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Un monde fou, fou, fou : mars 2006

Publié en ligne le 19 août 2008 -
SPS n° 271

Médecine dure

L’homéopathie n’est pas toujours aussi douce qu’on voudrait nous le faire croire. Patrick Pelloux, médecin urgentiste connu pour ses mises en garde précoces sur les insuffisances du dispositif de santé publique au moment de la vague de chaleur de l’été 2003, nous le rappelle dans une récente chronique publiée dans Charlie Hebdo.

Une nuit de garde, plutôt calme, voit soudain surgir un homme en sueur, victime d’une crise d’asthme suraiguë. Son amie, qui l’accompagne, explique comment, parce que les « médicaments rendent malade », elle a remplacé le traitement contre l’asthme par des pilules homéopathiques. Intubation, respiration artificielle, deux arrêts cardiaques… mais finalement médecins et aides-soignants arriveront à sauver leur patient. Heureux de ce résultat, Patrick Pelloux raconte alors sa surprise devant l’attitude de l’amie du « miraculé » qui proteste « Vous allez le tuer avec vos médicaments ».

Autre jour, autre cas : « une jeune dame en pleurs avec son gamin dans la poussette » se présente aux urgences. Son mari venait de mourir d’un infarctus du myocarde. Un « médecin naturopathe » le traitait à renforts d’ondes et d’homéopathie pour un simple « stress ». Le plus incroyable est, là encore, le fait que le traitement inefficace ne soit pas remis en question par les victimes ou leur famille.

Laissons à Patrick Pelloux la conclusion de ces histoires, et les leçons à en tirer : « Voir des malades atteints de cancer se faire mener en bateau par des charlatans qui les gavent de dilutions bidons, de traitements miracles auréolés de l’estampille “bon, utile et efficace, car naturel” a de quoi rendre fou de rage. […] Paradoxe d’une époque part agée entre une médecine exigeante fondée sur les preuves scientifiques et qui croule de plus en plus sous les plaintes et les procès, et les « médecines douces » qui bénéficient non seulement de l’indulgence des malades en cas d’échec, mais en plus, de l’aide financière des pouvoirs publics, qui en contrepartie laissent les hôpitaux exsangues ».

J.-P. K

2005 : ils n’ont rien vu, rien prévu

La nouvelle année n’a pas failli à la « tradition » : presse, radio et télévisions ont accordé une grande place aux voyants et astrologues de tous poils pour qu’ils nous annoncent de quoi seront faits les douze mois à venir. Pourtant, un regard en arrière, la confrontation des prédictions faites un an auparavant avec la réalité de l’année écoulée, auraient sans doute dû provoquer un minimum de circonspection et pu donner matière à des articles ou des émissions captivantes pour les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs.

Par souci d’information (par cruauté diraient certains ?), livrons-nous rapidement à cet exercice en examinant les prédictions faites alors par notre astrologue nationale, Elizabeth Teissier. Les références sont son ouvrage annuel « Votre Horoscope », publié par TV Magazine, (c’était Télé 7 jours les années passées) et son site Internet 1.

Les ouragans qui ont atteint les côtes américaines, et en particulier Katrina qui a dévasté la Louisiane ? Pas prévu. Pas plus que ne l’avait été le tsunami de décembre 2005. La mort de Jean-Paul II ? Pas prévue. Idem pour la « révolte des banlieues ».

Mais alors, que nous avait-on annoncé ? Une année 2005 avec une tonalité positive permettant d’espérer « une trêve dans la violence omniprésente – notamment par rapport au terrorisme mondial ». Que ce soit en Irak, en Afrique, à Londres en juillet 2005… le moins que l’on puisse dire, c’est que la tonalité 2005 n’a pas été radicalement différente de celle de 2004. Concernant le Proche-Orient, et avec une prédiction plus précise cette fois, l’astrologue nous annonçait « une initiative de paix […] avec des chances de réalisation d’ici l’été 2005 ». Malheureusement, perdu. Quant à l’Irak ? Un « début d’un départ des américains » était évoqué pour le mois d’août 2005, avec comme perspective, février 2006 où « on peut le concevoir raisonnablement si on se fie aux transits planétaires, [l’Irak] commencera vraiment à goûter pleinement sa libération synonyme de renaissance et de paix ». Décidément, on ne peut plus « raisonnablement » se « fier aux transits planétaires ».

Le vote « non » aux référendums en France et au Pays-Bas sur la Constitution européenne (mai et juin 2005) ? Les électeurs auraient dû consulter les astres avant de mettre leur bulletin dans l’urne : pour Elizabeth Teissier, une « crise dans la législation européenne » n’était prévue qu’en décembre.

Enfin, dernier exemple, la Bourse est annoncée en chute pour le mois de septembre. Si on prend comme indicateur le CAC40, celui-ci commence le mois avec un indice de 4423, pour le terminer à 4618, l’un de ses points le plus élevés de l’année. Soit une hausse de près de 5 %. « Les astrologues ne sauraient avoir le privilège de se tromper toujours » faisait remarquer Voltaire. Espérons que le cru 2006 sera meilleur.

