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Un monde fou, fou, fou : mars 2004

Publié en ligne le 19 août 2008 -
SPS n° 261

Les sorcières de Charmed : lumière et ombres

La série TV « Charmed » a tout pour plaire. Trois sorcières des temps modernes, trois sœurs pas effrayantes pour un sou, plutôt glamour, pétillantes et pleines d’humour, y luttent contre les forces du mal.

Leur succès ne se dément pas. Le magazine Télé 7 jours du samedi 30 novembre 2003 nous apprend que les adolescentes américaines souscrivent de plus en plus aux incantations de Charmed. Cette fiction fait en effet référence à une sorcellerie blanche très prisée des anglo-saxons depuis 1940 : la Wicca. Magie blanche pour les rites, culte de la terre et de la nature pour l’idéologie, la Wicca se déclare Art de vivre.

D’ailleurs les sorcières de Charmed se conforment aux règles de la Wicca. Elles possèdent un Livre des Ombres, centre de leur pouvoir. La religion Wicca a son Livre des Ombres fondateur de ses préceptes, écrit en 1939.

Nos trois sœurs ne peuvent exprimer leurs pouvoirs que si elles sont réunies. La Wicca enseigne que le chiffre trois est très important car chargé d’énergie positive.

La série TV a relancé les pratiques « Wicca » Outre-Atlantique. Sans inquiéter personne, puisqu’on n’y trouve que douces rêveries écologiques et philtres d’amour.

Il n’empêche qu’un site consacré à la Wicca 1 prévient, dans les dernières lignes d’une de ses pages, que quelques sectes se sont construites sur une appellation wiccane et qu’il est nécessaire de rester vigilants.

Satellites d’observation, à vos armes...

Voici l’annonce qu’on peut trouver sur le site officiel de Raël 2 : « L’armée américaine aurait lancé récemment des satellites militaires ultra-secrets annoncés officiellement comme « satellites d’observation » qui, en fait, sont des armes utilisées pour assassiner les leaders politiques ou religieux qui sont considérés « ennemis des USA ».

Ces satellites géostationnaires sont équipés de canons à haute précision émettant des ondes hautement cancérigènes. Ils peuvent être dirigés avec une précision de l’ordre de quelques mètres sur une habitation ou réside la personne à éliminer.

Cette dernière mourra en quelques mois d’un cancer dont personne ne soupçonnera l’origine.

Lorsque vous apprendrez que des personnalités qui dérangent les USA meurent d’un cancer fulgurant ne soyez pas surpris... »

Vous n’alliez tout de même pas croire qu’un leader religieux pourrait un jour mourir d’un cancer développé de manière classiquement et sottement humaine ?

Montagnes ensorcelantes

Dans son numéro 49 du 4 décembre 2003, l’Hebdo 3 nous apprend, dans un article de Jocelyn Rochat intitulé « Harry Potter étudie à votre porte », que la Suisse abritait, à la fin du Moyen Age, les premières académies de sorcellerie, et que le concept de sabbat prit corps avec le ballet nocturne des chevaucheuses de balais des Alpes.

Soucieuse de conserver ce patrimoine, la région cultive l’art des grimoires et des mystères. Pierre Froidevaux, président de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine rural jurassien a ainsi publié un vieux grimoire écrit en 1521, recopié en 1846, intitulé Le Véritable Dragon Rouge, œuvre de moines qui permet de dialoguer avec les morts, de se rendre invisible, ou de pactiser avec le Diable.

Cette publication avait surtout un but culturel. Son succès a donc beaucoup surpris. Pierre Froidevaux affirme : « Nous avons reçu des coups de téléphone de personnes qui se plaignaient parce que la recette n’était pas assez claire et qui nous demandaient comment se procurer certains ingrédients… »

Etonné de cet engouement, il estime pourtant « qu’un enfant de dix ans qui est allé à l’école ne peut pas y croire ».

Ils sont un bon millier d’acheteurs qui n’ont cure qu’on les accuse d’infantilisme. Plusieurs d’entre eux s’apprêtent à passer à la pratique.

Il ne fait peut-être pas bon s’enfoncer dans les forêts jurassiennes ou savoyardes la nuit de la sortie du cinquième tome de Harry Potter…

Pas d’astéroïde « Hahnemann »

Le dernier numéro du Skeptical Inquirer nous apprend qu’il n’y aura pas d’astéroïde appelé du nom d’un fondateur de l’homéopathie. Il s’agit probablement d’Hahnemann, mais ce n’est pas écrit.

On sait que des dizaines d’astéroïdes sont découverts chaque année. Les découvreurs ont le droit de les nommer, et en profitent souvent pour immortaliser ainsi leurs amis ou rendre hommage à une cause ou une personne qui leur est chère. Un organisme officiel, dépendant de l’Union Astronomique Internationale, et appelé « Committee on Small Bodies Nomenclature », doit toutefois entériner la désignation.

Comme la proposition présentée pouvait être interprétée comme une reconnaissance scientifique de l’homéopathie et, du coup, favoriser les affaires des fabricants de produits homéopathiques, elle a été rejetée par 25 voix contre 15.

Le site du CSICOP 4 confirme l’information, et précise que les participants européens étaient plus favorables à l’adoption de la désignation que les américains, ces derniers étant plus persuadés que les européens du caractère pseudoscientifique de l’homéopathie.

L’auteur du texte ironise sur le contraste de culture que cela laisse supposer.

