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Une journée d’anniversaire

Publié en ligne le 27 juillet 2019 - AFIS -
Deux cents personnes se sont rassemblées le 17 novembre 2018 au Palais de la découverte à Paris à l’occasion des 50 ans de l’Association française pour l’information scientifique. Conférences et tables rondes se sont succédé avec une conviction partagée : la défense de la science et de la rationalité est plus que jamais d’actualité.


Après une courte introduction de Roger Lepeix, le président de l’association, la manifestation a débuté par un message vidéo de Jean-Claude Pecker, astrophysicien et professeur honoraire au Collège de France. Âgé aujourd’hui de 95 ans, Jean-Claude Pecker ne pouvait être présent. Mais son message résolument optimiste a donné d’emblée la tonalité profondément humaniste de la journée. Premier président de l’Afis depuis que celle-ci est devenue une association nationale (succédant à Michel Rouzé, fondateur de l’Afis), il a rappelé que si le combat contre les pseudo-sciences ne date pas d’aujourd’hui, la situation actuelle, avec Internet et les réseaux sociaux, est inquiétante et  « l’information scientifique a plus que jamais besoin d’être portée dans tous les milieux et tous les domaines. »

Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences, a ensuite expliqué comment ce qui fonde aujourd’hui l’action de l’association plonge ses racines dans 50 ans d’activités 1 : la nécessité d’une information scientifique accessible à tous et sans sensationnalisme, la dénonciation des pseudo-sciences et la nécessaire séparation entre expertise scientifique et décision publique (la science dit ce qui est mais ne dicte pas ce qu’il faut faire). Il a terminé en décrivant les différentes facettes d’une association en plein développement : plus de 1 000 adhérents, des comités locaux, des comités thématiques, une revue diffusée entre 6 000 et 10 000 exemplaires (dont 2 300 abonnés) et une présence sur Internet et sur les réseaux sociaux.


Les 50 ans de l’Afis ont été l’occasion d’une annonce particulièrement importante : le choix d’Henri Broch de confier à l’Afis la poursuite de la maison d’édition Book-e-book qu’il a fondée il y a seize ans.

De nombreuses associations étrangères ou internationales ont apporté leurs salutations 2. Elizabeth O’Casey, pour l’International Humanist and Ethical Union (IHEU), a expliqué le combat mené pour la raison et l’universalisme, contre l’antiscience, la superstition, le dogme, le relativisme culturel et le fondamentalisme religieux. Tim Trachet, vice-président de l’European Council of Skeptical Organisations (ESCO, qui regroupe une vingtaine d’associations européennes, et dont l’Afis est membre) a rappelé l’importance d’une coordination des actions au niveau européen et a indiqué que le prochain congrès de l’ESCO se tiendrait en août 2019 en Belgique. Jacques Van Rillaer, membre du conseil d’administration du Comité belge pour l’analyse critique des parasciences a décrit l’histoire de son association (anciennement Comité para, elle a fêté ses 50 ans en 1999). Paul De Belder est intervenu en tant que président du Studiekring voor de Kritische Evaluatie van Pseudowetenschap et Paranormale (SKEEP, Belgique). Un message de Jan Willem Nienhuys, membre du bureau de Skepsis (Pays-Bas) rédacteur de Skepter a été lu. Il y évoque les collaborations passées entre sceptiques français et néerlandais et appelle de ses vœux à un renforcement de ces liens toujours fructueux.

Sofie Vanthournout, directrice de Sense about Science (Royaume-Uni) en charge des affaires européennes a fait parvenir un message où elle décrit certaines des actions de son association, en particulier pour remettre en question  « le mauvais usage des connaissances scientifiques dans la vie publique » et pour défendre l’intérêt du public avec une  « transparence des preuves sous-tendant les débats publics et la prise de décision ». Enfin, le CFI américain (Center for Inquiry) a, lui aussi, apporté ses salutations par la voix de son représentant en France, JeanJacques Subrenat. Celui-ci a également transmis un message de Richard Dawkins, biologiste et éthologiste de réputation internationale, où il  « remercie l’Association française pour l’information scientifique pour tout ce qu’elle a accompli en cinquante ans pour faire avancer la cause du questionnement scientifique, et pour [sa] contribution au cours des cinquante années à venir… »

