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Une maladie de bœufs chez les humains ?

Publié en ligne le 18 août 2005 - Science - SVT
par Alexandre Benoit

D’un côté, il y a la maladie de Johne chez les ruminants. De l’autre, la maladie de Crohn chez les humains. Deux maladies, mais des symptômes similaires, des mêmes douleurs au même endroit, et une bactérie qui est presque la même dans les deux cas. Et le Québec est maintenant, avec le Manitoba, la province la plus touchée par la variante humaine.

S’agit-il d’une maladie transmissible du bœuf à l’homme, ce qui serait un phénomène extrêmement rare et extrêmement inquiétant ? On tente de dire oui depuis plus de 90 ans... mais en laboratoire, la bactérie ne se laisse pas connaître aussi facilement.

La maladie de Crohn, celle des humains, est caractérisée par l’ulcération de l’intestin, provoquant des douleurs extrêmes et la débilité. La maladie de Johne cause, entre autres chez le bœuf, le dépérissement et la diarrhée.

« Le mycobacterium avium est une bactérie qui se concentre dans l’intestin et qui serait à la base des deux maladies, explique Michel Bigras-Poulin, chercheur au Laboratoire de lutte contre les zoonoses alimentaires de Santé Canada à Saint-Hyacinthe. Elle est d’abord transmissible chez l’animal, si ce dernier est en contact avec des carcasses d’animaux contaminés. »” L’abattoir est donc une zone particulièrement « à risque ».

« Mais ce qui est inquiétant pour l’homme, si l’on confirme un lien entre les deux maladies, c’est que le microbe en question résiste à la pasteurisation. Ce qui veut dire que le lait de consommation pourrait contenir ces bactéries également. » Si la contamination sur une ferme va au-delà de l’abattoir, d’autres animaux, dont des vaches laitières, pourraient en effet être affectés par la maladie
De 70 à 80% des patients atteints de la maladie de Crohn doivent subir une chirurgie avant que la maladie atteigne un stade incurable. À la suite de quoi, 80% de ces patients ont une ou des récurrences nécessitant d’autres opérations.

La pointe de l’iceberg

Michel Bigras-Poulin travaille actuellement à l’analyse du cheptel laitier québécois pour analyser les risques de contamination. En marge de ces travaux, il a également analysé l’eau des rivières et des étangs à proximité des fermes qui représentaient un risque. Ce qui en ressort : le microbe peut survivre hors de l’animal pour de longues périodes, soit 163 jours dans de l’eau de rivières et 270 jours dans un étang.

Mais comment savoir quel animal est à risque ? Selon son étude, seul un animal sur 50 avait atteint le stade clinique de la maladie. Le reste du cheptel était peut-être porteur du microbe, mais son incubation est lente : de deux à quatre ans.

Conséquence : l’Agence canadienne d’inspection des aliments, constatant le risque de transmission mais n’ayant pas de confirmation du lien entre les deux maladies, offre un programme volontaire d’éradication de la maladie. En d’autres mots, c’est au choix de l’éleveur.

Sournois, le microbe

Le possible lien entre les deux maladies est un vieux sujet de recherche. L’hypothèse a été lancée pour la première fois en 1913 dans le British Journal of Medecine. Seulement voilà : « durant toutes ces années, les résultats finaux n’ont jamais concordé, car la bactérie était difficile à cibler et les moyens de tester l’hypothèse n’y étaient pas », explique Marcel Behr, professeur de biologie moléculaire à l’Université McGill.

Des problèmes qui subsistent encore aujourd’hui : « la bactérie qui serait à la base des deux maladies est difficile à détecter. Pour atteindre un stade de développement qui la rende analysable en laboratoire, cela peut prendre jusqu’à six mois », conclut Michel Bigras-Poulin.


Mots-clés : Science - SVT


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