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Un monde fou, fou, fou : mai 2004

Publié en ligne le 19 août 2008 -
SPS n° 262

Fantasmes ufo autour de SOHO

Lassés des prétentions des ufologues à découvrir des ovnis dans les images prises par leur petit satellite d’observation solaire, des scientifiques de la mission SOHO ont un jour décidé de s’en expliquer sur la page « Hot Shot from SOHO » de leur site internet 1, accessible depuis la page d’accueil.

En voici la traduction.

Introduction

Dès son lancement, beaucoup de gens ont affirmé avoir vu des soucoupes volantes et d’autres objets ésotériques dans les images du satellite SOHO. Bien que plusieurs de ces supposées images d’ovnis puissent sembler intrigantes, elles ont toujours fini par trouver une cause ordinaire une fois examinées par les scientifiques expérimentés de SOHO. Récemment, nous avons reçu tellement de questions et affirmations, que nous avons préféré mettre directement cette note : nous n’avons jamais rien vu qui ne ferait même que suggérer qu’il y a là des « extraterrestres ».

SOlar and Heliospheric Observatory S. O. H. O

Ce petit satellite, construit par les Européens, lancé par les Américains en 1995, est installé au point Lagrange 1, point d’équilibre gravitationnel entre Terre et Soleil, à 1,5 million de kilomètres de la Terre. Il observe ainsi le Soleil 24 h sur 24, avec douze instruments embarqués à son bord, tous dirigés vers notre astre.

S. O. H. O a beaucoup contribué à l’essor des connaissances sur le Soleil ces dix dernières années.

Il offre aussi au grand public, en direct sur son site web, des animations spectaculaires où l’on peut voir des éruptions, des protubérances, ou des comètes qui se jettent dans le brasier solaire, ou encore, quand leur position le permet, les planètes circuler dans son champ.

Par le passé, nous avons été accusés de cacher l’évidence ufologique quand nous présentions nos explications, et de refuser le débat (ou de « refuser de parler ») quand nous renoncions à convaincre nos contradicteurs. Quoique nous ne nous attendions à ne convaincre personne, nous souhaitons que cette page puisse fournir des informations au curieux qui désire connaître la vraie nature des témoignages avancés.

Plus communément, les déclarations d’ovnis sont à mettre au compte de défauts ou artefacts parfaitement naturels dans nos données accessibles au public. Ci-après, voici l’une des explications envoyées par un scientifique de SOHO en réponse à une question du public.

Planètes

Celles-ci paraissent toujours très étranges dans les images de LASCO 2, parce qu’elles sont si brillantes que l’image scintille et que les pixels CCD s’étirent le long des lignes qui s’affichent. D’aucuns tentent d’affirmer que ce sont des soucoupes volantes, en se fondant sur leur apparence. J’ai aussi entendu la réflexion qu’il y avait eu précédemment des Saturnes mystérieuses, comme des planètes avec des anneaux autour.

Rayons cosmiques

Des particules de haute énergie en provenance du vent solaire, ainsi que de toute la Galaxie, fouettent le satellite SOHO de toutes parts et interagissent avec les détecteurs. Elles provoquent des taches et des traînées,

qui peuvent affecter un simple pixel, mais aussi balayer de longues stries une grande partie de l’image. Elles sont évidentes lors d’éruptions solaires et peuvent être observées sur ces pages, mais sont toujours plus ou moins présentes à différents niveaux.

Je sais que des gens ont affirmé avoir vu des choses semblables autour du satellite, mais de toute évidence, une fois examinées par un observateur expérimenté, il s’agissait de rayons cosmiques. Que des personnes voient un rayon cosmique précisément sur une image, et qu’ensuite un rayon aléatoire frappe non loin de là dans l’image suivante, et ces mêmes gens affirment que cette même chose est en train de se déplacer entre les deux images.

Quelquefois vous verrez qu’un rayon cosmique paraît persister dans les images du web sur deux ou plusieurs photos. C’est parce que nous perdons un certain pourcentage de données depuis celles qui nous arrivent du satellite. Dans LASCO, de telles pertes apparaissent comme des blocs carrés dans l’image, et s’il y a un rayon cosmique dans ce bloc en provenance de l’image d’origine, il nous apparaîtra tel quel dans l’image reçue.

La solution pour les contrôler est de les rechercher parmi les fichiers de données qui n’ont pas encore été traités, qui sont eux-mêmes accessibles sur le web grâce au catalogue SOHO.

Pépins logiciels

Occasionnellement, nous avons quelques problèmes avec le logiciel qui produit les images pour le web et d’étranges artefacts surgissent dans les données. Ces pépins sont habituellement corrigés dans les jours qui suivent. En fait, nous avons eu récemment deux exemples de ce type.

Défauts des détecteurs

De temps en temps des défauts apparaissent dans les caméras. Ils peuvent être temporaires ou devenir permanents. Je me souviens avoir vu sur un site web que de drôles de lumières flottaient au-dessus du limbe gauche inférieur du Soleil sur les images de EIT 3, et m’être dit : « Tu n’as même pas noté cela ? » Ces défauts ont toujours été présents, et avaient même été recensés en laboratoire avant que SOHO ne soit lancé.

