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Une histoire naturelle de la séduction.

Publié en ligne le 19 novembre 2005
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 269, octobre 2005.

« Les chlamydomonas inventent les papouilles. » « L’œil était dans la soupe et regardait Caïn. » « La séduction, ça se mange ! » « Les vampires et les OGM. » « Un bon tuyau pour quitter la mer. »
Extraits (quelques titres de chapitres)

On se laisse séduire sans résister...Ce livre, plein d’humour et de sensualité, fait partie de la grande littérature scientifique, de celle qui abat l’image austère du savant de laboratoire. Son auteur a été jardinier, et sous sa plume de poète, vous découvrez l’homme de terrain, l’amoureux attentif et attendri. Mais il est aussi ingénieur, docteur en biologie végétale, chercheur en biotechnologies (de l’INRA au CEA), auteur de nombreux articles scientifiques et brevets, et au fil des pages, vous découvrez le savant sérieux qui guide votre initiation 1.

L’histoire commence au fond de l’océan primitif, avec les premiers unicellulaires. Une étape cruciale : celle des algues, déjà munies d’un « eye-spot », ou rhodopsine, petit caroténoïde qui forme toujours la plaque sensible de notre rétine. L’auteur s’étonne et s’émerveille. Il écrit, l’œil rivé à son microscope : « Vertigineux, ce raccourci de vingt centimètres qui sépare nos deux rhodopsines espacées de trois à quatre milliards d’années. Le microscope serait-il une machine à remonter le temps ? »

Il égrène ainsi la multitude de petits miracles évolutifs de la nature, en faisant à chaque fois le lien avec la réalité présente. C’est ainsi qu’il n’omet pas de préciser qu’une de ces algues, une des plus anciennes, Porphyridium purpureum, aux pigments rouges, est responsable des christs et vierges sanglants des églises ; elle s’installe en effet dans les creux des mains des statues, quand l’humidité est favorable et que le soleil tombe des vitraux et les réchauffe.

La séduction dans tout cela ? Elle débute par les flagelles qui autorisent enfin à poursuivre l’objet de son désir...ou à le fuir. Mais surtout la séduction se sert de la magie des couleurs, tout entière dédiée au sexe opposé. L’auteur note ainsi, non sans humour, que presque tous les mâles du règne animal et végétal se parent des plus beaux attributs pour séduire leur belle, mais que chez les humains, c’est l’inverse : les femmes usent de couleurs chatoyantes, alors que les hommes sont le plus souvent confits dans des costumes tristes. Alors l’homme, ce singe nu, va user d’un petit détournement de sexualité en offrant à sa dulcinée ce qu’il n’a pas : les couleurs d’un bouquet de fleurs, c’est-à-dire les sexes des plantes en rut !

Après avoir été immergé dans un foisonnement de comportements animaliers bizarres, cruels, attendrissants, amusants, vous vous demanderez si l’efficacité, en regard de l’évolution, est bien au rendez-vous. La réponse de Claude Gudin est claire et catégorique : la nature n’a pas de sens, pour la bonne et simple raison qu’elle a tous les sens, et qu’elle en use abondamment, vers l’utile comme vers l’inutile.

Sans doute pour notre plus grand bonheur, fait aussi de futile.

1 En fin d’ouvrage, plusieurs pages sont consacrées aux schémas des différentes liaisons chimiques des couleurs et un glossaire détaillé aide à la compréhension des termes scientifiques.

Publié dans le n° 269 de la revue


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