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Une brève histoire de la génétique humaine

Publié en ligne le 29 septembre 2015
Note de lecture de Bertrand Jordan

Présenter un panorama de l’histoire de la génétique humaine dans un ouvrage compact (moins de 200 pages) est une tentative intéressante, d’autant plus que l’auteur traite aussi des interférences entre cette branche de la science et les idéologies régnant dans les sociétés au sein desquelles elle se développe. Malheureusement, ce livre renferme de nombreuses erreurs, imprécisions ou malentendus sur des éléments essentiels de la génétique, risquant ainsi d’induire en erreur ses lecteurs ou du moins de nuire à une bonne compréhension. Par exemple, au tout début (p. 17 et suivantes), la présentation des mécanismes de l’hérédité passe sans transition de l’assortiment indépendant des gènes (lorsqu’ils sont sur des chromosomes différents) au phénomène de crossing over pouvant les séparer lorsqu’ils sont sur le même chromosome – sans mentionner le fait que leur présence sur le même chromosome induit une liaison génétique (éventuellement modifiée par les crossing over). Du coup, le lecteur non averti ne comprendra pas grand-chose à la suite… La partie finale (à partir de 1945) est particulièrement approximative : affirmer que Watson, Crick, Wilkins et Franklin « découvrent la nature moléculaire des gènes » (p. 135) est faux, cela avait été fait en 1944 par Avery et McLeod et ce que Watson et Crick ont découvert, c’est la structure en double hélice de l’ADN – d’ailleurs très mal décrite par l’auteur dans la phrase suivante. Toute la partie portant sur le programme génome et la génomique est particulièrement schématique. Encore un exemple : le phénomène d’anticipation, qui fait l’objet d’un long développement « sociologique » (pp.143-146), est défini comme « un développement tardif [de la maladie] au cours de la vie du patient » (p.142), ce qui est faux : il s’agit d’une aggravation de la maladie, et éventuellement d’une apparition de plus en plus précoce des symptômes, au cours des générations successives. Je mentionnerai encore l’attribution de la découverte de la trisomie 21 à Jérôme Lejeune (p. 130), alors qu’il est connu aujourd’hui que ce dernier s’est approprié le travail mené de manière autonome par Marthe Gautier 1.

Cela dit, l’auteur discute de manière détaillée les interactions entre le développement de la génétique humaine et les idéologies dominantes, et s’appuie sur une très importante bibliographie. Le chapitre comparant Allemagne, URSS et France (chapitre IV, curieusement intitulé « La génétique, une science anglo-saxonne ? ») est particulièrement intéressant de ce point de vue – mais je ne connais pas suffisamment ces aspects historiques pour savoir si la présentation qui en est faite est équilibrée. D’une manière générale, la relation établie entre génétique humaine et eugénisme est mise en exergue, et l’auteur va jusqu’à affirmer que « la génétique humaine n’aurait, quant à elle, pas existé sans l’idéologie eugénique » ! (p.25). Affirmation qui me semble passablement exagérée, même s’il n’est pas question de nier l’influence des idées politiques d’une époque sur la manière dont les recherches y sont menées…

Au total, cet ouvrage comporte trop d’erreurs et d’approximations pour que je puisse le recommander. C’est dommage, car la tentative était intéressante et, à en juger par les notes en bas de page, l’auteur s’est appuyé sur une importante documentation, mais il lui a sans doute manqué une relecture attentive et peut-être aussi la collaboration approfondie d’un expert en génétique moléculaire.

1 Voir Médecine/Sciences 2009, 25, 311-16.


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