La première conférence invitée de la journée a été donnée par Virginie Tournay (directrice de recherche au CNRS, centre de recherches politiques de Sciences Po). Intitulé « La culture scientifique est à reconquérir », son exposé est parti du constat d’une situation où  « tant par leurs formes que par leur ampleur, les mouvements antisciences sont devenus très inquiétants parce qu›ils déterminent le débat public et la décision politique » entraînant une  « remise en cause du statut social de la science ». La conclusion s’impose :  « la culture scientifique au singulier, c’est-à-dire dans son sens plein de l’universalité de la démarche scientifique, n’est jamais définitivement acquise, elle est sans cesse à reconquérir ». Virginie Tournay a fait part de ses propositions pour gagner ce qu’elle décrit comme une  « guerre politique, une guerre de l’opinion », a rappelé son action en tant qu’initiatrice d’un appel à reconquérir la culture scientifique 3 et a invité l’Afis à s’associer à son initiative en faveur d’une Haute autorité de la culture scientifique.

La première table ronde de la journée a été consacrée au thème « Climat et énergie : les fausses représentations ». Étaient à la tribune pour traiter le sujet : Olivier Appert (délégué général de l’Académie des technologies et conseiller du centre énergie de l’IFRI), Yves Bréchet (professeur à l’université Grenoble-Alpes
et membre de l’Académie des sciences), François-Marie Bréon (chercheur-climatologue et directeur adjoint au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement) et, pour l’animation, Jean-Jacques Ingremeau du conseil d’administration de l’Afis.

Book-e-book, éditeur de la zététique

Je vais vous parler de l’histoire de Book-e-book, éditeur de la zététique. C’est une petite maison d’édition indépendante liée à la raison et à l’esprit critique. L’histoire remonte aux années 1975 quand Paul Kurtz, philosophe américain et fondateur de Prometheus Books et du CSICOP [association sceptique américaine, aujourd’hui partie du CFI – Center for Inquiry], m’avait proposé de créer Prometheus Books France pour mettre à la disposition du public français des livres qui fassent la promotion de la science et de la libre pensée. Le projet ne s’est finalement pas fait. En 1979, j’ai fait la connaissance de Michel Rouzé et de l’Afis. Et c’est en 1985 que j’ai publié aux éditions du Seuil mon ouvrage Le Paranormal qui traite de divers sujets relatifs aux allégations des partisans de phénomènes paranormaux, mais qui, surtout, a pour objectif de définir les fondements de la zététique. Par un enchaînement de circonstances, c’est la publication de ce livre qui va conduire à la création des éditions Book-e-book. Paul Kurtz, rencontré à nouveau en 1988, nous donne l’exclusivité de la traduction en français des ouvrages de Prometheus Books. Si Prometheus Books France ne verra finalement pas le jour, en 1989, une maison d’édition, L’Horizon chimérique, va cependant lancer sa collection « Zététique » en publiant un livre d’Alain Cuniot (Incroyable mais faux) et un autre d’Isaac Asimov (Les moissons de l’intelligence). Mais en 1997-98, après seulement six titres publiés, L’Horizon chimérique jette l’éponge. C’est alors qu’avec un couple d’amis, ma compagne et moi-même décidons de poursuivre l’aventure. Nous récupérons les stocks de L’Horizon chimérique et lançons les éditions Book-e-book en 2002. Comme le nom l’indique, nous voulons publier à la fois sous forme papier et sous forme numérique. De 2002 à 2007, la collection « Zététique » s’enrichira de douze nouveaux titres. Viendra alors la collection « Une chandelle dans les ténèbres », des petits livrets courts mais qui cherchent à être complets sur une thématique donnée. La chandelle dans les ténèbres est un hommage à nos lointains prédécesseurs zététiciens des XVIe et XVIIe siècles, Thomas Ady auteur de A candle in the dark (1656) et Reginald Scot auteur de The Discoverie of witchcraft (1584). À ce jour, Book-e-book a publié 57 ouvrages (dont 45 titres dans la collection « Une chandelle dans les ténèbres »).

