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Apostille au Crépuscule - Pour une psychanalyse non freudienne

Publié en ligne le 23 septembre 2011
Note de lecture de Esteve Freixa i Baqué - SPS n° 297, juillet 2011

297_91-92Nunca segundas partes fueron buenas (proverbe castillan). En effet, les deuxièmes parties, les suites, les « retours » sont rarement réussis. Avec, comme toujours, de notables exceptions qui confirment la règle (la saga cinématographique des « Parrains », par exemple). Le petit livre de Michel Onfray en fait partie. Ne serait-ce que parce qu’il se restreint dès sa conception à l’humilité : n’être qu’une simple apostille, c’est-à-dire, d’après le Littré, une « annotation en marge ou en bas d’un écrit ». On est donc loin des ambitions d’un Tome II.

Déjà, dans son ouvrage initial 1, l’auteur clamait haut et fort que sa virulente critique de la psychanalyse ne s’appliquait pas à l’idée d’une psychanalyse en tant que telle mais uniquement à sa version freudienne, qui ne représente pas « toute la psychanalyse mais sa formule la plus universellement médiatisée ». Et avançait déjà que Sartre en avait proposé une autre forme, la psychanalyse existentielle, que Michel Onfray considérait avec beaucoup d’intérêt. D’où l’idée de cette apostille pour essayer de brosser une esquisse des différentes voies qu’aurait pu emprunter une psychanalyse non freudienne, avant, pendant et après Freud. Plutôt que de répondre « aux injures ayant accompagné la sortie de [son livre], accueilli par la haine d’un petit milieu et l’emballement du public », il choisit donc d’étayer ce qui dans son ouvrage principal n’était qu’allusion marginale.

L’organisation de ce petit travail s’avère singulière et particulièrement efficace. En effet, on découvre une structure en miroir, où « les chapitres impairs résument ce qu’il faut savoir de Freud pour envisager les enjeux des chapitres pairs qui proposent des pistes pour une psychologie non freudienne ». Du coup, quelqu’un qui n’a pas lu le volumineux ouvrage initial profite d’un « rattrapage » condensé de l’essentiel des thèses de l’auteur, ce qui lui permet d’aborder cette apostille sans un handicap marqué, de le considérer comme un livre à part entière et non pas comme un simple appendice.

On y découvre alors l’œuvre et les propositions, souvent très peu (ou mal) connues, de Pierre Janet (véritable « inventeur » de la psychanalyse, mot qu’il emploie quatre ans avant Freud 2) ; des freudo-marxistes, avec William Reich en tête ; de la « psychologie concrète 3 », proposée par le philosophe communiste Georges Politzer 4 ou encore la psychanalyse existentielle de Sartre, que nous évoquions plus haut. Autant de voies restées méconnues et/ou étouffées par le succès du rouleau compresseur de l’entreprise (dans tous les sens du mot) freudienne.

Ce livre, qui se lit très facilement et avec plaisir grâce au style et au ton très caractéristiques de son auteur, constitue donc une suggestive porte d’entrée à l’œuvre de ces penseurs, que, très probablement, le lecteur voudra approfondir par la suite tant leurs positionnements, bien que très différents les uns des autres, s’avéraient originaux, intéressants et prometteurs.

1 Michel Onfray : Le crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne. Grasset. Voir Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne : rideau de fumée autour du livre de Michel Onfray, SPS 293, décembre 2010.

2 Et encore… ! Au début, Freud parlait d’« analyse psychologique », puis de « psycho-analyse ».

3 Dans ce cas précis, conserver l’appellation de « psychanalyse » n’a même plus aucun sens…

4 Auteur dont je vous recommande vivement la lecture. Sans sa disparition prématurée (fusillé par les nazis), l’évolution de sa pensée aurait pu probablement enraciner la psychologie scientifique (notamment le comportementalisme) à gauche et empêcher le « hold-up » de celle-ci par la psychanalyse.

Publié dans le n° 297 de la revue


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