Mozambique a récemment affirmé que certains préservatifs fabriqués en Europe sont intentionnellement infectés du virus VIH/SIDA afin de tuer les Africains. « Je connais deux pays en Europe qui fabriquent délibérément des préservatifs contenant le virus ; ils veulent en finir avec le peuple Africain dans le cadre d’un programme pour coloniser le continent », a-t-il déclaré à l’agence Reuters. « Si nous n’y prenons pas garde, c’en sera fini de nous d’ici un siècle […] Je connais aussi des sociétés qui fabriquent des médicaments antirétroviraux infectés par le virus, également dans le but d’en finir rapidement avec le peuple Africain » a ajouté Mgr Chimoio. Il a refusé de nommer les pays européens en question, ni la source de ses déclarations.

L’Église Catholique, qui revendique 17 % de la population du Mozambique, est opposée à l’usage des préservatifs. « Les gens doivent choisir ce qu’ils veulent, et je leur affirme que l’abstinence est la meilleure façon de combattre le VIH/SIDA » a précisé Mgr Chimoio.

Plus de 16 % des 19 millions d’habitants du Mozambique sont infectés par le VIH/SIDA, pour la plupart des adultes économiquement actifs entre 14 et 49 ans. Selon le Département de la Santé, environ 500 infections sont enregistrées chaque jour.

Diogo Milagre, responsable exécutif adjoint du Comité National du Mozambique pour le Combat contre le Sida, a déclaré que les efforts du gouvernement pour combattre le fléau sont entravés par une infra-structure de santé défaillante et un manque de personnel. « À présent, plus de 50 % des lits d’hôpital du Mozambique sont occupés par des malades du SIDA alors que les infections se multiplient ; mais nous n’avons pas encore perdu la bataille car nous changeons notre approche » affirme-t-il, sans souhaiter commenter les accusations de Mgr Chimoio.

« Nous devons étudier ce phénomène très attentivement, particulièrement les aspects culturels qui nourrissent les infections sur plusieurs fronts à la fois » a précisé D. Milagre.

La haute autorité de l’Église catholique aurait pu mettre un peu de raison dans de telles absurdités. Elle n’en a, à l’évidence, rien fait, comme ce fut le cas il y a un an à peine en France, lorsque deux prélats déclaraient qu’il ne fallait pas donner au Téléthon au motif qu’il permettait des manipulations génétiques en opposition avec les volontés du « créateur omnipotent » (lequel, dans ce cas aurait pu s’abstenir de concevoir tant les maladies génétiques que les virus…)

Ce silence est-il le signe d’un accord avec ce genre de déclaration ? Ou, et ça n’est pas plus rassurant, ladite autorité n’est elle tout simplement pas au courant de ce qui se dit dans son organisation et si elle l’est, n’a-t-elle aucun pouvoir de sanction ?

Le virus d’une ignorance qui confine à la folie fanatique est hélas plus difficile à soigner que celui du SIDA…

Source : Agence Reuters.

C. D.

2 Au-delà d’un certain seuil (que la plupart des préparations homéopathiques dépassent largement), la dilution est telle que l’on ne retrouve plus la moindre trace de la teinture mère (la matière n’est pas infiniment divisible, et le nombre d’Avogadro nous donne cette limite).


Publié dans le n° 280 de la revue


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