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Un nouveau libre arbitre - À la lumière de la psychologie et des neurosciences contemporaines

Publié en ligne le 30 décembre 2014
Note de lecture de Guillaume de Lamérie

L’auteure initie sa réflexion en questionnant la démarche scientifique (définie ici comme cherchant à identifier des régularités) et ses limites, et dont l’un des fondements est le principe du déterminisme causal. Problème, celui-ci est susceptible de remettre en question le concept du libre arbitre qui postule la possibilité pour un sujet d’être la source de ses actes.

Une fois défini le déterminisme dans son acception classique, elle détaille, dans le contexte scientifique actuel, les arguments concernant la possibilité (compatibilisme) ou non (incompatibilisme) de l’existence d’un libre arbitre chez l’être humain. Cinq types de liberté vont guider son argumentation : la liberté d’action, la liberté du contrôle de soi, la liberté d’autoperfectionnement, la liberté d’autodétermination, la liberté d’autoformation.

Dans la deuxième partie, elle aborde l’épiphénoménalisme et la menace que celui-ci représente pour le libre arbitre, en ne considérant la conscience que comme un épiphénomène du fonctionnement cérébral, sans rôle causal possible. L’auteure y examine les différentes conceptions de la relation esprit-cerveau à la lumière des récentes découvertes en neuroscience : le dualisme, le matérialisme réductionniste, l’émergentisme, la théorie du double aspect. Elle détaille les expériences de Benjamin Libet et les positions de Daniel Wegner sur l’illusion de la volonté consciente. Elle développe les positions de Lionel Naccache sur l’erreur de la psychanalyse freudienne pour adopter l’idée que « le psychisme fonctionne davantage en se fondant sur des interprétations fictives des raisons de nos comportements, plutôt que sur l’identification de leurs causes réelles » et pose au final les contours de la conscience tel qu’ils sont définis actuellement par les neurosciences.

Dans une troisième partie, l’auteure explore les conséquences des limites de la conscience pour une théorisation de l’action volontaire, en rappelant la délimitation neuroscientifique de l’inconscient et les implications sur les notions de « contrôle » et de « soi ». Elle propose la notion de soi étendu, comprenant à la fois les phénomènes conscients et inconscients et sauve le libre arbitre en accordant à la conscience la possibilité de modifier des chaines causales.

Enfin, dans une quatrième partie, l’auteure montre l’apport de la neurophénoménologie dans la compréhension et dans la possibilité d’augmenter notre libre arbitre en développant nos capacités attentionnelles, en s’appuyant sur un protocole développé par Pierre Vermersch, l’entretien d’explicitation. Enfin, on y découvre l’existence de la philosophie expérimentale, avec des protocoles de recherche permettant de tester les théories philosophiques développées dans ce livre.

Livre agréable à lire, bien écrit et facile d’accès pour un lecteur déjà familiarisé avec ces notions, il permet de mettre à jour ses connaissances dans ce domaine à l’interface de la philosophie et des neurosciences et fait preuve d’audace en proposant des théories réfutables par l’expérience.


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