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Vaccination : les « alertes » et leurs conséquences

Publié en ligne le 16 novembre 2010 - Vaccination
par Jean-Paul Krivine - SPS n° 291, juillet 2010

Il y a douze ans paraissait dans la revue médicale The Lancet une étude affirmant l’existence d’un lien entre le vaccin ROR (contre la rougeole, les oreillons et la rubéole) et plusieurs pathologies, dont en particulier l’autisme. Dès sa publication, l’étude était largement controversée : elle ne portait que sur douze cas et a été maintes fois contredite par la suite. En 2004, plusieurs des auteurs de l’article initial se rétractaient (mais pas l’auteur principal, le Pr Andrew Wakefield). Épilogue au début de cette année : The Lancet se rétracte également et retire définitivement l’étude de ses archives. Cette décision fait suite à la condamnation par le Medical Council britannique – l’équivalent du Conseil national de l’Ordre des médecins – du Pr Andrew Wakefield, coupable d’avoir agi de façon « mal-honnête et irresponsable ». Le praticien avait omis de signaler qu’il avait été mandaté par des parents d’enfants malades qui souhaitaient engager des poursuites contre les laboratoires, et avait affirmé que ses recherches avaient été approuvées par le comité d’éthique local, ce qui n’était pas le cas (des examens invasifs et douloureux, non appropriés, avaient été entre-pris). « Il apparaît clair, sans aucune ambiguïté que les déclarations faites dans cette étude sont totalement fausses. Je me sens trompé », a déclaré dans les colonnes du Guardian, Richard Horton, le rédacteur en chef du Lancet 1.

Rayé des registres du Medical Council britannique, le Pr Wakefield a annoncé vouloir faire appel. Dans le même temps, il prépare un livre développant ses positions sur le lien entre vaccination et autisme.

Largement médiatisée, l’étude de 1998 avait provoqué une chute de la couverture vaccinale et une recrudescence des cas de rougeole dans plu-sieurs pays. Des sommes très importantes ont été investies pour essayer de reproduire les « résultats » de 1998, pour finalement les invalider de façon répétée.

Aujourd’hui encore, rumeurs et peurs sont toujours présentes. Et sans doute de façon durable. En effet, un rapport publié en France par l’Institut de veille sanitaire 2 révèle, à propos du vaccin contre l’hépatite B, très controversé 3 dans les années 1990, qu’il aura fallu attendre une quinzaine d’années pour que la couverture vaccinale recommence à augmenter. Le rapport souligne que cette augmentation n’est pas due aux études invalidant tout lien entre vaccin et sclérose en plaques, aux communiqués rassurants des agences de sécurité sanitaire française ou internationales, mais tout simplement à l’arrivée de nouvelles générations de parents qui n’ont pas connu la controverse et font vacciner leurs enfants. Seul le temps semble parvenir à dissiper les peurs, et non pas les démentis scientifiques… En attendant, la France est toujours en retard, par rapport à ses voisins européens qui n’ont pas connu la polémique. Chaque année, en France, 1300 personnes décèdent de l’hépatite B.

À l’heure où « lanceur d’alertes » et « principe de précaution » se parent des vertus du raisonnable, de la prudence, de la responsabilité, ces histoires sont à méditer.

1 Cité par Le Quotidien du médecin, 2 février 2010.

3 Le vaccin contre l’hépatite B était rendu responsable de l’apparition de scléroses en plaque.


Mots-clés : Vaccination

Publié dans le n° 291 de la revue


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