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Vulgarisation scientifique et spiritualisme : Jean-Marie Pelt sur la sellette.

Publié en ligne le 12 septembre 2006 -

Domi nous a annoncé la sortie en poche d’un livre de Jean-Marie Pelt, et cette information n’a pas manqué de susciter quelques réactions.

Sur la liste de discussion « pseudo-sciences », le cas de Jean-Marie Pelt était tout indiqué pour faire une mise au point sur une certaine confusion des genres, qui constitue le thème d’un ouvrage sans complaisance intitulé Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences (J. Dubessy et G. Lecointre). Car le vulgarisateur scientifique peut s’embourber dans une dérive spiritualiste, et créer ainsi une confusion embarrassante.

Richard pointe notamment quelques indices suspects :

« [...] Et oui, Pelt s’inscrit dans cette mouvance téléologique. La démonstration dans "intrusions spiritualistes" est limpide, entre Lecointre et Silberstein (plus technique). Pelt, et Ricard, d’ailleurs, sont des habitués (comme Xuan Thuan)
- En outre, Pelt est cofondateur d’ECOROPA (avec des célèbres comme De Rosnay, Ellul, Lalonde...), mixte scabreux entre New Age, alarmisme écologique et thèses réactionnaires de Denis de Rougemont (Ordre Nouveau) . [...]
- J-M Pelt est également auteur d’un certain nombre de bêtises :
• Sur la mémoire de l’eau, il a raconté d’excellents bobards :http://www.unice.fr/zetetique/articles/HB_memoire_eau.html
• Sur Nouvelles Clés, régulièrement il se “lâche”, entre animisme mystique et pensée magique (ex : le 10 décembre dernier sur France Inter, il a encore vanté le principe de similitude noix-cerveau). Je l’avais épinglé dans la Newsletter de l’OZ N° 007, du 15 nov 2004 dans Jean-Marie Pelt et le complexe du chardon, http://www.zetetique.fr/index.php/nl/167-poz07
• Il cautionne les travaux de Joël Sternheimer, sur la musique des plantes, sur laquelle travaille Géraldine Fabre, de l’OZ
- Enfin, il vient dans les facs parler du haut de son titre de président de l’Institut Ecologique Européen, dont l’activité est pour le moins éparse, pour ne pas dire nébuleuse. »

Le hic, c’est quand un homme de science, vulgarisateur de sa discipline, s’éprend de spiritualisme et fait transparaître ses convictions dans son discours. Comment faire alors la distinction entre ce qui relève de ses opinions personnelles et des allégations scientifiques dont il se fait le médiateur ?

Yoda :

« [...] Les scientifiques ont bien le droit d’avoir des centres d’intérêt spirituels, ils peuvent bien aussi avoir des opinions politiques, ce sont des êtres humains. Tant qu’ils n’entretiennent pas de confusion, tant que tel spécialiste de l’évolution ne vient pas faire mentir ses travaux pour affirmer que la création est une hypothèse comme une autre, il n’y a pas de problème.
Les scientifiques ont le droit de suivre une religion que je sache, et s’ils ne sont en rien qualifiés pour en parler, s’ils ont envie de le faire, rien ne le leur interdit, pas plus qu’aux stars de la chanson ou du cinéma... »

Eh oui, monsieur Pelt peut parfaitement exprimer ses opinions personnelles, tant qu’elles ne se dissimulent pas sous le masque de “la science”. Cela étant, la critique que l’on est en droit de formuler à l’encontre du discours ne concerne pas la personne, mais bien les idées, comme nous le précise Richard :

« [...] Ça ne vous choque pas, vous, qu’on remplace l’art de convaincre par la séduction, la forme plutôt que le fond ? [...] »
« [...] Mais alors, pourquoi il publie en science, pourquoi fait-il des conférences scientifiques, présenté comme scientifique ? Présentons-le comme conteur, avec la voix de Jean Rochefort dans Winnie L’ourson, et je ne dirai rien. [...] »
« [...] les héritiers des Lumières sont pêle-mêle les matérialistes, les sceptiques, les rationalistes, les brights, les libre penseurs, les zététiciens… trouvez-moi 3 de ces gens qui se déclarent d’accord avec le concordisme science-religion (puisque c’est de cela qu’il s’agit) et je me fais sacristain. [...] »
« [...] Je crois qu’il faut insister sur un point qui me paraît fondamental pour les discussions : distinguer l’individu et son oeuvre. Pas pour oublier l’un ou l’autre, hein, juste pour savoir de quoi on parle. [...] »


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