En 2018, l’Afis, à l’occasion de ses 50 ans, reprend le flambeau de l’éditeur de la zététique. Je souhaite longue vie à l’Afis et longue vie à Book-e-book.

Extraits de l’intervention d’Henri Broch.

Vidéo complète sur le site de l’Afis.

La matinée s’est terminée par une intervention de Bernard Accoyer (ancien président de l’Assemblée nationale) sur le thème « Science et décision ». Après avoir décrit une situation inquiétante relative aux fondements scientifiques dans les prises de décision, il a énoncé une dizaine de propositions, parmi lesquelles le rappel du  « rôle de la science comme vecteur essentiel de l’innovation », la nécessaire sensibilisation des jeunes dès l’école élémentaire à la démarche scientifique, l’exigence de qualité des arguments scientifiques, la nécessité de donner suite aux travaux des académies, l’importance d’une stratégie de communication sur l’évaluation et la gestion des risques (incluant la distinction dangers-risques et la balance bénéficesrisques), la mission pour l’audiovisuel public de donner la parole à la communauté scientifique…

L’après-midi a débuté par l’intervention pleine d’humour de Thomas Durand, animateur de la chaîne YouTube « La tronche en biais ». Avec des illustrations bien choisies, il a montré avec finesse que les pseudo-sciences  « n’ont peutêtre pas gagné sur Internet ».

De nouveaux messages de salutations ont été transmis, mais cette fois par des associations françaises : Dominique Goussot (Fédération nationale de la libre pensée), Jeanne Brugère-Picoux (vice-présidente de l’Association française pour l’avancement des sciences – Afas) et Yves Bréchet (président de l’Union rationaliste – voir son intervention dans ce numéro de SPS).

La deuxième table ronde de la journée était intitulée « Santé publique : vrais risques et fausses controverses ». Étaient rassemblés pour en débattre : Catherine Hill (épidémiologiste), Jean-Loup Parier (pharmacologue, président de l’Académie de pharmacie), Anne Perrin (biologiste, ancienne présidente de l’Afis) et Jocelyn Raude (chercheur en psychologie sociale). Marc Gentilini (professeur émérite des maladies infectieuses et tropicales Pitié Salpêtrière, Paris, président honoraire de l’Académie de médecine) tira les conclusions de la discussion.

Stan Vitko, magicien, a ensuite présenté un court spectacle qui a permis de réfléchir sur les rapports complexes entre notre perception et notre raison.

Enfin, la dernière table ronde, consacrée au thème « Agriculture, santé et environnement : la science inaudible » a rassemblé Yvette Dattée (généticienne, directeur de recherche honoraire de l’Inra, membre de l’Académie d’agriculture de France), André Fougeroux (ingénieur agronome, retraité, ancien responsable agriculture durable d’une entreprise de semences et de produits phytosanitaires, membre de l’Académie d’agriculture de France), Christian Levêque (écologue, ancien président de l’Académie d’agriculture de France) et Jean-Sébastien Pierre (écologue, professeur émérite, ancien directeur du laboratoire Écobio de Rennes).

La conclusion de la journée a été faite par Gérald Bronner (professeur de sociologie). Dans une intervention mariant maestria et humour, il a développé les fondements sur lesquels notre action prend tout son sens : le combat pour la rationalité est un combat pour l’universalisme de la raison. Il conclut en faisant référence au Seigneur des Anneaux :  « Un combat perdu d’avance, des tas de coups à prendre, peu de chances de gagner. Qu’attendons-nous ? »

Retrouvez les vidéos de la journée sur notre chaîne YouTube

1 Pour une description détaillée de l’histoire de l’Association, voir « L’Afis et la revue Science et pseudo-sciences : un demi-siècle de combats contre les pseudo-sciences », SPS326, octobre 2018.

2 Plusieurs de ces messages sont reproduits en intégralité sur notre site Internet.

3 Reproduit dans SPSn° 324, mars 2018. Sur afis.org

Publié dans le n° 327 de la revue


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L’Association française pour l’information scientifique a été fondée en 1968. Elle édite la revue Science et pseudo-sciences et est responsable de la maison d’édition book-e-book.

José Tricot (1930 – 2011)

Le 18 septembre 2018