Débris

De petites pièces issues d’une structure d’isolation vieillissante à l’extérieur du satellite, des particules de poussières, des micrométéorites etc… peuvent se piquer dans les images. Visitez la page « LASCO liste des débris » pour en savoir plus.

Sur le sujet plus général des affirmations selon lesquelles il y aurait des ovnis dans les images de SOHO, nous devrions prendre conscience que certaines de ces prétendues photos d’ovnis prises par SOHO ont été modifiées par des partisans de la thèse ufologique. Il est évident qu’elles peuvent être truquées à partir d’un tout petit nombre de pixels dans la caméra et ensuite passées à travers une série de filtres adoucissants, pour la faire ressembler à un vaisseau avec des bords arrondis. Ces manipulateurs devraient au moins avoir le courage de montrer la base de données actuelle, et non pas quelque chose de trafiqué avec Photoshop.

Cela dit, nous devons reconnaître que nous voyons des objets se déplacer dans les images de SOHO. Environ 500 comètes y ont été découvertes, la plupart par des amateurs utilisant la base de données de LASCO qui peut être chargée depuis le web. C’est plus de comètes que de n’importe quel autre observatoire, même en y incluant celles du plus profond de l’espace. Des gens sont sans cesse en train de chercher des objets mouvants dans ces images, et sont hautement motivés pour les dénicher…

Aucun d’entre eux n’a jamais rien trouvé d’autre que des comètes.

Crédits : Perth Sundays Times (Australie) ; ESA/NASA

Le mauvais choix d’une médium

Mercredi 7 avril 2004, sur FR3. Le plateau de « C’est mon choix » est désert. Pas de public aujourd’hui, pour cause d’expérience médiumnique. Quatre protagonistes, un protocole, et enfin un petit air de sérieux…

Juliette de Laforest, médium ou voyante, au choix, veut prouver ses talents en se soumettant à l’expérimentation, ce qui explique la présence d’un huissier, garant de la rigueur du protocole, mais aussi de Gérard Majax, garant du bon sens, et prêt à dévoiler les supercheries intellectuelles de la dame. Et puis bien sûr l’animatrice Evelyne Thomas présentera les épreuves à la voyante.

Il s’agit de deux défis. L’un consiste à deviner le nom d’une célébrité dans une enveloppe. Madame la médium entreprend de caresser le papier… mais très vite, cela ne suffisant pas à son inspiration, elle va inonder de questions Evelyne Thomas. Celle-ci, manifestement agacée, finira par lui demander si elle ne veut pas, par hasard, qu’on lui donne la réponse ! Se sentant déjà en échec, Laforest exige que Majax quitte le plateau. Il obtempère, en grand habitué des caprices des médiums. Une caméra le suivra, gardant ainsi un lien avec le représentant de l’esprit critique.

Après avoir largement abusé du petit jeu où l’on ne doit répondre que par oui ou par non, Laforest, pressée par l’animatrice, avouera qu’elle ne trouve pas qui peut bien être dans cette enveloppe.

Le second défi ne sera pas plus probant. Il s’agissait de découvrir à qui avait appartenu une petite boussole en étain, présentée dans un écrin. Une révélation inonde notre voyante : cet objet a été un cadeau ! On l’aurait deviné, nous aussi… Pour parvenir à ce haut degré de voyance, elle a pourtant, une fois de plus, submergé Evelyne Thomas de questions, guettant la moindre expression du visage qui la mettrait sur la voie. Second échec d’une voyante gênée aux entournures : elle n’a aucun nom à nous livrer.

Après ces deux « contre-performances », que la médium justifie par un concours de circonstances malheureuses, Gérard Majax nous livre ses commentaires. Il pointe les banalités sans risque du style « la personne dont le nom est dans l’enveloppe a un enfant », dévoile la technique qui consiste à noyer les autres personnes présentes de questions, dont les réactions, même infimes, lui servent alors de pistes, et note que l’abondance des hypothèses lancées permet au hasard d’intervenir en sa faveur.

Il nous apprend qu’il suit cette médium depuis longtemps. Avec un soupir, celle-ci précisera : « Depuis dix ans ! », ce à quoi Majax rétorquera que, en dix ans, il ne l’a jamais vu autrement qu’en échec. Le dernier mot lui appartiendra, et on s’en félicite !

Rubrique réalisée par Agnès Lenoire

2 LASCO : Large Angle and Spectrometric Coronograph. Cet instrument à bord de SOHO simule des éclipses et permet ainsi de voir les planètes circuler dans son champ ou des comètes s’approcher du Soleil.

3 EIT : Extreme ultraviolet Imaging Telescope. Cet instrument de SOHO est dédié à la détection des sources de rayonnement ultraviolet solaires.

Publié dans le n° 262 de la revue


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