J-P. K

Libération et la numérologie

Le vendredi 13, qu’il soit jour de grâce ou de disgrâce, nul journal ne peut l’éviter. Les souscriptions aux jeux, nationaux ou non, explosent. Il paraît donc normal que la presse s’en fasse écho. En janvier de cette année, Libération a choisi, sur son site web 2, de nous diffuser un micro-trottoir : les passants devaient tenter d’expliquer pourquoi ils jouaient ce jour-là. Cette petite enquête aurait été ma foi assez distrayante et révélatrice, si ce n’est que, entre chaque personne interrogée, s’intercalait l’interprétation d’un numérologue. Un des individus questionnés a lancé : « Pour moi, 13 est un chiffre porte-bonheur ! ». Le numérologue s’est alors empressé de préciser qu’aucun chiffre n’était porteur de malheur ni de bonheur. Cette réflexion, dans la bouche d’un numérologue, est une surprise, tout de même ! Un numérologue serait-il doué de raison ? Mais il enchaîne, faisant tomber aussitôt votre bonne impression : « Parce que les chiffres sont tous à égalité. » Eh oui, comprenez bien que les chiffres portent tous malheur et bonheur à la fois, ce qui n’est pas du tout la même chose que ne rien porter du tout !

Il ne nous reste plus qu’à regretter que Libération, par la place accordée à la numérologie, ait abreuvé ses lecteurs internautes de billevesées. Les commentaires d’un psychologue ou d’un sociologue auraient été une approche plus intelligente de nos actes irrationnels.


A. L.

La véracité chrétienne devant un tribunal

Le 27 janvier 2006 la justice italienne a dû se prononcer…sur l’existence de Jésus. En effet un athée, Luigi Cascioli, a dénoncé l’absence de preuves de l’existence de ce personnage, né dans l’imaginaire des évangélistes. En 2002, il porte plainte contre le père Righi, pour avoir « abusé de la crédulité populaire » en affirmant dans son bulletin paroissial que Jésus a existé. La Constitution italienne, dans son article 19, garantit aux chrétiens la liberté de croire et de professer, et Cascioli ne la remet pas en cause. Mais il met en avant l’article 661 du code pénal qui sanctionne pour « abus de crédulité populaire les personnes qui, par le biais d’impostures trompent une multitude de personnes ».

Si l’on parcourt le site web de Cascioli 3, on s’aperçoit qu’il a la dent dure, la volonté inébranlable, et la provocation chevillée à l’âme. En Italie les démonstrations spectaculaires de piété vont avoir leur égale en démonstration d’athéisme.

A. L.

Les cercles céréaliers qui annonçaient la grippe aviaire

Cercle céréalier de Clatford Bottom

Il y avait la prédiction des astres, il y a maintenant celle des crop circles. On se demande comment l’humanité fait pour être aussi incompétente à se sortir des séismes et des épidémies alors que des signes évidents l’en informaient !

Voyez plutôt ces figures géantes. La première, réalisée en juin 2005 à Clatford Bottom, « décortiquée » par Zef Damen, interprétée par ses soins, doit nous révéler….un oiseau.

Cercle céréalier de Lane End Down

La seconde, faite en juillet 2005 à Lane End Down, confirmerait la première : elle représente une bombe ou un virus.

Ce sera un virus, au vu de l’oiseau du mois précédent. On ne peut que rire d’une telle cohérence d’esprit.

Source : http://www.culturecrop.com/grippeaviaire.htm

A. L.

Ne pas laisser dire, ne pas laisser faire

Quand journaux ou magazine font montre de complaisance, voire de mésinformation, vis-à-vis des pseudo-sciences, il peut être utile de réagir, d’écrire. C’est ce que notre collaborateur Jean Günther a fait auprès du journal de la Fédération Française de Randonnée Sportive, avec succès car le texte suivant a été publié au courrier des lecteurs :

« Permettez moi de protester contre l’article page 15 du n° 60 sur l’homéopathie. Vous devriez savoir que l’Académie de Médecine dénie toute valeur scientifique à l’homéopathie et considère que les effets thérapeutiques allégués sont purement psychologiques, des placebos. L’article est exact quand il déclare qu’il n’y a pas d’effets secondaires d’accoutumance, de contre-indications, de risque d’allergie, de dopage, et pour cause, il n’y a rien dedans ! Votre revue devrait éduquer les lecteurs et non f aire la promotion d’une pesudomédecine ».

C’est avec moins de succès qu’un autre de nos collaborateurs s’est adressé à Télérama :

« La théorie de l’évolution, “un conte de fées pour grandes personnes”. Ce propos est attribué à Jean Rostand par une de vos lectrices (Télérama n° 2916, 30 novembre 2005). Jean Rostand doutant de la théorie de l’évolution, cela ne devrait que prêter à sourire si ce n’était pas relayé par un magazine à grand tirage qui a probablement la confiance de ses lecteurs. Voici une citation exacte, celle-là, du célèbre biologiste : « Quoi qu’on en ait dit, tous les arguments donnés par Darwin voici près d’un siècle restent parfaitement valables » (Confidences d’un biologiste, page 100, Presses Pocket, Editions La Découverte, 1987). Ce n’est pas dix citations que l’on pourrait reproduire ici, mais des articles entiers. Le courrier des lecteurs peut-il être prétexte à toutes les affirmations, même les plus farfelues ? »

J.-P. K.


Publié dans le n° 271 de la revue


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