VSD, la revue des extraterrestres

C’est reparti pour un tour !…d’OVNI bien sûr, avec Bernard Thouanel, rédacteur en chef de VSD, et son cheval de bataille favori : l’ufologie.

Le numéro de novembre 2003 est en effet à nouveau un hors-série OVNI. En couverture, l’annonce des archives officielles de l’armée espagnole enfin dévoilées : seule nouveauté ballottée dans les flots des mêmes vagues qu’on ramène sans cesse à la surface…

La vague belge par exemple, à nouveau mise en avant par l’étude, sur quatre pages, de la diapositive de Petit-Rechain (1990), considérée comme l’une des meilleures photographies d’ovni. Le traitement numérique ayant fait apparaître un phénomène tourbillonnaire autour du supposé engin, les ufologues en déduisent qu’il est doté d’un système de propulsion particulier (en langage ufologique, cette expression signifie souvent « inconnu des terriens »), ce qui vous emmène directement, et fort opportunément, sur l’article suivant : la propulsion exotique.

L’idée est la suivante : des systèmes de propulsion comme la Magnéto Aéro Dynamique (MAD) sont des recherches plus ou moins classées « secret défense ». Six pages de développement sur les techniques de propulsion vont alors s’ensuivre et éblouir le lecteur. Comme ce dernier a déjà été conditionné par l’article précédent, il peut sans peine en déduire que les ovnis « carburent » à ces modes de propulsion...

Enfin VSD se clôt sur la découverte des exoplanètes. On est alors surpris d’y lire des choses enfin sensées, sous la plume d’un historien des sciences, même si, ufologie oblige, sont mis en avant les astrophysiciens qui ont œuvré pour la cause des extraterrestres comme Jean Heidmann ou François Biraud.

Mais pourquoi cet article d’astrophysique est-il classé dans la rubrique « Sciences inconnues » ? Les desseins de VSD sont décidément impénétrables.

Un ufologue se prend pour Einstein

Claude Poher fut le premier directeur du Groupement d’Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, ou GEPAN, en 1977, petit service du CNES 5 qui est devenu ensuite le Service d’Expertises des Phénomènes Rares Atmosphériques, le SEPRA, sous la houlette de Jean-Jacques Vélasco, son compère.

Claude Poher affirme, dans un entretien accordé à VSD, que, au CNES, il « était en contact avec les meilleurs chercheurs en astrophysique  » et qu’il était « nécessairement très au fait des théories qui se présentaient pour expliquer les faits observés dans l’univers ».

Voilà pourquoi monsieur Poher n’a pas hésité à repenser, pendant vingt ans, la théorie de la gravitation et à abattre Newton.

Il dit : « […] la gravitation n’est pas une force d’attraction entre deux masses de matière comme le pensait Newton, mais au contraire une force de pression de tout l’univers issue de toutes les directions de l’espace »

Il balaie au passage le rôle d’Einstein, qui nous a pourtant bien dit que la gravitation n’était pas une force, mais une géométrie de l’espace-temps.

Claude Poher ne connaît pas Einstein. A aucun moment, il ne fera référence à la relativité générale.

Il s’appuie, pour justifier sa refonte d’une loi fondamentale, sur les difficultés actuellement éprouvées en astronautique pour expliquer les imprécisions constatées dans les trajectoires des sondes spatiales 6.

Monsieur Poher a donc écrit un ouvrage 7 exposant sa nouvelle théorie, inventant une nouvelle particule : « l’Universon », et son flux naturel « d’universons libres », lesquels sont sensées être des entités prêteuses d’énergie cinétique, que la matière capture brièvement.

Bien sûr, cette théorie alimentera son rêve extraterrestre puisque les petits hommes verts, eux, connaissent cette théorie par cœur.

Psychologie échevelée

Lu dans le magazine des salons de coiffure Sergio Bossi de cet automne, une rubrique « Clin d’œil psy » consacrée à votre psychologie lue au travers de votre coupe de cheveux. Cette « capillothérapie » nous apprend ainsi que les dames aux cheveux courts masquent leur « féminité fragile, difficile à extérioriser » ( ? ! ?) alors que celles qui changent tout le temps de coiffure font « preuve d’instabilité » et celles qui n’en changent jamais sont « un peu rigides » ! Cette brillante analyse révèle une psychologie de haut niveau due à la plume percutante d’une « psychothérapeute familiale » (nous n’avons pas dit « psychologue diplômée »…). Sur un exemple de ce genre, on ne peut que partager la volonté du législateur de vouloir réglementer un titre abusivement exploité et qu’aucune limite n’encadre. D’autant plus que l’amalgame et la confusion du lecteur non averti avec le plus inepte sont vite suggérés quand on découvre que cette prose de bonimenteur de foire est suivi d’une rubrique « astro » rédigée par un voyant. Qui fera alors la différence entre la véritable psychologie aux fondements scientifiques, sanctionnée par un diplôme universitaire, et les délires d’un mode de pensée des plus archaïques ?

Ont contribué à cette rubrique : Jean Gunther, Agnès Lenoire et Jean-Pierre Thomas.

4 Committee for the Scientific Investigation of Claims Of the Paranormal. www.csicop.org/list/listarchive/msg00424.html

5 Lire l’article sur le SEPRA « Un cheval de Troie au CNES » dans SPS n° 257 de mai 2003

6 Lire l’article de Azar Khalatbari « Les caprices de la gravité » dans Ciel et Espace de décembre 2003.

7 Claude Poher, Gravitation – les Universons, énergie du futur, 2003, éditions du Rocher.

Publié dans le n° 261 de la revue


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